Bertrand Calenge : carnet de notes

samedi 12 décembre 2009

Web 2.0 et bibliothèques : une contribution

Filed under: Non classé — bcalenge @ samedi 12 décembre 2009

Appelé il y a plusieurs mois à rédiger une conclusion prospective à un ouvrage du Cercle de la Librairie consacré à « Web 2.0. et bibliothèques », j’ai assisté – et parfois participé – à un débat entre les auteurs pressentis, concernant le statut juridique des différents articles : Creative commons ou non ? Je ne m’étendrai pas sur ces débats houleux, mais noterai que les auteurs survivants se sont vu octroyer dans leur contrat d’édition un article complémentaire et inédit , stipulant que leur contribution pouvait être publiée séparément sous forme électronique « à condition qu’il n’y ait pas de commercialisation, que l’ensemble des textes ne soit pas réuni sur un même site et que chaque texte renvoie à l’ouvrage dont il est une partie ». Avec ce billet – un peu long je vous l’accorde, car l’imprimé est plus bavard que l’écriture ‘webienne’ – je vous propose ces quelques lignes de contribution à un ouvrage à ne pas rater, « Le Web 2.0 en bibliothèques : quels services ? quels usages ?« , dirigé par Muriel Amar et Véronique Mesguich, aux éditions du Cercle de la Librairie. Ne découragez pas l’éditeur dans son effort bienvenu : achetez cet ouvrage !!

A découvrir et pratiquer nombre des univers et possibilités ouverts par ces divers modes d’appropriation du web, on ne peut qu’être fasciné par les nouvelles formes de réticulation du savoir et des échanges sociaux. Examiner ces manifestations du web 2.0 à l’aune des fonctions des bibliothèques conduit à mettre en lumière trois intérêts potentiels et complémentaires : construire des itinéraires personnels, disséminer la bibliothèque, proposer des pans de contenus contributifs. Trois intérêts inégalement partagés et de statuts bien différents.

En autorisant par exemple taggages, commentaires ou constitutions de paniers, la bibliothèque permet à l’utilisateur de constituer sa propre bibliothèque, de la partager avec une communauté d’amis, de faire connaitre son avis aux autres utilisateurs, voire de rendre visibles ses préférences en matière d’emprunts, provoquant ainsi des intérêts d’affinité. Elle rejoint ainsi la longue cohorte des blogs, libraires, commerçants, musées[1] qui parient sur ces logiques d’appropriation et d’affinité. Ce faisant, les bibliothèques poursuivent leur ancienne activité de ressource documentaire au service d’un public, mais le font en acceptant que la patte du public ne se limite plus au cahier de réclamations ou à la réflexion derrière un bureau d’accueil, mais d’une part soit non seulement visible des autres utilisateurs mais soit aussi un fil possible de lecture pour ces autres utilisateurs. Elle peut même encourager ainsi, le cas échéant, la constitution de communautés spontanées.

Néanmoins, cette possibilité nouvelle de créer et montrer des itinéraires personnels reste cantonnée au contexte de l’offre de la bibliothèque : tags, commentaires et paniers restent limités ici au catalogue, là au biblioblog, bref aux seuls outils mis en place par et pour l’institution. L’internaute qui apprécie ici de constituer sa bibliothèque au fil de sa navigation sur Internet, là de disposer de ses propres interfaces, là encore d’utiliser des moteurs de recherche largement répandus, cet internaute est vite contraint par le caractère clos des outils dont nous venons de parler : certes, il aura organisé sa propre collection au sein de l’offre de la bibliothèque, mais cette collection personnelle sera distincte d’autres qu’il aura pu constituer par ailleurs[2]. De même les tags qu’aura pu apposer l’internaute sur la photothèque de la bibliothèque resteront totalement indépendants des autres tags qu’il aura pu apposer sur d’autres sites hébergeurs de collections communautaires d’images.

Vient alors le deuxième temps du web 2.0 pour une bibliothèque : accepter que les contenus possédés ou créés par cette dernière quittent ses murs et ses outils propres, soient disséminés dans d’autres outils, plate-forme, univers. Les expériences de la Library of Congress ou de la BM de Toulouse le prouvent : leurs collections de photos sont beaucoup plus visibles et commentées sur le site dit social qu’est Flick’r qu’elles ne le seraient sur les seuls sites web de ces institutions. De même,  la grande majorité des bibliothèques (Worldcat) ont compris que leurs catalogues seraient beaucoup plus visibles et utiles via Google books plutôt que contraints dans leurs SIGB. De même encore, tout biblioblog ou agenda culturel gagnera à se dupliquer en fils rss qui permettront aux internautes d’inclure ces billets dans leur propre agrégateur plutôt que de devoir aller régulièrement consulter le site de la bibliothèque (ce que seuls les passionnés feront d’ailleurs)…

Mais même en ce deuxième temps, dont la popularité s’accroît dans nombre d’établissements, la bibliothèque ne change pas fondamentalement de visage, c’est elle qui crée, propose, sélectionne les contenus majeurs. Reste encore le troisième temps, le plus complexe, le moins arpenté et pourtant le plus prometteur : permettre la construction de contenus collaboratifs, et entrer ainsi dans ce que Bernard Stiegler nomme l’économie de la contribution[3]. Le modèle rêvé est bien entendu Wikipedia, mais la production contributive reste timidement abordée par les bibliothèques. Pourtant, et pour nous limiter à un exemple, il apparaît évident qu’à l’heure du numérique les dons de collections photographiques contemporaines se tariront si on ne propose par aux internautes de déposer cette mémoire sur un site où leur sera garantie conservation, traitement documentaire et valorisation. Mais cela suppose un décentrement de l’institution qui n’est pas évident, et nous en reparlerons…

Tous ces projets réclament des outils, et ce sont même les outils qui les ont rendus possibles. Pourtant, je ne peux m’empêcher de rester pensif devant la débauche technologique qui nourrit nombre des chapitres qui précèdent : certes, j’utilise volontiers nombre de ces outils et souhaite en promouvoir l’usage raisonné, mais la hache n’a jamais fait le bûcheron. Comme le souligne justement Michel Roland dans cet ouvrage, l’outil ne remplace pas le talent. Il ne faudrait pas qu’après la désacralisation du catalogage, des SIGB et autres SGBD, les outils du web 2.0 deviennent la nouvelle illusion technique de la modernité, au mépris du service humain et quotidien, au mépris des contenus ordonnés et éditorialisés.

Et il ne faudrait pas que, par la même occasion, cette plongée délicieuse dans les mashup et autres CSS fasse négliger leur réel usage par la population. Les outils et réseaux décrits dans les pages qui précèdent sont marqués par la centralité du moindre des acteurs, donc du moindre des internautes : c’est ce dernier qui construit ses itinéraires dans les contenus, agglomère des éléments disparates dans ses univers propres, voire contribue lui-même à la création de contenus. Le pari du web 2.0 est que les internautes sont gens à la fois autonomes et acteurs, et non simples spectateurs ou consommateurs. Mais un adage court dans le milieu des blogs : 90 % des visiteurs consomment, 9 % participent de temps en temps, et 1 % constituent l’essentiel de la contribution ; et il existe un risque réel de prendre l’activité intensive des « participatifs » pour un succès auprès de l’ensemble des visiteurs (encore que ces participations peuvent donner matière à consommer).

De plus, l’immense majorité des internautes se limite à quelques outils de base, peu sophistiqués, tels les forums ou le mail (avec, me semble-t-il une progression des fils rss, qui justement peuvent être lus dans un logiciel de messagerie). Foin de plugins réclamant l’introduction de lignes de commandes dans un répertoire, hormis pour quelques geeks[4]. Exemple professionnel intéressant : le récent arrêt de la liste de diffusion biblio-fr a généré des centaines de messages de bibliothécaires ordinaires, dont un bon nombre rappelait leur attachement à la facilité d’usage et d’écriture pour une liste fondée sur la messagerie. Certes, le web 2.0 est un univers dont les utilisateurs semblent être sans cesse plus nombreux, mais est-il vraiment utilisé si intensivement, une fois passé l’effet de mode ? Une étude de la Harvard Business School  (mai 2009) souligne que la médiane d’activité des comptes Twitter est … de un message seulement ! Bref, l’attrait de l’innovation ne doit pas faire oublier l’impératif majeur de l’analyse de sa réception.

Venons-en à la question la plus délicate : la place des utilisateurs de ces outils web 2.0 vis-à-vis de la bibliothèque et le positionnement de cette dernière, notamment vis-à-vis de ce qu’on appelle les réseaux sociaux. Certes, vouloir associer l’usager est une tendance lourde dans les administrations, et les bibliothèques n‘y échappent pas. Le succès des études de qualité Libqual en est un signe pour les bibliothèques universitaires. Dans le cas du web 2.0, l’association va beaucoup plus loin et veut faire de l’utilisateur le « co-créateur » du service[5] voire l’initiateur de réseaux sociaux au sein desquels la bibliothèque serait acteur au même titre que d’autres utilisateurs. Cette ambition présente de nombreuses ambiguïtés :

–         Au sein de la bibliothèque elle-même : encourager le public à écrire, produire et s’approprier en toute liberté ne va pas sans le même encouragement en  direction des personnels. Car l’animation des espaces dits sociaux est avant tout affaire de dialogues humains. Or convaincre les agents d’écrire, d’exprimer publiquement leur point de vue personnel, ce n’est pas toujours facile ni ne garantit la qualité de leur intervention. Laisser la libre expression  tient en outre du spontanéisme : toutes les contributions ne sont pas toujours souhaitables… De plus, il reste à conduire un énorme effort de formation et de motivation professionnelle sur l’intérêt quotidien de tels outils, comme il reste à professionnaliser l’usage d’outils qui, il ne faut pas l’oublier, sont d’abord destinés à des usages privés.
Parallèlement, jusqu’où la hiérarchie accepte-t-elle cette expression non institutionnelle, jusqu’où accepte-elle d’intégrer cette expression directe des agents à son visage et sa singularité institutionnelle ? Peut-elle abandonner sa structure hiérarchique qui a bien peu à voir avec les idéaux du web 2.0 ? Sans doute non, parce qu’elle ne parle pas au nom de ses agents ou de ses publics, mais d’un modèle institutionnel localisé. Il y a quelque chose de paradoxal à vouloir faire intervenir dans le web 2.0 la structure nécessairement hiérarchique au sein de laquelle se meut la bibliothèque (ne serait-ce que par sa soumission à ses tutelles). Dans ces conditions, il n’est  pas vraiment étonnant de constater que les wikis soient surtout utilisés en intranets, et souvent sur des questions normées de procédures…

–         du point de vue du positionnement institutionnel : laisser les contenus de la bibliothèque disséminés et agrégés en de multiples lieux pose la question de la destination des outils : quels droits sur ces données ? quels partenaires mastodontes peuvent croquer la « petite » bibliothèque? quelle inclusion de l’intérêt public dans les multinationales ? La bibliothèque se dissout-elle dans la grande ronde des intérêts commerciaux dont la trame tisse la plupart des contenus informatifs d’Internet ? Offrir sa page sur Facebook, c’est aussi accepter que toutes les informations collectées par Facebook soient utilisées par les propriétaires du site, même sans votre accord (ni celui de vos visiteurs).

–         du point de vue de la relation aux tutelles : adopter ces outils dont le coût est supporté par le consommateur de façon subtile tout en lui paraissant gratuit peut conduire aisément à remplacer la bibliothèque… justement par de tels outils, parangons de la modernité. A trop prôner les outils du web 2.0, on oublierait volontiers que leur valeur ajoutée tient uniquement à l’implication des acteurs. Pour que le savoir circule dans une communauté, il ne faut pas tant des outils (si séduisants soient-ils) que des acteurs, serviteurs des membres de la communauté, ici des bibliothécaires. Il serait quelque peu spontanéiste (ou pré-dictatorial ?) de penser que la collectivité s’auto-organiserait seule, sans anges gardiens[6]

–         du point de vue de la relation aux publics acteurs : la parole de l’individu vaut-elle celle de l’institution qui construit un discours ? Laisser tagger des documents, est-ce laisser construire les index ? Récupère-t-on tout ? trie-t-on ? selon quel statut et quelle position ? Il est clair qu’il existe deux discours : un discours d’exposition qui livre les contenus et services de la bibliothèque au bon vouloir des publics acteurs, et un discours plus rationnel – et invisible aux regards extérieurs – qui retraite, trie, sélectionne, bref crée la légitimité institutionnelle. Par ailleurs, la bibliothèque qui veut générer des réseaux sociaux (par exemple thématiques) ou y entrer (par exemple via Facebook ou la messagerie instantanée) s’insère-t-elle réellement dans la sociabilité du réseau, et ne conserve-t-elle pas sa dimension institutionnelle dans la perception des internautes qu’elle rencontre ?

–         du point de vue de la réalité des publics et activités des bibliothèques : la commensalité et la personnalisation des outils du web 2.0 ne peuvent faire oublier la réalité que représentent les bibliothèques physiques. Là, au-delà des fils rss, des wikis  et des plugins, réside une interaction humaine nécessaire à la cohésion sociale. Les communautés subtiles et mouvantes du web – fût-il 2.0 – ne peuvent remplacer les rencontres ou échanges implicites du lieu où se meuvent non des identités virtuelles mais des « vrais gens ».

A l’inverse, et malgré ces paradoxes et ces limites, les bibliothèques peuvent-elles se détourner de ces outils ? Il semble bien que non, ne serait-ce que parce qu’un certain nombre de publics n’imagine plus de travailler sans eux, et que ce sont justement ces publics qui sont les plus avancés en matière de gestion de l’information. Et comme il est tout à fait probable que leurs pratiques avancées diffuseront progressivement dans le tissu social, il est impératif que les bibliothèques soient présentes auprès d’eux. Bref, sans masquer l’ambiguïté de la position des bibliothèques vis-à-vis du web 2.0, celles-ci perdraient beaucoup à ne pas se les approprier et à en proposer des déclinaisons bibliothécaires…

Je crois que le web 2.0 va profondément transformer la façon personnelle de s’approprier Internet pour ses loisirs, ses intérêt et sa vie professionnelle (bibliothécaires y compris), et que cette façon de faire va transformer les pratiques sociales vis-à-vis de l’information. Cette évolution est déjà à l’œuvre dans le sens d’une attitude plus critique, ce qui ne peut que réjouir les bibliothécaires.

Je crois que le web 2.0 va de plus en plus contraindre les bibliothèques à se positionner différemment dans leur offre de services et de contenus, afin d’entrer davantage dans ce quotidien des publics, et pourquoi pas d’expérimenter l’économie de la contribution, car elles devraient être bien placées pour le faire. Le web 2.0 encourage le décentrement des bibliothèques, leur inclusion active dans des réseaux extérieurs, dans des partenariats multipliés : elles entrent elles aussi dans l’ère des flux.

Je crois que les outils du web 2.0 peuvent profondément transformer les méthodes de travail au sein même des bibliothèques, intervenir de façon massive et pertinente sur la veille, le travail collaboratif, etc.

Mais je ne crois pas que le web 2.0 va profondément changer la face des bibliothèques ni leur statut : institutions publiques au service d’une collectivité, elles conserveront leur dimension institutionnelle, y compris dans leur organisation et leur mode de fonctionnement, fût-ce en meilleure symbiose avec leurs publics.

En attendant le web 3.0 ?

[P.S. : depuis que j’ai découvert les dernières utopies prophétiques de Tim O’Reilly, je sais que j’aurais du parler du Web² ]


[1] Voir par exemple le très intéressant projet « Steve : The Museum Social Tagging Project », accessible en ligne à l’adresse <http://www.steve.museum/>

[2] Sur cet exemple précis, citons cette « bibliothèque collective », commune à 700 000 lecteurs, que constitue Librarything : <http://www.librarything.fr/>

[3] Bernard Stiegler, Pour une nouvelle critique de l’économie politique, Galilée, 2009

[4] Le geek est « un stéréotype décrivant une personne passionnée, voire obsédée, par un domaine précis. Le plus souvent le terme « geek » est employé dans le domaine de l’informatique » (source : Wikipedia)

[5] Xavier Galaup, L’usager co-créateur des services en bibliothèque publique : l’exemple des services non-documentaires, enssib, 2007 (Mémoires de DCB), accessible en ligne à l’adresse : <  http://memsic.ccsd.cnrs.fr/mem_00000428_v1 >

[6] Merci ô combien à Wim Wenders…

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22 commentaires »

  1. Bonjour BC – je faisais partie des pressentis et sans vouloir relancer le débat, se voir « octroyer » en tant qu’auteur le droit de disposer de sa production, c’est justement ce qui ne va pas et a fait que je suis sorti de l’affaire. Bref. Content de voir en tous les cas que le livre s’est fait.

    Commentaire par dbourrion — samedi 12 décembre 2009 @ samedi 12 décembre 2009

  2. […] Le billet de Bertrand Calenge : Web 2.0 et bibliothèques : une contribution […]

    Ping par Une rétention tertiaire… « Abracadabibliothesque — samedi 12 décembre 2009 @ samedi 12 décembre 2009

  3. J’aurai préféré lire « J’ai choisi de déposer ma contribution dans une archive ouverte » plutôt que « Ne découragez pas l’éditeur dans son effort bienvenu : achetez cet ouvrage !! ».

    Commentaire par marlened — dimanche 13 décembre 2009 @ dimanche 13 décembre 2009

  4. @ Daniel et Marlène, à mon avis vous avez raison et tort à la fois… Nous vivons une époque de transition où la question de l’organisation de l’édition est en plein renouvellement. Si l’information peut revêtir un aspect « gratuit » (encore que dans le cas des chercheurs il reste ce paiement symbolique de la notoriété)et surtout libre d’accès et de circulation, le monde de l’édition traditionnel continue parallèlement d’exister, de produire des livres, de les vendre… et d’apporter une autre forme de rémunération aux auteurs. Le petit effort du Cercle montre une tentative d’aborder timidement un autre modèle, et je ne peux que l’en féliciter, car il est clair qu’il faudra bien arriver à des formes hybrides, garantissant la rémunération des auteurs et du garant de l’auteur (l’éditeur) et en même temps un caractère plus ouvert de la circulation de l’information et de son statut. Nous n’en sommes qu’au début, et il y a du chemin à faire !!!

    A propos, – petite pique -, j’imagine que vous regrettez d’avoir écrit des articles dans le BBF, dont je vous conseille de lire les conditions légales : http://bbf.enssib.fr/copyright. On est loin des Creative Commons…

    Bien cordialement

    Commentaire par bcalenge — dimanche 13 décembre 2009 @ dimanche 13 décembre 2009

  5. Disons que les conditions légales du BBF sont en retard sur les pratiques qu’autorise la mise en ligne systématique des articles, gratuitement… 😉

    Commentaire par dbourrion — dimanche 13 décembre 2009 @ dimanche 13 décembre 2009

  6. Sur les conditions légales du BBF : pourquoi devrions-nous regretter d’avoir publié dans une revue qui nous a effectivement permis d’auto-archiver nos articles (il suffisait de le demander) ? Le problème n’est pas tant dans les autorisation systématiques (type CC) que dans les autorisations tout court, et dans la volonté de chacun de mettre sa prose à disposition des autres en minimisant les barrières d’accès, me semble-t-il.

    Commentaire par marlened — dimanche 13 décembre 2009 @ dimanche 13 décembre 2009

  7. @ Marlène,
    Bien sûr que je connais cette exception : c’était juste une pique !! Je ne suis pas sûr que le problème soit celui des autorisations : le Cercle a déjà autorisé des éditeurs de l’ex-Europe de l’Est à reprendre des titres pour en assurer la traduction et la publication, et cela sans frais, comme je connais la libéralité du BBF pour autoriser la reprise d’articles dans des revues étrangères, également sans frais. Alors, effectivement, se pose la question de la « volonté de chacun de mettre sa prose à disposition des autres », mais il faut bien accepter que cette volonté ne relève pas que de l’auteur, dans le cas du BBF comme du Cercle. Se posent nécessairement, dans ce type de structure, des questions d’équilibres économiques de la mise en forme, du travail de rédaction et de la diffusion, qui ne peuvent être balayés par les seuls desiderata des auteurs…

    Commentaire par bcalenge — dimanche 13 décembre 2009 @ dimanche 13 décembre 2009

  8. […] Web 2.0 et bibliothèques : une contribution « Bertrand Calenge : carnet de notes […]

    Ping par Liens : Usages et médiations 12/14/2009 - ilozen — lundi 14 décembre 2009 @ lundi 14 décembre 2009

  9. J’ai aussi fait partie des auteurs avant de me retirer du projet, avec d’autres. Précision : nous nous sommes retirés après nous être mis d’accord sur une formule à proposer de manière ouverte à l’éditeur sans du tout nier le modèle économique, nous n’avons pas été entendus, on nous a proposé un contrat classique très restrictif alors même que nous publions pour une large part sur nos blogs. Je suis d’accord avec Marlène et Daniel, et je regrette que l’éditeur n’ai pas souhaité être plus audacieux, surtout sur un livre sur ce sujet, surtout publié par des auteurs salariés ou fonctionnaires, surtout acheté par des collectivités ou des organismes publics. C’est regrettable, vraiment.

    Commentaire par bibliobsession — mardi 15 décembre 2009 @ mardi 15 décembre 2009

  10. Je suis toujours surpris quand on parle de « la rémunération des auteurs ». On sait très bien que personne parmi nous ne publie pour l’argent. Même si c’était le cas, on touche, disons, 7% x 20 euros x 1000 exemplaires soit 1400 euros. C’est à dire que pour en vivre, il faut publier au très bas mot un livre par mois. C’est à dire que demander que les auteurs vivent de leur plume (en élargissant la problématique au delà des bibliothécaires), c’est demander la médiocrité d’une production industrielle, bien loin des exigences de la recherche et même de la vulgarisation.

    Donc, nous en sommes d’accord, nous publions 1/pour faire connaître ce qui nous semble intéressant 2/parce que nous sommes bavards 3/bourdieusement, pour une rémunération symbolique (reconnaissance professionnelle, éventuelles retombées sur la carrière etc.). Dans tous les cas, le fait de toucher notre public (et d’être en accord avec les valeurs que nous promouvons en tant que bibliothécaire) est bien plus important que le pourboire qu’un éditeur consent à nous verser.

    Quant à l’éditeur comme garant de validation ou de scientificité, il faut ne jamais avoir parlé avec un éditeur (ou un auteur) pour y croire encore. Comme me le disait un directeur d’école doctorale à qui je demandais qui pourrait accepter de publier des actes de colloque : « avec 3000 euros d’aide à la publication, on publie où on veut ! ».

    Autant je comprends l’importance des éditeurs littéraires, de jeunesse ou grand public (rôle de diffusion, de publicité, d’organisation matérielle de la publication), autant je vois mal ce qu’apporte un éditeur dans le cadre des publications scientifiques (alors que les inconvénients sont eux bien visibles).

    Commentaire par RM — mardi 15 décembre 2009 @ mardi 15 décembre 2009

  11. […] Web 2.0 et bibliothèques : une contribution « Bertrand Calenge : carnet de notes (tags: bibliothèques web2.0 library2.0 bibliothéconomie library technology) […]

    Ping par PabloG — mercredi 16 décembre 2009 @ mercredi 16 décembre 2009

  12. Tout comme daniel et Silvère, je faisais partie des pressentis et tout comme Daniel et Silvère je n’ai pas souhaité poursuivre ce projet pour les même raisons évoquées ci dessous. Avec un réel regret : l’absolu manque d’audace de l’éditeur ou comment faire une édition 1.0 d’un livre qui parle 2.0 …..

    Commentaire par Dujol Lionel — mercredi 16 décembre 2009 @ mercredi 16 décembre 2009

  13. @ Lionel Dujol : je comprends et respecte totalement les raisons personnelles qui peuvent faire renoncer à poursuivre un projet éditorial, mais je m’insurge ici contre le dévoiement qui est fait du qualificatif 2.0 dans ce commentaire. Le livre imprimé, que je ne considère pas être un support obsolète (et avec moi des millions de lecteurs de livres), n’aurait-il pas le droit, dans son propre contexte, d’évoquer le web 2.0 ? Certes, ce livre ne sera pas interactif, mais sera-t-il pour autant frappé d’insuffisance ? Il existe (et ce n’est pas dirigé contre vous, Lionel) une forme d’intégrisme qui veut n’accepter une expression que si elle est conforme à certains canons implicites : le texte relève des Creative Commons, et son support répond à certaines fonctionnalités interactives, et il appartient à une économie du don (ou de la contribution), et tutti quanti…

    Je suis persuadé quant à moi que l’avenir ne se joue pas en termes d’antinomies. Déjà, des sociétés comme Netvibes ou Pearltrees imaginent leur existence 2.0 dans un contexte rentable (ne rêvons pas…), déjà la Library of Congress ou la BM de Toulouse confient leurs clichés à Flikr (dont je ne sache pas que le mécénat entre dans leur projet économique), etc. L’éditeur 1.0 (pour reprendre votre expression) a avec lui un modèle de communication et d’économie qui lui garantit l’intérêt de multiples lecteurs pour cet objet inerte que sera – qu’est déjà – son livre. Est-il indécent de prendre connaissance des possibilité de ce nouvel environnement … à la lecture des pages d’un livre certes bien… 1.0 ?

    D’autant que ces lecteurs, et vous le savez bien, ce ne sont pas des lecteurs lambda. Ce sont les collègues que nous côtoyons tous les jours, et dont nous déplorons parfois la timidité en matière de web 2.0. Alors, pédagogiquement parlant, n’est-il pas pertinent de jouer – encore – le jeu de l’imprimé traditionnel pour faire progresser des idées et des réflexes intéressés par d’autres médiations et échanges ?

    L’argent n’a rien à voir là-dedans. J’ai repris le calcul de RM – fondé sur l’hypothèse erronée qu’un seul auteur aurait écrit tout l’ouvrage – et aboutis à la conclusion que la rétribution de ma petite contribution s’élèverait à 59,5 euros pour 1 000 exemplaires vendus (avant déduction des diverses charges, ce qui me laisserait espérer au mieux… 40 euros !…)

    J’aime à penser que dans l’avenir nous produirons dans des contextes divers et concomitants : ici nous proposerons notre force de travail dans un environnement juridiquement contraint par le contrat passé, là nous pourrons apporter notre valeur ajoutée dans un espace de savoir partagé – le présent blog appartient à cette deuxième dimension, évidemment). Le tout est de bien réserver un espace à chaque activité, et d’en garantir les intégrités respectives. Mais ne demandons pas à tous les modes d’organisation ou de production du savoir de se plier à nos préférences, et acceptons-en la diversité, voire participons-y !!

    Commentaire par bcalenge — mercredi 16 décembre 2009 @ mercredi 16 décembre 2009

  14. Bertrand me pardonnera, je l’espère (sinon tant pis, chef bien-aimé) de réagir « es qualités » concernant l’allusion aux conditions de réutilisation des articles parus dans le BBF telles que figurant sur le site du BBF. Certes, elles ne sont pas « creative commons », mais en quoi, si j’ai bien compris la pique, sont-elles si coercitives ? N’est-ce pas normal de demander à l’éditeur scientifique d’une publication, qui a passé commande des contributions, les a préparées, les a publiées, en est responsable, d’être averti de leur réutilisation, et d’obtenir donc son accord pour cela faire ? En quoi le fait de demander qu’il soit fait mention de la provenance de la contribution, à l’heure où chacun s’inquiète de la pauvre fiabilité de bon nombre d’informations disponibles sur le web, est-il abusif ? La mention concernant les liens URL aux articles du BBF me paraît quant à elle de simple bon sens, et relevant de l’application la plus libérale de ce qu’il est convenu d’appeler la « netétiquette ». On sait les abus en ce domaine.

    Je serais plus réservé (mais là je suis hors es qualités) sur l’inclusion dans les bases de données.

    (A nouveau es qualités) On me permettra aussi de souligner que le BBF est disponible intégralement (cela veut dire TOUS les numéros et TOUS les contenus sauf les illustrations), gratuitement, y compris le dernier numéro paru : nous nous faisons même scrupule d’attendre la mise en ligne pour effectuer le routage auprès de nos abonnés ! Combien de revues de sciences humaines, combien de revues, peuvent en dire autant ?

    (A nouveau hors es qualités) Qu’on me permettre en matière de prurit un agacement personnel sur les creative commons en particulier : nous sommes en France, où s’applique le droit français et, dans certains cas directement, le droit européen (dans le désordre à vrai dire) : quelle est la place, dans cette architecture, des « creative commons » ? J’attends maintenant les volées de bois vert (désolé Bertrand).

    Commentaire par Yves Desrichard — jeudi 17 décembre 2009 @ jeudi 17 décembre 2009

  15. Yves, Contrairement à ce que tu sembles croire, la pique n’était pas destinée au BBF, mais à ceux qui, dans un souci parfois excessif de la liberté d’information, négligent justement le fait qu’un éditeur participe de près à la mise en forme – et même parfois à la mise en sens – des textes qu’il publie, en lui ajoutant cette autre plus-value qu’est la validation. Les mêmes qui publient dans le BBF… Et dans le contexte éditorial qui est encore le nôtre, je trouve parfaitement défendable la position du BBF (sinon, j’aurais moi-même en mon temps oeuvré pour son évolution), d’autant qu’elle s’accompagne de cette ouverture à la diffusion gratuite en ligne que tu cites.

    Ce qui m’amène à rebondir sur le commentaire de RM : je ne dois pas être un auteur comme les autres, mais ayant eu à me confronter à trois éditeurs et à leurs directeurs de collection (et ayant été moi-même directeur de collection puis rédacteur en chef) , je confirme ce que j’ai écrit concernant le gros travail accompli avec l’auteur sur son texte, et au-delà de lui… La situation est peut-être différente dans l’édition académique… ou alors mes éditeurs auraient été bien peu scientifiques ? :o)

    Commentaire par bcalenge — jeudi 17 décembre 2009 @ jeudi 17 décembre 2009

  16. De tels commentaires après un tel article, si ce n’est pas 2.0 à donf, je me demande ce qu’est le 2.0 (non, je blague). N’empêche que, sans vouloir préjuger de la volonté de Bertrand Calenge, il me semble qu’il souhaitait proposer à la réflexion le contenu de son article à propos du web 2.0 et des bibliothèques et qu’il l’avait juste précédé d’un avertissement au lecteur expliquant l’origine de ce texte. Résultat : une quinzaine de commentaires portant exclusivement sur l’avertissement préalable, sur le droit d’auteur et le rôle d’un éditeur (commercial, apparemment, il n’est pas question de l’édition scientifique et des 2 directrices de l’ouvrage – dont on peut tout de même se demander si elles existeraient, et même si l’ouvrage existerait sans l’éditeur commercial). Si on ajoute que ces commentaires proviennent aux trois quarts d’un minuscule groupe de personnes qui ont refusé de participer à l’ouvrage après avoir été pressenties pour y écrire, je crois qu’on a un repoussoir idéal pour détourner les bibliothécaires lambdas (faut-il un s au pluriel à lambda, voilà d’ailleurs une question pour correcteur payé par l’éditeur commercial) du 2.0. Alors, chers collègues qui avez (c’est une évidence) des choses intéressantes à dire en commentaire de l’article de Bertrand Calenge, reprenez le clavier une seconde fois, ne vous limitez pas à discuter des conditions de production de son texte, commentez-le, sinon, votre attitude aura un effet au rebours de vos convictions ! Bien cordialement !

    Commentaire par Colvert — samedi 26 décembre 2009 @ samedi 26 décembre 2009

  17. Salut Bertrand et autres commentateurs,

    De passage ici de retour des fêtes et découvrant ce débat étonnant et, de mon point de vue plutôt étriqué, je voulais fait juste une remarque ou deux, quitte à me faire étrillé à mon tour.

    J’ai de plus en plus de mal à voir accolé 2.0 ou 1.0 avec tout et n’importe quoi, même si j’ai pu moi-même tomber dans ce panneau. Un livre est un livre, une bibliothèque une bibliothèque. Leur modèle s’est construit dans des conditions matérielles et sociales précises. Leur accoler un suffixe qui relève d’un média différent, numérique, me parait ridicule et surtout induire un contresens. Sans doute le Web peut être utile aux services des bibliothèques (ou à la promotion ou l’accès au livres) et ton article le montre bien. Mais s’il s’agit d’une bascule radicale de la bibliothèque (ou du livre) sur le web, c’est alors autre chose, et il n’est pas sûr que le vocabulaire, bibliothèque ou livre, soit toujours bien approprié.

    De plus les commentaires un peu hautains sur le livre et les éditeurs sont tout aussi discutables. Sans doute le Cercle de la Librairie ne brille pas par la modernité de sa stratégie, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais quel autre éditeur francophone a publié autant d’incontournables du domaine ? En disant cela je ne signifie pas que les écrits sur le Web ne sont pas importants, simplement que, au jour d’aujourd’hui, il y a encore largement la place pour les deux médias et leur complémentarité, sans ostracisme.

    Enfin sur le BBF, sans doute tous ces commentateurs étaient trop jeunes, mais cette revue fut, et j’en sais quelque chose, une des toutes premières à proposer la totalité de ses articles librement accessibles en ligne, en 1995 si ma mémoire est bonne, bien avant que l’on ne parle de CC ou même que les archives ouvertes dépassent le petit monde des physiciens nucléaires.. Alors, ces reproches et discussions ne sont-ils pas un peu dérisoires ?

    Commentaire par JM Salaun — lundi 4 janvier 2010 @ lundi 4 janvier 2010

  18. @bcalenge : nous sommes en fait d’accord et loin de moi d’opposer des outils 1.0 à ceux estampillés 2.0. ! Je ne cesse de le répéter lors de mes interventions. Mais voila, laisser un commentaire un peu bref et sur un coup de sang, apporte finalement peu d’eau à notre moulin ! 😉
    Je faisais plus allusion à la stratégie de diffusion de l’éditeur …..

    Commentaire par Lionel — jeudi 7 janvier 2010 @ jeudi 7 janvier 2010

  19. @ JMSalaun : « De plus les commentaires un peu hautains sur le livre et les éditeurs sont tout aussi discutables. Sans doute le Cercle de la Librairie ne brille pas par la modernité de sa stratégie, c’est le moins que l’on puisse dire. » tout est dit dans la seconde partie de la phrase et une ambition frustrée (mais pas de mépris de notre part, juste un espoir déçu.) que la forme du livre soit en cohérence avec le discours qu’il contient, soit, restons en là sur cette question, il y en a bien d’autres plus importantes.

    @Clovert : merci de ne pas réduire nos interventions sur le web et les questions numériques à ces quelques commentaires qui ne sont que la partie émergée de nombreux échanges autour de ce livre. Normal donc que nous ayons été déçus. Au plaisir de vous croiser sur mon blog ou sur d’autres biblioblogs pour commenter vous-même et nous faire part de vos avis et de vos pratiques. L’étiquette 2.0 (de plus en plus insupportable d’ailleurs, je rejoins JM Salaun) n’est ni une formule magique, ni le monde de oui-oui, il ne s’agit pas de militer pour une quelconque cause, mais de proposer/faire connaître des points de vues, des outils, des pratiques, si possible en phase avec des usages… nous n’avons donc rien à vendre ni donc à servir de repoussoir à quelque(s) lambda(s) que ce soit…

    Commentaire par bibliobsession — jeudi 7 janvier 2010 @ jeudi 7 janvier 2010

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    Ping par e-Médiation (05/02/10) « pintiniblog — vendredi 5 février 2010 @ vendredi 5 février 2010

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