Bertrand Calenge : carnet de notes

mercredi 7 octobre 2009

Périmètre de la bibliothèque (2) : à construire ou à faire reconnaître ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ mercredi 7 octobre 2009
Tags:

Dans un précédent billet, je m’interrogeais sur le périmètre de l’activité d’une bibliothèque. Entendons-nous bien : cette question n’est pas philosophique mais très précisément située. En effet, j’insistais sur le fait que c’étaient les tutelles qui posaient la question, dans un but de clarification des services rendus à la collectivité. Et mon interrogation s’attachait à la réponse possible qui pouvait être apportée. Bien entendu, la réponse ne peut tenir dans des « idées » ou des concepts, ou du moins pas seulement : il s’agit de définir des champs d’activité concrète, et non d’affirmer des ambitions universalistes là où on des moyens sont limités. Et l’exercice est intéressant, puisque contraint.

Bien sûr, on peut vouloir ré-affirmer concrètement le « modèle de la bibliothèque publique » tel qu’il a été porté en France et qui fait l’objet de travaux très intéressants à l’Enssib. On peut à l’inverse préférer abandonner toute idée ‘modélisatrice’ et vouloir conduire des périmètres  très différents selon les bibliothèques particulières.

Dans les deux cas, on risque de rater quelque chose :

Les insuffisances du modèle dominant de bibliothèque publique

Le modèle de bibliothèque qui a émergé au moment des années 1960-1970 est fondé sur un double socle : la mise en avant des collections, et la volonté de démocratisation culturelle. Est-on sûr que les collections soient toujours aussi premières, et la ‘démocratisation culturelle’ à la Malraux encore crédible dans ses manifestations historiques ?

Bien entendu, la constitution d’un stock documentaire – patrimonial en partie, visant la meilleure utilité pour la plus grande part -, comme le prêt et la consultation d’icelui restent un noyau dur d’activité encore aujourd’hui (mais  en l’état avec un potentiel de croissance faible, pour reprendre les typologies d’analyse de Jean-Michel Salaün). Bien entendu également, la vocation de la bibliothèque à servir tous les publics reste valide.
On sait aussi (mais sans toujours prendre conscience des impératifs d’organisation et de réflexes que cela suppose) que la bibliothèque est un espace public et social appelé à devenir le « living-room de la cité« . Mais pour ce faire il ne suffit pas d’élargir les horaires d’ouverture ni d’améliorer les conditions d’accueil. Il est bien des territoires très professionnels explorés aujourd’hui de façon timide, innovante ou du moins prescientes. Nous connaissons  le bouillonnement qui agite nos établissements, et notamment dans quatre directions :

  • la pédagogie de la connaissance connait une montée en puissance qui ne s’appuie que très partiellement sur les moyens et services traditionnels des bibliothèques : formation à la recherche documentaire dans les SCD, espaces numériques accompagnés dans les BM, ateliers pédagogiques, voire cette nouvelle ‘médiation numérique‘,  etc.  Cette activité est-elle reconnue comme appartenant au périmètre des bibliothèques, et pas seulement à celui des enseignants ?
  • le pilotage de la construction de corpus de connaissances déborde largement les seules ressources de la collection via l’organisation partenariale d’itinéraires au sein de corpus numériques,… Cette fonction n’appartient-elle qu’aux musées et aux chercheurs ?
  • résoudre les anomalies de connaissance (‘besoins d’information’ ?) d’une population donnée prend une importance insoupçonnée de plus en plus indispensable socialement : services de questions-réponses – en ligne ou en présentiel -, activités de médiation socio-documentaires hors les murs, etc. Le travail social peut-il négliger l’isolement culturel ?
  • la problématisation critique (au sens positif) du savoir occupe une place de plus en plus essentielle dans l’espace public : propositions d’analyses de textes, organisation de conférences et de débats, voire de colloques, etc. Les débats publics de société sont-ils réservés aux journalistes et aux savants ?

A chaque fois, sur ces questions on rencontre cent bibliothèques qui innovent. Il est essentiel d’étendre le domaine de la lutte au-delà des seules collections et de leur communication, pour faire entrer d’autres services dans le périmètre des activités légitimes d’une bibliothèques. Et non seulement légitimes, mais impératives. Évidemment, toutes activités mesurées à l’aune de la population servie par la bibliothèque, et déclinées en services mesurables…

J’ai bien conscience que les quatre axes que je soumets ont bien des points de recoupement. Mais ils partent aussi de points de vue différents qui, me semble-t-il, peuvent aider à tracer un nouveau périmètre. Lequel ne serait pas borné par la réalité toujours prégnante du stock et de sa communication, mais ferait de l’activité bibliothécaire, croisée avec la population servie sur un territoire, le mètre d’arpenteur de ce fameux périmètre d’activité.

En outre, et c’est particulièrement important, l’introduction de ces quatre axes (ou même d’un seul d’entre eux) impose des modification du périmètre implicite des bibliothèques et des compétences et organisations associées.

Le risque de l’abandon de tout modèle au profit de la singularité des établissements

D’un autre côté, comme on sait bien que les moyens, les histoires et les contextes de chaque bibliothèque sont très différents, la tentation est forte, notamment chez les bibliothécaires les plus innovants, de se dégager du modèle de la bibliothèque lieu et collection pour inventer librement un modèle local spécifique.
Outre le fait que cette liberté n’existe guère que fugitivement, et qu’il faut bien passer par des grilles de lecture implicite des décideurs,  le risque est d’abandonner ce faisant un espace qui transcende chaque bibliothèque particulière, l’espace de l’information publique.  A condition bien entendu de voir acceptée l’idée même d’un « service d’information public » : un service qui ait une place reconnue par les pouvoirs publics, au milieu et malgré les multiples services commerçants se battant sur des créneaux de ce type. Encore faut-il forger les arguments, construire des services mesurables, les rendre non seulement indispensables mais légitimes.

Ces services auront sans doute des déclinaisons différentes selon les moyens et contextes. Mais il me semble que la question de l’accès à l’information prend une importance majeure, politiquement, socialement et économiquement : discuter du périmètre de la bibliothèque, c’est discuter du périmètre de l’accès public à l’information !!

Non ?

Publicités

7 commentaires »

  1. « Mais il me semble que la question de l’accès à l’information prend une importance majeure, politiquement, socialement et économiquement : discuter du périmètre de la bibliothèque, c’est discuter du périmètre de l’accès public à l’information !! »

    Conclusion un peu hâtive à mon goût, qui mélange l’accès public à l’information (hors bibliothèque) et le périmètre de la bibliothèque.

    Discuter du périmètre de la bibliothèque, c’est discuter – avant tout ? – de ce que la bibliothèque souhaite développer comme accès à l’information. Accès public dans un certain sens, mais accès à quels publics ? dans l’autre !

    Local, départemental, régional, national, mondial ?

    Tout est corrélé à ce public, et les actions entreprises, au travers des manifestations, expositions, etc., vont dans ce sens.

    Quand on pense mondial, donc Web, le périmètre de la bibliothèque devient mondial (encore faut-il traduire les pages dans une ou plusieurs langues mondiales, ou permettre leur traduction.)

    Certes les tutelles vont avoir un peu, beaucoup de mal à comprendre le développement de pages multi-lingues, à destination du monde entier.
    Mais qui peut le plus, peut le moins, et les grandes villes sont cosmopolites… Avec le plus, on touche également le local, le local de niche.

    Local qui se trouve dans le périmètre de la bibliothèque.
    Ou en dehors depuis des lustres, et dont on se préoccupe peu, à pas du tout. Faute de pouvoir développer des fonds suffisants et significatifs pour eux, ces populations de « niche ».

    Même problématique avec les adolescents (réputés ne pas venir en bibliothèque), donc on ne développe pas de fonds.
    Périmètre plat.

    Va-t-on ouvrir de nouveaux secteurs « d’information » pour arrondir le périmètre ?

    Quels types et formes vont-ils prendre ?
    Va-t-on gonfler de nouvelles bulles d’information.

    Comme celle du patrimoine locale, par exemple. (ou de l’information locale, mal ou peu relayée dans la presse, ou souvent invisible hors des offices de tourisme)

    Quel est le périmètre patrimonial de la bibliothèque ?
    S’il passe sur le Web, quelle dimension va-t-il atteindre ?

    Sera-t-il ouvert ou fermé aux autres « bibliothèques » alentours (bibliothèques, ou centres d’archives, ou centres de docs, ou centre de ressources humaines donc des individus ressources) ?

    Une petite bibliothèque, avec peu de moyens, pourra-t-elle (sans en subir les foudres) renvoyer un de ses usagers vers les services ouverts d’une plus grande.
    Pointer directement sur le site Internet de la grande bibliothèque, voire même y participer avec ses propres ressources locales.

    Et là, là, où s’arrête le périmètre de la bibliothèque dans un réseau de « bibliothèques » ?
    A quel maillon de la communauté ?

    Surtout quand on sait que des bibliothèques étrangères disposent de fonds intéressants, de chercheurs, de passionnés… bref, de « ressources » !

    Vraiment : où « s’arrête » le périmètre ?

    A part au sinus/cosinus de l’angle d’ouverture des services proposés…

    Bien cordialement
    B. Majour

    Commentaire par B. Majour — mercredi 7 octobre 2009 @ mercredi 7 octobre 2009

  2. @ Bernard Majour,

    Cher collègue, à mon humble avis vous prenez la question par le mauvais bout. Elle n’est pas de savoir si la bibliothèque est audible (très éventuellement) à l’autre bout du monde, ni de savoir si le fait de se mettre en réseau trouble son périmètre potentiel. Elle est tout bonnement de considérer prioritairement la population au service de laquelle on est et les besoins qu’on y analyse. Examinez bien toutes les bibliothèques, quelles qu’elles soient et quel que soit leur statut : elles sont toutes justifiées par un périmètre de population, territorialement défini dans le cas des bibliothèques publiques, académiquement ou par communautés de chercheurs pour les bibliothèques universitaires et surtout de recherche.

    Le fait que le web permette à chaque bibliothèque d’envisager son public comme universel est une conception contre laquelle je m’insurge (sinon, remplaçons LES bibliothèques par LA bibliothèque universelle). Son objectif est nécessairement (par destination et par contrainte de ses tutelles) celui de ‘sa’ population. Par exemple, le Guichet du Savoir est utilisé par tout le monde francophone ? Certes, mais ne croyez pas que Lyon ait une ambition de service national voire de dimension francophone par ce biais ! Le service est mû par une double ambition : que les Lyonnais puissent trouver réponse à leur besoins d’information et (pour le côté bibliothèque de recherche) que les demandeurs intéressés par nos ressources et compétences sur certains domaines spécialisés de renommée nationale ou internationale aient satisfaction. Le reste n’est que génération de ressources de savoir, mobilisation d’intérêt pour le service, pédagogie bibliothécaire, etc. C’est un peu brutal, je l’avoue, et ne pose la question que sous l’angle du périmètre (bien entendu, toutes les questions de tous les demandeurs sont également traitées, d’autant qu’on ignore la localisation du demandeur, y compris les demandes de citoyens renvoyés par une plus petite bibliothèque 😉 ).

    Il ne faut pas confondre l’accès à un service avec l’objectif de sa constitution. cela vaut pour tous les services qui peuvent être mis en œuvre. Certes, on tend de plus en plus à abattre les cloisons entre publics locaux et publics « extérieur » en ce qui concerne les facilités d’accès. A la fois parce qu’Internet l’impose, comme les dispositions réglementaires européennes. Mais surtout parce qu’on s’est rendu compte que les plus grandes facilités d’accès à un service X favorisaient d’abord la population au service de laquelle nous sommes missionnés !

    D’ailleurs, toujours en prenant l’exemple du Guichet du savoir, j’ai toujours conseillé aux bibliothécaires de petites communes d’en construire un à leur propre niveau : répondre à toutes questions concernant l’histoire, la topographie, l’économie, etc., de leur canton : quelle merveilleuse ressource pour leur population. Et quel enrichissement pour cette population que des questions posées de toutes parts sur leur commune ! Vous voyez ce que je veux dire ? L’accès mondial à ce patrimoine valorise la commune et enrichit (au moins intellectuellement) sa population.

    Et bien évidemment, la logique de mise en réseau procède de la même logique : si ‘notre’ population n’y trouve pas avantage, alors pourquoi une mise en réseau ?

    Je ne crois pas à la dilution du périmètre. Il est très clair, et ne réside ni dans les outils sophistiqués ni dans les partenariats complexifiés. Il réside, simplement, dans les publics que nous devons servir : d’abord la population locale, et pour certains fonds les chercheurs intéressés, le tout dans un dosage très différent d’une collectivité à l’autre.

    Cordialement

    Commentaire par bcalenge — mercredi 7 octobre 2009 @ mercredi 7 octobre 2009

  3. « résoudre les anomalies de connaissance (’besoins d’information’ ?) d’une population donnée » waouh, il faut remplacer anomalie par demande, ou question non ? le mot ne me semble pas trop dans le domaine de la « pédagogie de la connaissance » pour reprendre ton expression….

    Oui d’accord avec toi pour le pas confondre facilité d’accès à un service (s’il est numérique il est de fait très accessible) et ses objectifs, c’est aussi une manière de comprendre que les bibliothèques doivent rendre des services gratuits, au delà du territoire à desservir.

    Oui ce discours est aussi une manière de nous justifier par rapport à nos tutelles, et d’obtenir une légitimité et des moyens. Soit. Dans les faits, pour l’usager lambda, peut importe effectivement d’où il pose sa question.

    Il me semble pourtant que si ton discours est vrai pour les informations locales qui ont effectivement un intérêt territorial, mais est-ce bien la majorité des informations proposées par les bibliothèques ? Quelle est la proportion d’informations purement locales dans la base de connaissance du Gds ?

    Pourtant, les bibliothèques publiques n’ont pas pour objet principal, me semble-t-il de proposer une information à valeur locale (les fonds d’histoire locale sont assez faibles au regard du reste des domaines documentaires non ?). Les bibliothèques sont-elles en premier lieu perçues comme des lieux où l’ont va chercher une information sur un territoire ? A mon avis non elles sont un lieu territorial dans lequel on va chercher une information à portée universelle… Même si, et je sais que je parle au spécialiste de la poldoc, les collections sont adaptées, pour une part, aux besoins supposés d’une population locale…

    Demain tous les catalogues de bibliothèque auront des outils leur permettant d’intégrer des critiques de livres et des données qui seront enrichies et qui auront vocation à contribuer à une « pédagogie de la connaissance » pour reprendre tes mots. Elles demandent en ce moment des moyens pour se doter de tels outils au niveau local en arguant d’un meilleur service à l’usager local, normal. Pour autant, le résultat ne sera là que si un certain nombre de critiques et de contenus crée par d’autres sont dans le catalogue…toujours local. Mais encore faut-il pour cela que ces données circulent à un autre niveau…

    Attention, s’il s’agit d’histoire locale, là d’accord, et les lyonnais sont surement contents de trouver des informations de qualité dans ce domaine. Là d’accord.

    Au final, si la valeur de l’équipement bibliothèque est bien locale, la majeure partie des informations qu’elle propose sous forme d’objets et la majeure partie des informations qu’elle propose pour en assurer une médiation ont bien par nature un périmètre global (disons francophone, tant que google n’a pas trouvé la graal de la traduction automatique dans toutes les langues) 😉

    Le risque est bien que ces informations se diluent elles-mêmes en étant disséminées, faute d’être rendues visibles et redistribuées. Ouvrir les accès ne sert à rien si la valeur première : l’information proposée au regard d’objets tangibles encore dominants et demain d’objets numériques n’est pas visible et de qualité. on croise souvent 500 critiques ou avis de bibliothécaires/lecteur dans un catalogue de 50 000 titres… je vous laisse calculer la probabilité qu’un usager la lise.

    Commentaire par bibliobsession — jeudi 8 octobre 2009 @ jeudi 8 octobre 2009

  4. @ Silvère,
    Sur le fond de ton billet, je crois que mon exemple d’un Guichet du savoir d’intérêt local dans une petite commune est largement incomplet. Je répondrai en deux temps :

    – oui le Guichet du savoir déborde de loin les seules questions de strict intérêt local (quant au contenu), mais les réponses autres sont mises à disposition des Lyonnais (et accessoirement de tous), quelle que soit l’origine du demandeur. Pour poursuivre par une pirouette, la Bibliothèque de Lyon achète des oeuvres au contenu originaire de tous pays… pour les proposer aux Lyonnais. Je réinsiste sur le fait que l’ouverture d’accès n’est stratégiquement pas intéressante parce qu’elle ferait d’une bibliothèque locale une bibliothèque universelle (va donc vendre cela à tes tutelles financeuses !), mais parce que la plus grande liberté d’accès favorise l’accès des premiers inétressés, les habitants desservis.

    – Inversement, la large disponibilité de l’information mondiale (ou du moins francophone, ne rêvons pas effectivement, et ce n’est pas qu’une question de traduction mais aussi de pratiques culturelles) auprès de nos concitoyens grâce à Internet, tant dans la diversité des contenus que dans la facilité d’accès, réintroduit la bibliothèque et les bibliothécaires comme metteurs en ordre, médiateurs, constructeurs de contenus, donneurs de sens au sein de ce foisonnement. D’où le rôle – que tu soulignes à raison – d’une recommandation visible et redistribuée, d’où – autre exemple lyonnais, le magazine Points d’actu qui brasse les références tant dans la collection que sur le web pour donner une perspective porteuse de sens au sein de cette masse. Et pour qui ? Pour les Lyonnais, of course ! Tout le monde peut le voir ? Tant mieux, ça ne le rendra que plus lisible, ne serait-ce qu’à partir des moteurs de recherche… largement utilisés par ces Lyonnais.

    Sur la question des ‘anomalies de connaissance’, j’ai eu tort de ne pas creuser, mais c’aurait été trop long. Vois mon article dans un BBF de 1998 : « Peut-on définir la bibliothéconomie ?« .

    Amicalement

    Commentaire par bcalenge — jeudi 8 octobre 2009 @ jeudi 8 octobre 2009

  5. @Bertrand Callenge

     » Cher collègue, à mon humble avis vous prenez la question par le mauvais bout. »

    Oui, effectivement, c’est ce que j’ai pensé au début en réfléchissant à ce billet.

    Mon périmètre physique, c’est globalement dix minutes en voiture. (sauf pour ceux qui viennent travailler sur la commune)
    J’envisage d’ailleurs, une géolocalisation sur les adresses de mes inscrits pour connaître les quartiers qui ne sont pas dans mon périmètre… et ceux qui pourraient l’être.

    Seulement, en ce moment, je suis en train de rechercher des documents sur Léon Delagrange, et son implication dans la vie locale dans les années 1910 (date où il s’est tué sur notre commune)

    Et, grâce à Internet, j’ai trouvé quelques rares documents… à la BNF, mais aussi aux Etats-Unis.

    Ce qui m’invite à inverser la proposition de périmètre pour ces bibliothèques (ou centre de ressources sur les pionniers de l’aviation)… Leur périmètre physique est restreint comme le mien (toutes proportions gardées 😉 ), mais leur périmètre Internet est beaucoup plus large.

    Je ne dis pas non plus que nous devions servir le monde entier et créer LA bibliothèque Universelle (même si Google, lui, la crée), je dis simplement que notre périmètre Internet est, par le fait même d’Internet, potentiellement mondial. Et donc qu’il déborde bien au-delà du périmètre physique.

    J’en ai également eu la preuve lors d’une réunion (sur un autre sujet) de bibliothécaires.
    L’un d’eux a monté un blog sur le patrimoine locale de sa commune, et a eu la surprise de recevoir des commentaires, puis des mails de personnes intéressées par son travail… au point de lui envoyer des cartes et d’autres informations sur son lieu de vie local !

    Cartes de moulins, qu’il n’aurait jamais pu trouver seul, sauf à suivre le même parcours que ce chercheur historien. Puisque ce chercheur les a conçues de toute pièce à partir de documents (situés hors périmètre physique, pour la petite histoire 😉 ).

    Aussi, sans l’ouverture de ce point d’accès à la « Bibliothèque », point de retours.

    Avec un site statique, donc sans possibilité d’apporter des commentaires, il en serait également à zéro retour.
    Idem (à 98 % de chance), avec juste un email (difficile à trouver).
    Seul le blog, ouvert aux commentaires, permet cette interaction avec le « public ».

    J’en déduis que l’ouverture du service « bibliothèque » dépend de son angle. Fermé, ou bien ouvert.

    Au niveau physique, comme j’accepte les dons de livres/journaux, j’en arrive à la même conclusion. Car, de plus en plus de gens m’apportent des dons. Des gens qui ne viennent pas à la bibliothèque, n’y viendront jamais… Et qui – je ne sais ni où, ni comment – ont entendu parler de mon « ouverture » aux dons.
    Parfois même hors de mon périmètre physique.

    « D’ailleurs, toujours en prenant l’exemple du Guichet du savoir, j’ai toujours conseillé aux bibliothécaires de petites communes d’en construire un à leur propre niveau : répondre à toutes questions concernant l’histoire, la topographie, l’économie, etc., de leur canton : quelle merveilleuse ressource pour leur population. Et quel enrichissement pour cette population que des questions posées de toutes parts sur leur commune ! Vous voyez ce que je veux dire ? »

    Sans difficulté aucune !!! :-))

    Sauf que… dans une petite commune, on est souvent adjoint du patrimoine. Seul. (moi, j’ai la chance d’une équipe de bénévoles, d’autres ne l’ont pas.)
    Et seul à effectuer toutes les tâches d’une bibliothèque dont la Poldoc… (Oups, la stratégie d’acquisition ! Désolé Silvère. 😉 ) sur tous les domaines, avec des budgets en correspondance avec les ressources d’une petite commune.

    Pour ce qui est de la VAE, la mienne reste bloquée dans un tiroir d’IUT, on ne sait pour quelles obscures raisons. Mais passons.

    Donc, je vois très bien de quoi il est question.

    Cependant, l’histoire locale, ce n’est qu’un point de détail par rapport aux questions qui me sont posées d’habitude. 🙂
    Car les gens ont les mêmes préoccupations partout, avec des demandes aussi pointues que dans les grandes villes. (L’éducation Nationale est la même partout, les moyens des bibliothécaires, non. Alors pouvoir compter sur des réponses déjà fournies, c’est un plus indéniable.)

    Histoire locale, point de détail, certes très intéressant, mais qu’il faut aller dénicher, fouiller, et parfois même « découvrir » au marteau, au burin et au peigne fin, en particulier sur le Web.
    Tel un archéologue bien connu, avec son fouet et son chapeau Fedora.

    Ce qui suppose du temps libre.
    Beaucoup.
    (Si je le prends, en dehors de mes heures de travail… d’autres collègues ne peuvent se le permettre.)

    Du temps.
    Beaucoup de temps.
    Ce qui m’amène, de nouveau, à repenser mon périmètre.
    Si je travaille dans mon coin, alors que la bibliothèque d’à-côté joue la même partition, on va se retrouver à réinventer la roue… Avec plus ou moins de bonheur.
    Alors que nous nous inscrivons sur le même territoire. N’y a-t-il pas là gabegie de moyens ?

    Cependant, on me fera remarquer, à juste titre, que je dois « considérer prioritairement la population au service de laquelle je suis. »

    Le problème devient soudain : mais quelle population dois-je servir ? Qui est ma « population » ? Et comment la servir au mieux ?

    Avec un périmètre plus étendu (quand je vais chercher moi-même de l’information très loin), je peux obtenir des ressources plus intéressantes pour ma population. (locale)
    Seulement Internet, c’est aussi une question d’échanges… on partage volontiers avec celui qui partage, et on cherche à partager encore plus.

    Ratisser large, permet de mieux ratisser plus près.
    Le tas de feuilles est toujours plus gros au centre.

    Si je veux attirer les bonnes volontés, (celles des anciens qui ont migré, ou pris leur retraite loin de ma commune, par exemple), je dois forcément dépasser le cadre de mon périmètre physique. Ne serait-ce que pour des échanges de bons procédés, ou des retours d’ascenseurs, ou encore pour les atteindre.

    Penser global (mondial), c’est ouvrir tout grand la porte pour un meilleur local… ceux qui, bien sûr, vont utiliser le service en priorité.

    Voilà toutes les raisons pour lesquelles j’en suis « au sinus/cosinus de l’angle d’ouverture des services proposés ».

    Tout seul, mes moyens sont limités.
    Avec un réseau, j’étends mes possibilités… même en restant local.

    C’est à l’image des réseaux sociaux.
    Même en local (mes amis), je peux toucher beaucoup plus de gens (les amis de mes amis, et les amis des amis de mes amis, etc.) et voir remonter des ressources passionnantes/pertinentes (de qualité ?).

    Seul, on ne pense pas à tout, on ne voit pas tout.
    A plusieurs, c’est une autre histoire. 🙂

    A défaut d’une intelligence collective, on peut se pencher sur la mémoire collective, le savoir collectif. Et nous sommes tous très riches de données qui n’ont pas un caractère essentiellement privé.

    Qu’est-ce que la bibliothèque alors ?
    Quel est son périmètre ?
    N’est-elle pas dans ses lecteurs, dans leurs périmètres de savoirs/connaissances respectifs ?

    Dans leur envie d’être acteurs de la bibliothèque, plutôt que consommateurs passifs.

    Une bibliothèque Atomique ?

    Un atome (de protons, lecteurs locaux ; de neutrons, bibliothécaires) entouré de ses électrons mobiles, attirés par la gravitation.

    Or le propre des électrons quantiques n’est-il pas d’avoir un périmètre flou ? 🙂

    Pas inexistant, pas dilué, mais flou.

    Bien cordialement
    B. Majour.

    Commentaire par B. Majour — jeudi 8 octobre 2009 @ jeudi 8 octobre 2009

  6. Cher Bernard Majour,
    Tout d’abord levons un malentendu : je n’ai jamais dit que chaque petite bibliothèque devait lancer un site de réponse aux questions d’intérêt local. J’ai juste proposé cette piste aux interlocuteurs qui, fascinés par le Guichet du savoir, se demandaient comment mettre en oeuvre un tel service ou y participer. mais, comme vous le soulignez, il y a mille moyens de servir sa population.

    Pour le reste, je vous renvoie à ma précédente réponse à Silvère sur ce même billet et vous confirme que oui, même et surtout en une époque d’information atomisée, notre point de repère c’est notre population et ses besoins. Et quand vous vous interrogez sur votre capacité à embrasser l’immensité de ces besoins – même s’il s’agit d’une population peu nombreuse (et d’ailleurs, croyez-vous que le problème ne se pose pas à la puissance cube dans une grande collectivité, même avec 100 fois plus de forces ?) -, je vous renvoie aux principes de la Poldoc (je n’ai pas honte du terme, même s’il doit être visité dans ses fondements et non ses procédures techniques) : il faut choisir, prioriser, eh oui.

    Enfin, juste un mot sur la mémoire collective, le savoir collectif, pour vous citer. Je vais être franc et brutal : pour moi, c’est un concept menteur. La mémoire collective existe depuis toujours : c’est la totalité des textes, images et musiques produites et diffusées par les êtres humains. Et depuis toujours les bibliothécaires ont essayé (en France du moins) d’en offrir des représentations et traces ordonnées, dans la mesure de leurs moyens bien sûr. Le tsunami de savoirs que nous balance aujourd’hui publiquement Internet n’est rien d’autre, professionnellement, que ce que nous connaissions lorsque nous étions bornés par nos moyens d’acquisitions et l’invisibilité de ces savoirs hors nos murs.
    Il n’est pas de mémoire collective au sens global, il n’est que construction sélective d’une mémoire (savoir) personnelle et sociale dans le cadre de notre collectivité (bien sûr en relations constantes avec les collectivités voisines, avec la nation, etc.) : elle se construit par la sélection, par la mise en perspective, par des coups de projecteurs et des débats, et se construit dans des cercles de sociabilité, des cercles de communauté. Et c’est notre travail, avec nos moyens inégaux, dans nos collectivités aux moyens et investissements inégaux, d’aider à cette construction.
    Le reste n’est qu’angoisse face au travail qui nous attend. Angoisse justifiée, certes, mais travail à accomplir quand même tant bien que mal.

    Mon périmètre personnel d’activité est fondé sur environ 480 000 personnes à servir (et je passe sur les secteurs de recherche). Dans le flou du flot, c’est nécessairement mon point de repère.

    Commentaire par bcalenge — jeudi 8 octobre 2009 @ jeudi 8 octobre 2009

  7. « Enfin, juste un mot sur la mémoire collective, le savoir collectif, pour vous citer. Je vais être franc et brutal : pour moi, c’est un concept menteur. La mémoire collective existe depuis toujours : c’est la totalité des textes, images et musiques produites et diffusées par les êtres humains. »

    Je reviens, avec un peu de temps, sur ce paragraphe qui rentre dans le périmètre de la bibliothèque (à mon avis)

    Sur le fond, je suis d’accord. Nous avons toujours eu cette totalité documentaire, et même totalité informationnelle. Cependant le périmètre était réduit par la distance ou même par l’accès physique, voire par l’aspect intellectuel (document réservé aux chercheurs !… avec X recommandations)

    Avec Internet, ce périmètre n’existe plus
    (sauf pour les données non numérisées, je suis de nouveau d’accord. Elles, elles demeurent circonscrites au périmètre du « centre » documentaire, en tant que noyau physique)

    Donc, la mémoire collective, avec Internet, change.

    On peut accéder à bien plus d’informations que par le passé. A plus de ressources, à plus de « savoir collectif » par le biais des réseaux sociaux ou des équivalents tels que les forums ou listes de diffusion. On ne reste pas bloqué au niveau du seul document, on peut voir, écouter les gens et les « savants » en pleine réflexion.
    Ou même réfléchir avec eux. (en échangeant sur des blogs ou autres)

    Cependant, là où je vous donne raison, c’est que ce savoir est un savoir éphémère. Un peu trop comme l’actualité journalistique, ce savoir passe et disparaît, s’enfonce dans quelques niches (quand c’est bien le cas) et peut-être s’y enterre-t-il à jamais.
    Le net ne conserve, à la surface, que le mouvement chaud de l’information. La mémoire à court terme.

    Ce qui pose alors deux problèmes :
    – La bibliothèque doit-elle se concentrer sur l’information chaude ?
    – Ou conserver sa flottabilité d’iceberg, avec de l’information à toutes les températures ?

    Tous les cas me semblent envisageables.
    Le deuxième est plus probable. Et revoilà le périmètre dans la notion d’iceberg.

    Toutefois l’iceberg, l’image même d’un iceberg me paraît trop figée.
    Je lui préfère une notion d’éponge, dont les contours sont plus flous. Une éponge qui peut se charger d’eau et s’en délester au besoin.
    Eau chaude, eau froide, l’éponge accepte tout.

    Et l’usager peut la presser par tous les bouts.
    Et le bibliothécaire peut la presser à son tour pour ramener de l’eau froide à la surface.
    Bibliothèque éponge au contour flou, chaude ou froide, tout dépend dans quelle eau elle baigne ses filaments.

    On peut aussi avoir des bancs d’éponges, qui travaillent de concert. Presser un bout fera-t-il jaillir de l’eau à l’autre bout du banc ?

    De concert.
    Ceci pour nous ramener au Guichet du Savoir, et à son intéressant périmètre.

    « J’ai juste proposé cette piste aux interlocuteurs qui, fascinés par le Guichet du savoir, se demandaient comment mettre en oeuvre un tel service ou y participer. »

    Je note le mot participer.
    Qui, là aussi, modifie la notion du périmètre.

    S’inscrire dans un ensemble plus général, pour mieux servir, en rebonds, sa population.
    Donner un peu de son temps, pour recevoir le temps de tout le monde.

    Certes, il y a le périmètre de la population – base indubitable du service – mais est-ce bien le seul ?

    Dans le mot participer, n’y a-t-il pas un nouveau périmètre qui se dessine ?
    Entre collègues, dans un premier temps… il faudra bien éponger le tsunami, au moins la vague qu’il laisse derrière lui. Ne serait-ce que l’écume des questions.

    Avec les lecteurs, dans un second temps… parce qu’ils restent tout de même bien désemparés face au tsunami. Avec un sentiment de manque, malgré tout, d’absence.

    C’est toujours dans l’absence que l’on remarque le manque.
    Enlevez l’eau, l’électricité, Internet… le manque se ressent.

    Enlevez une bibliothèque, un service de la bibliothèque, quel manque ressent-on ?

    Une autre façon de mesurer le périmètre.
    Voire de créer le service qui manque. Tiens, voilà peut-être une piste pour moi.
    Qu’est-ce qui manque le plus à mes usagers ?

    Bien cordialement
    Bernard Majour

    Commentaire par B. Majour — jeudi 15 octobre 2009 @ jeudi 15 octobre 2009


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :