Bertrand Calenge : carnet de notes

samedi 31 janvier 2009

Vivre avec son temps…

Filed under: Non classé — bcalenge @ samedi 31 janvier 2009
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Un collègue marocain, de passage à Lyon, me confiait sa perplexité quant à la poursuite stakhanoviste (par beaucoup de bibliothécaires, consultants, ou programmistes qu’il avait consultés) d’une modernité impérative des outils et services proposés par toute bibliothèque nouvelle. Son scepticisme s’appuyait sur deux constats majeurs :
– la sous-estimation des coûts de maintenance nécessaires au fonctionnement régulièrement actualisé d’outils sophistiqués en évolution constante ;
–  l’absence de considération du niveau de culture des acteurs ayant à conduire, maîtriser, expliquer et transmettre les subtilités de ces nouveaux outils, procédures ou appréhensions intellectuelles du métier.

Sur le premier point, c’est une évidence (tout responsable d’établissement sait qu’il doit se préoccuper des moyens du fonctionnement avant d’engager l’investissement… quand il le peut !)
Sur le second point, il me semble en effet que beaucoup de services à base technologique (même s’ils se veulent ‘sociaux’) tendent à se déconnecter de leur contexte social (le web 2.0. étant souvent dans cette veine), tant du point de vue des publics que des personnels :

Les publics ne sont pas tous, loin de là, amateurs de sophistication technologique : un accueil sympa et compréhensif, des espaces ouverts et conviviaux, un personnel attentif, des titres récents et intéressants, un service irréprochable dans les délais et la qualité, bref tout cela fait le bonheur de la plupart d’entre eux. Bien sûr, certains apprécient les flux rss (mais pas tant que cela en fait, voir ici), tous souhaitent réserver leurs documents (en ligne bien sûr mais pas seulement, et surtout réserver pas seulement les documents déjà prêtés !), tous souhaitent des horaires d’ouverture étendus, etc.
Bien sûr, le numérique modifie les usages : désormais on peut consulter librement l’incunable numérisé, on peut apporter son ordinateur portable pour travailler en zone wifi (parfois !!  smileys Forum ), on peut réserver à distance, on peut être informé en temps réel par messagerie, etc.
Mais questionnez ‘vos’ publics : pour la plupart, la bibliothèque est un lieu, bien plus qu’un outil. Et ils ne souhaitent en aucun cas que ce lieu soit délaissé si peu que ce soit au profit de services dématérialisés – même si ceux-ci sont bien entendu de plus en plus nécessaires !
D’autant plus que, pour la plupart, la pratique des technologies reste associée à des contextes utilitaires ou de communication (ici), et que la bibliothèque représente bien plus qu’un service ‘pratique’ !

Aussi importante au moins est la capacité des personnels à accompagner activement les mutations technologiques. Pour donner un exemple simple, il est relativement facile de construire des fils rss permettant à un usager expert de suivre l’apparition des nouveautés dans le catalogue, les dernières nouvelles d’un blogue ou la programmation des animations, mais c’est beaucoup plus lourd et difficile de rendre tous les agents capables d’expliquer l’utilisation de ces outils, voire de les faire se les approprier !
Or ce passage est indispensable : une bibliothécaire me confiait son désarroi face à une interrogation d’un visiteur sur un outil dit innovant mis à sa disposition, et un autre me confiait : « quand j’ai une question concernant une recherche dans le web, je suis souvent désemparé ».
Aucune bibliothèque, j’en suis persuadé, n’avancera dans les innovations techno-sociales si elle ne se préoccupe pas prioritairement de l’appropriation des outils – et des modes de fonctionnement de ceux-ci – par l’ensemble des personnels. Certaines ont su affronter cette nécessité, et je salue par exemple le SAN Ouest-Provence pour avoir su conduire une première étape de ce chantier (ici notamment, mais j’ai aussi échangé avec Jérôme Pouchol sur des cycles de formation interne  mis en place systématiquement).

Bien qu’amateur à titre personnel de toutes les innovations porteuses de sens, je suis plus modéré sur le plan professionnel. Il faut toujours s’interroger sur cette double exigence :

  • Qu’est-ce que les publics attendent de nous, et de notre institution ? Sur quoi est-il le plus urgent d’investir par rapport à cette attente explicite ? Bien sûr, cette question n’interdit pas l’innovation, mais oblige à en mesurer l’investissement au regard des pratiques ;
  • Comment faire en sorte que les personnels de la bibliothèque soient « au niveau » des outils proposés ? On me répondra formation, avec raison. Mais il me semble que, dans nombre de cas, c’est plutôt d’appropriation personnelle qu’il faudrait parler, et l’entreprise est bien plus lourde !…

La bibliothèque doit être adéquate à ses publics, c’est une évidence banale. Mais elle doit également rendre ses personnels adéquats à ses objectifs, ses publics… et ses innovations !

Le collègue marocain est un sage : il connait par expérience les attentes des publics potentiels et les horizons de compétence (à court terme) des personnels. Bref il vit avec son temps…

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jeudi 18 décembre 2008

Ambition collaborative et projet politique : quel espace pour une bibliothèque ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ jeudi 18 décembre 2008
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Le collaboratif (le web 2.0. pour aller vite) peut-il devenir une injonction de projet politique pour les bibliothèques ? Ces dernières connaissent un mode de fonctionnement qui est fondé sur l’offre, mais qui n’a jamais négligé le poids de la demande : bien sûr on acquiert et propose les titres très demandés ou fortement prescrits, bien sûr on adapte horaires et services aux variations des pressions constatées ou attendues, bien sûr on établit – parfois timidement – des instances de dialogue (à travers clubs, cahiers de suggestions, associations diverses, commissions ad hoc, …), bien sûr on invente des services plus personnalisés, etc.

Ce faisant on adapte une offre particulière à des réalités d’usage de plus en plus diverses et prégnantes. Et cela reste une offre, envers et contre tout. Or un discours volontiers impératif parle de participation à un niveau plus élevé : l’usager lui-même créerait les conditions et l’objet du service final, les opérateurs (les bibliothèques comme institutions ?) fournissant simplement à cette activité autonome les seuls moyens de son développement technologique et de sa mise en forme discrète, sans intervenir sur l’essentielle richesse de cette production collective…

C’est à certains moments le discours tenu dans le cadre du web 2.0. Or ce discours me rappelle certaines ambitions spontanéistes (vous qui êtes nés après 1960, vous ne pouvez pas connaître ?!…) : le peuple a raison, parce qu’il s’exprime. Et quand on a dit cela, on est pris dans une contradiction insoluble : ou je laisse libre cours à une expression par essence merveilleusement productive de sens et de culture, ou je pose des cadres et des limites et des contraintes qui me font passer pour un passéiste ringard adepte de la parole d’autorité.

Or il ne faut pas oublier, chers collègues, une réalité qu’on me pardonnera de qualifier d’objective : même si nous sommes pleinement au service de nos concitoyens, nous le sommes dans le cadre contraignant d’administrations publiques régies par un complexe agencement de règles écrites (lois, décrets et circulaires) et d’objectifs politiques au sein desquels nous ne sommes que des rouages organisateurs de services. Dans ces circonstances, le « web 2.0. » n’est pas une révolution : c’est une modalité d’action, possible mais limitée. En clair, c’est un outil de travail au sein d’une structure d’offre – la bibliothèque institutionnelle – qui ne peut jamais avoir l’ambition de renverser les limites structurelles imposées par les règles administratives et institutionnelles !

Deux attitudes (éventuellement simultanées) sont possibles face à ce que j’appelle cette réalité ontologique :

– la dimension participative peut être appréhendée comme un atout marketing pour les services de la bibliothèque : les nouveaux usages bien pris en compte contribuent à générer de nouveaux flux vers la bibliothèque institutionnelle, sans que celle-ci modifie ses modalités de fonctionnement. En bref, on ripoline l’institution publique en la mettant au goût du jour… Les lecteurs donnent leur avis publiquement, c’est chouette, ça leur donne confiance et ça renforce la fidélisation  comme l’image de modernité.

– la même dimension participative s’introduit comme élément moteur d’un nouveau mode de fonctionnement d’une institution publique. L’argument semble abscons ? Eh bien, imaginons que l’apport de nos multiples publics construise du savoir sans que les bibliothécaires soient autres que gestionnaires de cette production, sans sélection de cette construction. Bref, les bibliothèques proposent la plate-forme, et le contenu produit (et proposé) relève des acteurs collaboratifs : un wiki ? des dépôts d’images commentées ? des productions spontanées? etc. Mais dans tous les cas, il s’agit d’aboutir moins à un projet  spontané et auto-géré qu’à un processus largement maitrisé par les opérateurs prescripteurs que nous représentons institutionnellement…

Les deux hypothèses sont également recevables, non ? Éventuellement simultanées ?
Sauf qu’il ne faut pas oublier le fondement institutionnel de nos établissements ! Dans tous les cas de figure, je suis persuadé que les belles théories du Web 2.0., faites de spontanéité et d’égalité d’expression, ne peuvent jamais s’appliquer en totalité aux bibliothèques de statut public… N’oublions jamais en effet que nos bibliothèques sont des instruments d’action publique, et qu’à ce titre elles relèvent d’un projet politique précis et localisé.

Les ambitions collaboratives ne peuvent passer outre cette inscription politique et administrative… Pour le web 2.0. – et même le web 2.1. voire le web 3.0 –, je suis d’accord à 100 % ou presque dans son principe tissé d’ambition démocratique. Mais il faut bien y penser dans le contexte qui est le nôtre, celui d’une expression non tant spontanée (là n’est pas la vraie démocratie…) que régulée dans les espaces institutionnels qui nous sont autorisés.

Y voyez-vous une contradiction fondamentale ?

P.S. : allons, arrêtons de nous prendre la tête ! Joyeux Noël à tous, et joyeuses agapes !! On en reparlera en 2009 smileys Forum

jeudi 6 novembre 2008

De l’offre documentaire à l’action bibliothécaire

Filed under: Non classé — bcalenge @ jeudi 6 novembre 2008
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Une mutation profonde me semble être à l’oeuvre dans les bibliothèques (publiques sûrement, universitaires sans doute) : la diminution de la valeur du stock documentaire en tant que tel et la montée en puissance du bibliothécaire agissant pour aider le public à construire sa connaissance. « Les bibliothécaires n’ont jusqu’ici que stocké de la connaissance pour la proposer, il s’agit maintenant de générer de la connaissance partagée », pourrait-on dire en paraphrasant Marx (Karl).

Quatre phénomènes m’ont alerté en ce sens :

  • De plus en plus, les réponses de bibliothécaires chevronnés aux requêtes parfois complexes des usagers se passent de tout recours aux collections. Sans même parler du basculement de l’information contemporaine du papier au numérique, le patrimoine écrit devient lui-même facilement (et combien plus !) manipulable sur Internet, grâce à Gallica (Gallica 2, j’entends), le projet Gutenberg, Wikisources, Google Books ou Google Scholar. La progression est impressionnante…
  • les ressources documentaires propres des bibliothèques sont de plus en plus utilisées par plaisir (plus que par nécessité liée à une rareté documentaire), ce qui privilégie livres d’enfants, romans, BD et mangas au détriment des travaux savants, techniques ou philosophiques. Et surtout, cette tendance réclame de la bibliothèque non tant de très vastes ressources – exigibles pour l’étude, mais justement : voir le point précédent ! – qu’un appareil de découverte, de surprise, d’échange, etc. L’enquête du CREDOC en 2005 avait relevé cette demande d’accompagnement ou d’incitation à la découverte.
  • Le succès impressionnant des nouveaux services fondés sur l’assistance personnalisée (services de questions-réponses, assistance aux devoirs, espaces numériques ou multimédias, etc.) présente une montée en puissance sans commune mesure avec la stagnation des prêts ou la baisse des communications des magasins.
  • Même dans des bibliothèques petites, mais modernes et ménageant espaces de repos, accès wifi, espace numérique, programme culturel diversifié, le nombre de personnes utilisant ces ressources et services dépasse de loin le flux des emprunteurs. On peut trouver deux fois plus de personnes venues sans emprunter que de personnes empruntant – à des rythmes moins contraints il est vrai (j’entends bien néanmoins que la gestion du flux de ces emprunteurs et emprunts représente encore en interne la charge la plus lourde… mais de façon très inégale quant à la composition du fonds !).

Dans diverses évaluations que j’ai conduites, ces points – parmi d’autres – ressortent très fortement. Alors, je me demande si la vraie mutation à l’oeuvre dans les bibliothèques est bien l’enjeu du numérique en tant que tel. Bien sûr, c’est un facteur majeur d’évolution, mais l’avenir des bibliothèques ne réside pas nécessairement dans la maîtrise de son flux (encore que pour les universités et donc leurs SCD la question se pose de façon très immédiate) ni de la panoplie de tous ses outils techniques.

Entre deux besoins égaux parmi les « publics », profiter d’un lieu de vie adapté et trouver l’information ou la connaissance pertinente, le ‘pont’ n’est pas technologique, il est humain. Le bibliothécaire est payé par sa collectivité pour donner à la population locale les moyens de développer sa connaissance (sa culture, son information ponctuelle, sa capacité à répondre à des objectifs de formation, etc.). Pour cela, il faut sans doute user d’architecture, de technologies, etc., mais il faut surtout disposer d’acteurs – et pas seulement des bibliothécaires !- qui s’investissent dans les programmes culturels, dans l’art de chercher, dans la formation ou les ateliers, dans la médiation sociale, dans l’attention à l’actualité pour apporter la piste ou le service le plus pertinent,…

Il restera des collections, mais il restera peut-être ce que tout le monde nomme la bibliothèque… en fait des bibliothécaires !

Si ceux-ci acceptent cette mutation et la prennent en charge.

mardi 30 septembre 2008

« La bibliothèque, c’est fait pour les pauvres… »

Filed under: Non classé — bcalenge @ mardi 30 septembre 2008
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Cette expression a toujours fait bondir nombre de gens, et en particulier les bibliothécaires, dont la communauté est fière à juste titre de conserver, mettre en ordre et transmettre les savoirs : on insistera sur la dimension du brassage social et sur le partage du savoir, on rappellera le rôle essentiel de ces établissements pour la recherche savante, on mettra en valeur les innovations pratiquées largement (bien que de façons quelque peu disparates), on évoquera la nécessité d’embrayer le dynamisme social naissant auprès des aficionados et des élites pour diffuser sur toute la société, etc., etc. Je suis le premier à partager cette vision prospective, mais…

Mais, à y bien regarder, l’assertion du titre n’est pas fausse ! Et ce sous tous les angles :

  • De façon essentielle, proposer en consultation ou prêt gratuits (ou presque) d’énormes ressources non disponibles sans bourse délier, n’est-ce pas un appel du pied à ceux qui, avides de savoir comme tout un chacun, n’ont pas les ressources de se procurer ce savoir moyennant finances ?
  • Offrir des espaces de travail ouverts, des connections wifi (sauf à Paris ?) gratuites, des opportunités de rencontre sans frais, des animations-expositions-conférences -projections largement accessibles librement, n’est-ce pas une suggestion d’économies individuelles ?
  • Offrir des services de questions-réponses, comme des assistances à la recherche documentaire, n’est-ce pas répondre à une déficience de connaissances et de discrimination, à une forme de « pauvreté » de la compétence documentaire ?

L’idéal inconscient des bibliothèques reste un écho de l’idéal humaniste : leur public rêvé reste l’honnête homme en recherche des sources qui alimenteront sa réflexion et sa recherche de savoir, dans son esprit largement modelé par les canons du « savoir savoir ». Cet honnête homme parcourt d’étrange chemins aujourd’hui, au travers des fils de la Toile notamment. Mais il est persuadé au fond, et ‘ses’ bibliothécaires avec lui, qu’il porte avec lui la connaissance, le savoir-faire, sinon tout le savoir (mais pour cela les bibliothécaires sont là, metteurs en ordre à son service…).

Parlons net. La société française (et bien au-delà) connaît une crise réelle : le pouvoir d’achat est réellement frappé, les mauvaises nouvelles économiques et donc (et surtout) sociales se multiplient. De plus en plus de personnes, frappées au portefeuille, cherchent où trouver à moindre frais les instruments de formation (se reconvertir, réussir son examen ou son concours,…), de loisir (« acheter ce roman, c’est trop cher, où pourrais-je le trouver ? »), d’information pratique, etc.

Certes, tout le monde -professionnel- sera d’accord avec ces arguments. Mais concrètement, quelles mesures prennent les bibliothèques ?
– que fait-on pour faciliter les procédures des inscriptions à la bibliothèque (hors l’octroi de la gratuité ou les réductions) ?
– Réfléchit-on au processus immuablement égalitaire des règles d’emprunt, amendes et autres remboursements ?
– Développe-t-on des services d’information d’accès aisé et gratuit permettant une orientation rapide vers les services compétents dans la cité ?
– Propose-t-on des solutions légères d’intervention informative ouvertes hors les murs (hors le dépôt de documents ou la desserte à domicile) ?
– A-t-on développé les acquisitions et la mise en valeur privilégiée des outils de reconversion, orientation, bilan de compétence, etc.?
– etc.

Bref, comment prend-on en compte le besoin purement social d’une information publique personnalisée au plus près du terrain des séismes « économico-personnels » ?

Ce caractère purement social de la bibliothèque – publique ou universitaire – ne peut être négligé en ces périodes de crise. Sans cesser de rêver à de nouveaux mondes et de construire la bibliothèque de demain, soucions-nous aussi et surtout de ces lecteurs d’aujourd’hui, bousculés par la houle.
Si la bibliothèque s’est construite sur un modèle d’élitisme intellectuel, je suis persuadé qu’elle ne pourra vivre pleinement que si elle accepte aussi sa dimension majeure d’institution de de service social de l’information, et en tire les conséquences en termes d’organisation, de procédures et d’actions.

Et tout cela ne passe pas que par Internet.
Car Internet c’est génial : ça permet des combinaisons inouïes, ça offre des opportunités d’expression autrefois inimaginables, ça autorise la participation publique des ‘lecteurs’ impensable hier, ça autorise des disséminations de la bibliothèque enfin au-delà de ses murs…

Mais la tentation de la modernité nous pousse naturellement à parcourir les chemins d’un espace que nous voulons conquérir tel un nouvel Eldorado. Une collègue rappelait justement que les merveilleux ‘produits’ publiés sur la Toile devaient souvent trouver leur expression sur des feuillets modestement distribués hors les murs pour trouver peut-être… le public auxquels ces informations seraient le plus profitables !
Il est temps aussi de se tourner vers ceux qui, plus modestement, plus économiquement, se cantonnent à leur quartier, à leurs préoccupations quotidiennes angoissantes, à leurs perspectives professionnelles angoissantes, sans toujours le secours d’Internet, dont près de la moitié des foyers français est encore dépourvu. Et quand bien même disposeraient-ils de la miraculeuse connexion ? Le « surf perspicace » est-il si évident et nécessairement pertinent qu’on voudrait le croire ?

L’ ‘inhabileté’ croît à proportion inverse des ouvertures sociales et professionnelles, comme la transmission des connaissances ne passe jamais par une seule voie, si moderne fut-elle. Ne l’oublions jamais.

Au-delà des plaidoyers pro domo, qu’en pensez-vous ?

lundi 25 août 2008

Pourquoi t’es bibliothécaire ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ lundi 25 août 2008
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Ce matin, mon plus jeune fils m’a asséné son évidence :

« C’est normal que tu lises beaucoup, tu es bibliothécaire »

« Oh tu sais, on ne passe pas son temps à lire, au contraire ! »

« Oui, peut-être, mais tu aimes bien les livres ! »

« ? »

« Ben, quand on est bibliothécaire, c’est qu’on aime les livres ».

A la réflexion, je me rends compte qu’au fond ce n’est pas par amour des livres que j’aime mon métier. Cela a sans nul doute joué en début de ma carrière, plus d’ailleurs sous l’angle de l’amour du savoir que de celui de ses contenants. Il me semble qu’aujourd’hui j’aime ce métier parce que je m’intéresse aux gens, à leur besoin de savoir, et qu’il est passionnant d’imaginer des stratégies diverses pour satisfaire ces besoins. Ces stratégies vont s’appuyer sur de la mémoire enregistrée, des lieux, d’autres acteurs. Les livres sont un moyen extraordinaire, mais ce ne sont que des moyens, et, j’ose le dire, si la beauté ou l’ancienneté de certains attire mon admiration (et un souci réel de leur préservation) elle n’entraîne pas vénération. Même si je crois profondément à la valeur de la mémoire, ne serais-je pas conservateur ?

De plus, ayant l’esprit concret, je suis attaché à la territorialité de la bibliothèque. La bibliothèque universelle, très peu pour moi : je n’ai pas l’esprit assez large pour embrasser l’humanité entière. Une ville, un département, (ou une université) avec une histoire, des tensions, des mouvements, bref une population, voilà qui a du sens, qui permet de cadrer l’action (voir ici)

Ce point de vue est personnel, mais c’est celui qui me permet de ressentir une continuité de fonction de ce métier à l’heure des réseaux électroniques, des bibliothèques hybrides, de la diversification des pratiques d’information.

Mais quand je lui ai dit (à mon fils) qu’on pouvait être bibliothécaire sans livres, sa réponse a été définitive : « C’est pas possible ».

Et vous, pourquoi vous êtes ou voulez être bibliothécaires ? Et si vous ne l’êtes pas, comment nous voyez-vous ?

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