Bertrand Calenge : carnet de notes

lundi 27 février 2012

Entre le lecteur et la lecture, quelle bibliothèque ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ lundi 27 février 2012

Ça n’a pas raté (ça ne rate jamais !!smileys Forum) : mon précédent billet alertait sur les possibles effets délétères d’une adoration professionnelle pour le « troisième lieu », et espérait et espère toujours être un utile rappel du contexte complexe des missions d’une bibliothèque ; et un des commentaires en a rajouté en glissant incidemment (je cite) :

« orienter ses collections sur le public équivaudrait à acheter Marc Lévy, Guillaume Musso et Harry Potter ? Ne serait-ce pas une autre forme de populisme appliqué aux bibliothèques ? »

Ce n’est pas la première fois que les mânes culturels sont convoqués pour dénigrer un processus ou une organisation. Au vu de mes expériences personnelles, je propose d’inventer le « ticket Onfray » sur le modèle du point Godwin ou plutôt du concept de thought-terminating cliché, qui fonctionnerait sur le principe suivant : « toute évocation d’un contenu ou d’un processus qui s’éloigne d’une conception convenue de la culture est l’émanation du démon et doit être exorcisée »smileys Forum.

Il y a cent ans, le débat bibliothécaire opposait les tenants de la conservation et ceux de la diffusion. Aujourd’hui, le domaine de la lutte s’est étendu, et oppose ceux qui veulent défendre un modèle culturel académique proposant LA ‘juste voie’ aux lecteurs, à ceux qui veulent prendre en considération leurs publics dans leur hétérogénéité en diversifiant leur offre. Vieil avatar du débat entre l’offre et la demande ?

Faut-il prendre les lecteurs comme ils sont ?…

Prenons le problème à la racine : est-il avilissant de proposer Harry Potter ( ou plutôt J.K. Rowling) dans une bibliothèque ? Dans ma jeunesse, j’ai eu la chance de pouvoir disposer d’énormément de livres à découvrir. Mon père n’avait posé qu’un interdit : les bandes dessinées (sauf Tintin et Astérix, qu’il était le premier à ramener à la maison. Et ce qui explique aussi que j’aie une assez belle collection de BD à l’heure actuelle… Fin de l’épisode divan). J’ai dévoré des centaines de livres, et je garde un souvenir ému de tous – je dis bien tous – les Club des cinq qu’écrivait à l’époque Enid Blyton. A l’adolescence, j’ai découvert la SF (grâce à Marabout, bien oublié aujourd’hui). Et tout cela entremêlé d’incursions dans d’autres univers, par exemple une tentative difficile de lecture à 10 ans de l’Odyssée dans sa traduction de Victor Bérard (dur !!smileys Forum). Et j’ai ensuite encore beaucoup lu, de tout. Mais l’aurais-je fait sans cette plongée dans ce que certains qualifieront de sous-littérature ? Très sincèrement, je ne pense pas. Et d’ailleurs, je continue sans honte à m’y complaire, selon le goût très personnel que je me suis forgé.

Tout lecteur est un néophyte. S’il est enfant cela va de soi. S’il est adulte il est le fruit de son histoire et de ses lectures ou non-lectures. Nous n’avons pas à juger ce dont nous ne sommes pas comptables. Nous croyons à la possibilité pour chacun de se construire ses savoirs, son appétit, voire son appareil de concepts à la lumière de ce que nous pouvons lui proposer. Et nous ne sommes pas les seuls prescripteurs en matière de temps de cerveau disponible !!

… ou comme ils devraient être ?

Quelle est notre capacité bibliothécaire de prescription ? Deux postures sont à l’œuvre : pour l’une il faut sélectionner drastiquement les titres qui mériteront d’être proposés, pour l’autre il faut offrir une diversité qui encouragera le désir de la découverte voire du partage.

La première posture mérite qu’on s’y arrête, car elle dispose d’une antériorité garantie par les institutions familiales et académiques. L’injonction des parents prescrivant les bonnes manières à leurs enfants rejoint le souci formateur des maîtres qui tentent d’éduquer la jeunesse. Ces prescriptions garantissent un socle solide de valeurs partagées, et sont éminemment respectables à ce titre. Elles s’égarent quand elles considèrent que, somme toute, tout citoyen est un enfant qui s’ignore… et surtout quand les prescripteurs s’imaginent être eux les seuls adultes responsables. Cet égarement me semble profondément lié à une culture religieuse plaçant Dieu – donc ses prêtres ! – comme bergers de tout le peuple : l’Index voisine alors dangereusement avec l’encouragement à pratiquer la charité.

La seconde posture dispose aussi de quelques traces d’antériorité historique. Pour les bibliothèques, on citera pour l’anecdote Gabriel Naudé : “ne point negliger toutes les œuvres des principaux heresiarques ou fauteurs de religions nouvelles et differentes de la nostre plus commune et reverée, comme plus juste et veritable“. Mais on rappellera aussi les enseignements des Lumières et de l’exigence de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en son article 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi. » La bibliothèque, avant même d’être une mémoire, est à mon avis une démonstration active du caractère essentiel de cette libre communication. Et cela ne joue pas seulement sur les conditions d’accès aux collections, mais aussi sur la diversité de leurs contenus.

Et le lecteur, il en pense quoi ?

Dans tous les cas, la véritable sanction de nos choix vient du public (é)lecteur qui juge notre proposition : ce jugement n’est jamais académique, mais intervient au croisement d’injonctions, d’envies, d’expériences…

Celui qui entre dans cette bibliothèque, néophyte ou non, doit pouvoir trouver ses marques, placer ses repères. Si ces repères sont « populaires », il ne faut pas les négliger. Mais il ne faut pas non plus les considérer comme une fin. La fin n’est pas davantage  la seule valeur académique de l’offre, mais avant tout l’itinéraire moissonnant du lecteur qui peut découvrir de nouveaux horizons. Savoir, c’est discriminer, dit-on. Peut-on apprendre à discriminer en ne suivant qu’une voie unique ? Si je peux discerner aujourd’hui les routines à l’œuvre dans le Club des Cinq, c’est parce que je les ai lus !

Ce que ce lecteur devrait être ? Ce n’est certainement pas la collection qui le prescrira, sauf à vouloir la cantonner aux seules personnes conniventes. Ce sont les suggestions, services, conseils, … que nous lui proposerons qui l’accompagneront dans ses libres recherches et découvertes. Rien ne nous empêche de lui garantir un corpus de savoirs, confortés en cela par les multiples injonctions socio-culturelles autant… qu’académiques. Au contraire !
Mais arrêtons de nous bercer d’illusions élitistes, dans la bibliothèque le lecteur reste le maître : s’il ne trouve pas sa pâture de services et de contenus… il n’est plus là !

Bon livre, mauvais livre : et si on essayait la contextualisation ?

Ces contenus, il faut essayer de les considérer sous un angle bibliothécaire. Non exclusivement en termes académiques (même si cela est important), mais d’abord en les situant dans le système bibliothèque. Une collection, cet appareil de documents hétéroclites constellé d’ensembles singuliers parfois extra-ordinaires, peut notamment être analysée sous deux angles absolument complémentaires : l’exigence critique et la capacité diachronique.

  • L’exigence critique.  Cette exigence est essentielle et repose sur un postulat : « donne au lecteur les moyens de se faire son opinion ». Proposer une théorie reconnue ou un auteur apprécié par ses pairs est une évidence, mais il faut aussi veiller à reconnaître une place à la différence. Inversement, la critique négative d’une théorie jugée abracadabrante ou la place faite à un auteur qui en critique d’autres nous oblige à autoriser au lecteur l’accès à la théorie ou à l’auteur critiqués. Sans cette exigence – évidemment mesurée aux moyens locaux -, on verserait dans le conformisme de la pensée…
  • La capacité diachronique.  Ce qui m’émerveille le plus dans la fonction des bibliothèques, c’est leur capacité à mettre en relation/résonance/généalogie (ce sont vos services qui feront la différence…) les pensées et créations d’hier et d’aujourd’hui. Non par les accumulations d’académismes successifs (ce que seuls les fonds anciens pourraient ambitionner de construire), mais par la conjonction vivante des problématiques d’hier mises en relation avec celles qui préoccupent nos contemporains. Bref, offrir un regard distancié : c’était originellement le projet de Points d’actu ! à la BM de Lyon, toujours brillamment assumé par nombre de mes anciens collègues. La bibliothèque offre la possibilité du diachronique : pas seulement les idées au gout du jour, et pas seulement l’approche contemporaine. Ce n’est pas prescription du « bon passé », mais proposition de diverses lectures. Ce ‘diachronisme’ n’exclut pas le contemporain, il l’y confronte. Et pour le confronter à l’histoire de la pensée, il faut que le contemporain soit présent, avec toutes ses failles. Ce que nous proposons ? Mettre en perspective le présent comme donner un théâtre contemporain à l’histoire.

La diversité est notre atout. S’il est judicieux d’offrir la substantifique moëlle, il ne faut pas oublier d’offrir la chair périssable qui l’entoure et somme toute la nourrit : la bibliothèque idéale ne satisfait que celui qui a déjà lu tous les livres. Et cette « idéalité » imaginaire de la bibliothèque  ne vaut pas que pour sa collection… Celui qui entre dans la bibliothèque n’espère pas un aboutissement définitif, mais des conseils et orientations qui tiennent compte de son histoire de lecteur et de ses préoccupations, donc qui s’appuient sur des ressources non exclusivement validées par une doxa académique.

N’essayons pas de lire à la place de nos lecteurs ! Faire lire et laisser lire…

Pierre-Auguste Renoir. - La Lecture

P.S. : réhabilitation du troisième lieu .

Dans ce contexte, proposer une distance critique vis-à-vis de l’omniprésence du « troisième lieu » n’est nullement une condamnation des efforts entrepris pour rendre agréable et séduisant un séjour à la bibliothèque en lui donnant sa vraie place dans la cité, ni bien sûr condamner une utile périphrase qui saurait convaincre les décideurs d’investir dans la bibliothèque smileys Forum. Pas plus que proposer un regard distancié sur l’ouverture à des contributions numériques n’est condamnation du souci d’entrer en connivence avec les usages des publics.

Cette position critique n’a rien à voir avec une posture négative envers des innovations de service ou des choix documentaires. La bibliothèque est complexe – sans être pour autant une auberge espagnole -, même si elle fonctionne volontiers sous l’injonction d’impulsions externes décontextualisées. Je propose seulement de ramener dans le débat un peu de cette complexité.

Je regrette que mon billet précédent ait donné lieu à autant de réactions aussi violentes que parfois aigries. Il faut réfléchir, discuter, dé-construire (comme disait Derrida), non lancer des anathèmes.

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18 commentaires »

  1. Merci Bertrand pour cette série de billets, des remises en perspectives exigeantes et nuancées, même s’ils provoquent le débat ce qui montre bien qu’accepter la complexité et la nuance dans notre pratique de bibliothécaire n’a rien à voir avec le consensus mou !
    Je suis particulièrement sensible à la question de la diachronie à travers laquelle il me semble que tu pointes un aspect fondamental de ce que le service public peut et doit proposer.
    Cela me rappelle quelques réflexions de Bernard Stiegler sur cette importance de la diachronie dans un contexte où les dispositifs, ceux des médias ou encore des réseaux sociaux, favorisent une forme de synchronie généralisée afin de servir leurs intérêts économiques (légitimes par ailleurs pour des entreprises commerciales).
    Il ne peut y avoir d’échange sans dissymétrie, ce qui n’a rien à voir avec un jugement ou une échelle de valeurs. C’est plutôt une question de risque de contrôle de la pensée, par prédominance de la synchronie. Je cite pour finir B. Stiegler :
    « Ce que le contrôle vise à éliminer, c’est précisément la disponibilité au temps en tant qu’il est par essence la singularité incontrôlable ».
    Dans cet objectif, toutes les formes d’accompagnement des lecteurs, au fil de l’eau ou dans l’événementiel, trouvent leur légitimité et leur force.

    Commentaire par Renaud — mardi 28 février 2012 @ mardi 28 février 2012

  2. Bonjour,

    étant l’auteur de la phrase qui a mis BC en selle sur son dada, je me permets de réagir. La phrase clef du post ci-dessus, selon moi, est : « Si ces repères sont “populaires”, il ne faut pas les négliger. Mais il ne faut pas non plus les considérer comme une fin. » Tout à fait d’accord. Le défaut des Idea stores, outre de nous transformer en barman Isaac de la Croisière s’amuse (avec le noeud pap’ ? Sur Costa Croisière ? 🙂 ), est précisément de considérer le « populaire » (qui est toujours une représentation, assez à la mode pendant ces présidentielles) comme une fin. Je connais des bibliothécaires qui fonctionnent comme certains libraires : le taux de rotation comme « audimat » du livre. Très dangereux. A noter que la culture anglo-saxonne intègre le social dans les bibliothèques depuis bien longtemps (recherche d’emploi, autoformation, éducation-pédagogie, etc.). Différence culturelle avec les continentaux. Les idea stores offrent-ils une pluralité de documents en ciblant (terme marketing choisi) par exemple la population immigrée issue du Commonwealth ?
    Au final, le label Idea store, concept creux, pourrait être utile pour convaincre les décideurs en étant hype. Si cela peut rapporter des crédits, tous les moyens sont bons en temps de vache maigre. Mais il faut être lucide. Pas besoin d' »Idea store » pour réorganiser un espace avec design ou réfléchir sur l’accueil (autre dada légitime de BC). Si le fumeux relance la réflexion pourquoi pas. Il est tout de même inquiétant d’en arriver là : c’est le coeur du problème. Votre réflexion est d’autant plus intéressante que vous avez été l’un des premiers à formaliser une réflexion autour de l’accueil et des collections entre autre. Alors autre temps autres moeurs (synchronique versus diachronique) ? Comment ne pas tomber de Charybde (élitisme) en Scylla (populisme) à l’aune des idea stores et des learning centers ?

    Commentaire par M2 — mardi 28 février 2012 @ mardi 28 février 2012

  3. Bonjour !
    je ne suis pas bibliothécaire, mais documentaliste dans un collège, alors je ne parle pas du même « point de vue » que vous. Mais voilà… Vos futurs lecteurs passent aussi par les BCDI et les CDI des écoles, collèges et lycées, et nous nous efforçons, au milieu d’une multitude de tâches pas forcément bien définies et la plupart du temps « soumises » à la bonne (ou mauvaise) volonté d’un chef d’établissement et au bon (ou mauvais) vouloir des enseignants de disciplines, de leur « donner le goût » de la lecture.
    Le débat sur la bonne ou la mauvaise littérature me laisse assez pantoise… il me semble que des auteurs classés « littérature jeunesse » (sous littérature ?) sont des auteurs à part entière, et tout aussi pertinents pour des adultes que pour des ados à lire. Je pense à JC Mourlevat, T. de Fombelle, M. Morpurgo… Et bien d’autres ! Quand à JK Rowling, puisque son nom suscite de telles passions… Que lui reproche-t-on ? De s’être bien vendue ? D’être un « produit commercial » ? Sans doute et ce n’est pas une dimension à nier. Mais… Ses livres sont TRES bien écrits, dans un anglais parfait, et la traduction de JF Ménard est un bijou de créativité. Pour citer un parallèle (que je ne revendique pas, c’est Stephen King lui-même qui l’a fait) la folie Stephenie Meyer (Twilight) est vite retombée (côté livres s’entend, je ne parle pas du phénomène cinéma) parce que ces livres sont très mal écrits… Par contre, Harry Potter (dont le dernier volume est sorti en 2007 et le dernier film il y près de deux ans) est toujours très demandé parce que les élèves, les jeunes – et bien des adultes – apprécient l’écriture… Et si des jeunes viennent à la lecture par Harry Potter… Et fréquentent ensuite les bibliothèques… ben pourquoi se flageller à ce sujet ? ;)… Et pardon si ceci est un hors sujet ou un sujet trop « rebattu » mais c’est ce que la lecture de votre billet (et des commentaires précédents) m’a inspiré.

    Commentaire par Christèle Micolet — mardi 28 février 2012 @ mardi 28 février 2012

  4. merci pour ce billet ! J’ai moi-même été forgé avec du Guy des Cars (aïe), du Saint-Exupéry, du Delly (fatale jeunesse) puis du Zola alors loin de moi l’idée d’être prescripteur ou dispensateur d’une certaine littérature -élitiste- auprès des lecteurs…Pour rappel, la définition de l’IFLA : « Une bibliothèque est un moyen d’accès à l’information, aux idées et aux œuvres de l’imagination ». L’imagination est propre à l’individu et trop d’acteurs en bib se targuent encore d’être des « devins » du savoir, qui doivent orienter les brebis incultes ou lecteurs égarés vers les hautes sphères de la littérature, sans leur laisser l’opportunité de « frayer » avec les romans dits « populo »…Qu’importe ! L’univers des bibliothèques est secoué par tellement de débats depuis une bonne treizaine d’années (l’offre et la demande, le numérique, les missions, les lieux, l’espace, j’en passe et des meilleurs) que l’on oublie juste ça : qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! La bibliothèque est aussi un outil de lien social. Laissez-les lire tout simplement et rendons-nous disponibles pour les accompagner dans cette aventure. Existe-t-il une troisième posture ?

    Commentaire par isa larsouil — mardi 28 février 2012 @ mardi 28 février 2012

  5. Appel très très honteux : un(e) collègue avait proposé un commentaire qui reconnaissait aux idea stores de nombreuses vertus. Et, par un hasard malencontreux (qui n’est pas un acte manqué, je le jure, mais plutôt une gestion trop hâtive et inexperte de la modération), j’ai du faire disparaitre ce commentaire. Merci à la personneconcernée (une collègue si ma mémoire est bonne…) de le republier. Je ferai attention cette fois, promis !!!

    Commentaire par bcalenge — mardi 28 février 2012 @ mardi 28 février 2012

  6. Salut Bertrand,

    Je n’avais pas lu ton précédent billet et je l’ai fait ainsi que ses commentaires à l’occasion de la découverte de celui-ci. Et j’avoue être assez sidéré non par le troisième lieu, mais par les arguments et l’avalanche de réactions voulant pourfendre les «lieux communs», c’est le cas de le dire, avec d’autres idées reçues.

    Le troisième lieu n’est évidemment pas un concept, mais une tentative, une expérimentation, d’évolution des bibliothèques. Mettre l’accent sur les lieux n’occulte pas le reste et n’est pas une si mauvaise idée au moment où les supports et surtout les pratiques évoluent très rapidement.
    [Pdf|http://www.culturecommunication.gouv.fr/content/download/21393/182621/file/Deps-CE-2011-7-PCF-site.pdf]

    Une des vertus des bibliothèques, et une explication de l’incroyable longévité de leur modèle, est bien d’avoir su évoluer et s’adapter à leur époque. Un des éléments de cette évolution aujourd’hui est le déport des collections numériques vers l’amont qui coïncide avec le maintien des collections physiques, vrai défi. Et la meilleure façon d’évoluer est d’expérimenter, ce n’est pas toi qui me contredira. Je ne suis pas sûr que la caricature fasse avancer les choses, sinon réveiller les vieux démons de la profession. Contagion de l’actualité électorale ?

    Commentaire par JM Salaun — mercredi 29 février 2012 @ mercredi 29 février 2012

  7. Beau billet, encore une fois.

    L’idée de remettre en question le métier de bibliothécaire est vraiment essentielle, et mettre en avant l’idée que nous sommes présents pour baliser le terrain est aussi d’importance. Et puis après tout, sans aucun jugement de valeur, il m’arrive de lire Zola, Camus, Sartre. Il m’arrive aussi de regarder et apprécier des films de Vandamme, de lire des ouvrages d’une simplicité enfantine, nous sommes aussi des êtres de loisirs, et ces loisirs n’existent pas forcément qu’avec un tiraillage intellectuel.

    Bannir systématiquement Onfray est grossier de la part d’un bibliothécaire. Le philosophe a écrit des ouvrages avec, objectivement, une belle prose ( je pense à celui ou il raconte son séjour chez les inuit) et pour cela ne devrait pas être mis à l’index entièrement sous le principe d’une idéologie que le bibliothécaire ne partage pas. Honteux.
    J’ose espérer que ce professionnel qui impose ses goûts et ses idées, a eu l’occasion de se remettre en question, ainsi que la question même de la pertinence de sa présence au sein de cette fonction qui est aussi porteuse d’idées, de principes.

    Alors oui, il faut prendre les lecteurs comme ils sont. Il ne faut pas non plus rater l’occasion de leur donner une chance de s’élever, s’éveiller. Il s’agit de donner la chance, pas de la forcer.

    Commentaire par Oursoboros — mercredi 29 février 2012 @ mercredi 29 février 2012

  8. […] conception convenue de la culture est l’émanation du démon et doit être exorcisée”…Via bccn.wordpress.com Share […]

    Ping par Entre le lecteur et la lecture, quelle bibliothèque ? « la bibliothèque, et veiller — mercredi 29 février 2012 @ mercredi 29 février 2012

  9. « N’essayons pas de lire à la place de nos lecteurs ! Faire lire et laisser lire »
    Cela me suffit largement comme principe de base pour travailler concrètement en médiathèque. A chacun ensuite de se remonter les manches pour que cela se concrétise qu’on soit « 2.0 », « troisième lieu » ou pas du tout. L’objectif reste le même : « faire lire et laisser lire ».

    Commentaire par Elisa — mercredi 29 février 2012 @ mercredi 29 février 2012

  10. @ Jean-Michel Salaün,

    Comment ne pas être d’accord avec toi, si on considère cette évolution sous l’angle d’une tentative inscrite dans la longue histoire que tu soulignes ? Mon propos ne s’inscrivait pas en réaction à ce nouvel avatar d’une bibliothèque plastique qui s’adapte à son époque afin de répondre à sa fonction : proposer à une communauté le partage de savoirs vivants, qu’il s’agisse de la vivification de la mémoire documentaire ou de la circulation de savoirs contemporains (dont il faudra conserver la trace d’ailleurs). Je le dis régulièrement, comme je tente de le faire dans ce billet à travers les fonctions de la collection.

    Mais il existe dans ma communauté professionnelle (la seule dont je maîtrise les codes) une propension réitérée à regarder le doigt plutôt que la lune, pour reprendre la parabole du fou. J’ai relevé ces derniers mois des discours (travaux d’étudiants, interventions, conversations,…) dont deux caractéristiques me hérissent le poil :

    – le nouveau « concept » (et il m’est arrivé de relever ce terme !) justement balaye volontiers et radicalement la complexité et l’épaisseur historique, sans penser cette expérimentation-évolution en lien avec une intégration d’avancées antérieures. Un peu comme les thuriféraires du web 2.0. pensaient balayée l’autorité institutionnelle ;

    – les caractéristiques les plus séduisantes et les plus « modernes » de ces discours négligent profondément le très dur travail de reconversion-mutation de compétences des acteurs engagés dans ces processus (notamment parce qu’ils n’y sont pas personnellement parties prenantes, c’est ce que j’ai relevé dans quelques commentaires), au profit de « ce qui se voit ». J’ai souvent lu ou entendu « bibliothèque troisième lieu », mais jamais « bibliothécaire de troisième lieu »…

    Qu’il faille rendre la bibliothèque séduisante à ses publics, en veillant à améliorer l’accueil et à diversifier des services utiles, c’est évident. Qu’il faille vendre cette bibliothèque aux décideurs, surtout en notre époque de vaches maigres, c’est évident aussi. Mais les bibliothécaires doivent aussi mesurer la complexité généalogique de leur institution et l’ampleur des enjeux (sur ce point, je cherche encore l’article ou étude qui articulerait les injonctions du ‘troisième lieu’ avec les enjeux de cet autre question que tu relèves entre numérique et collections physiques).

    Le problème réside à mon avis dans la distorsion entre le discours public (volontiers angélique) et la programmation ambitieuse de la salle des machines et du service fonctionnel. J’aimerais seulement que mes collègues, quand ils s’adressent à d’autres bibliothécaires, prennent en compte aussi le second terme de l’alternative…

    Commentaire par bcalenge — mercredi 29 février 2012 @ mercredi 29 février 2012

  11. Bonsoir,

    je suis un peu surprise des commentaires à propos de marc lévy, harry potter etc. car j’en achète pour les étudiants. Je sais bien que ça ne leur servira pas vraiment pour leurs études mais est-ce vraiment mal? les profs peuvent-ils être contre?

    Commentaire par Jocelyne — jeudi 1 mars 2012 @ jeudi 1 mars 2012

  12. Rassurez-vous : la créatrice d’Harry Potter, J.K. Rowling, a annoncé la publication prochaine d’un roman pour adultes. Avec une belle couverture aussi aseptisé que son contenu. Le mot important dans un post suivant ajouté à la phrase est : exclusivement. Merci d’en tenir compte. Acquérir, c’est forcément prescrire. Malgré des critères objectifs, la subjectivité de l’acquéreur est présente et configure une collection comme un tout vivant dans le pluralisme. C’est évident mais visiblement cela mérite d’être rappelé.
    Caricaturer en « Finkielkraut » est assez drôle. La bibliothèque doit être pensée en terme de flux (et de stocks) et de mobilité. Les chantiers de réflexions et d’adaptabilité sont donc énormes. Il s’agit de se retrousser les manches et non se placer derrière des paravents vaseux (« Idea store », « 3e lieu », « learning center », etc.).

    Commentaire par M2 — vendredi 2 mars 2012 @ vendredi 2 mars 2012

  13. on ma fait comprendre que je confonds bibliothèque municipale et bu. moi j’essaie d’attirer les jeunes!

    Commentaire par Jocelyne — vendredi 2 mars 2012 @ vendredi 2 mars 2012

  14. Bonjour,
    Je suis chargée d’acheter la philo dans une bibliothèque universitaire et je ne comprends pas bien votre débat. Il est évident que Michel Onfray a tout a fait sa place chez nous. Un exemple : je pense que le voyage chez les inuits (très bien écrit, en effet) parlera beaucoup plus aux jeunes d’aujourd’hui que d’autres philosophes bien difficiles à comprendre. Les profs m’inscrivent dans leurs listes d’acquisition, pour le programme des concours de l’enseignement, des livres sur la métaphysique de Plotin. Un lycéen sera-t-il plus sensible à Onfray ou à Plotin ? En ce qui me concerne, le choix est vite fait !
    @Jocelyne : Avez-vous lu « L’appel de l’ange » ? C’est mon préféré (je les ai tous).

    Commentaire par Michelle — lundi 5 mars 2012 @ lundi 5 mars 2012

  15. […] adoration professionnelle pour le “troisième lieu”, et espérait et espère …Via bccn.wordpress.com Like this:LikeBe the first to like this […]

    Ping par Entre le lecteur et la lecture, quelle bibliothèque ? « Bibliolearn — lundi 5 mars 2012 @ lundi 5 mars 2012

  16. […] un billet intitulé: “Entre le lecteur et la lecture, quelle bibliothèque?”, Bertrand Calenge remet au goût du jour la querelle des anciens et des modernes. Le lecteur […]

    Ping par Entre vulgarisation et académisme « Au pays des bibliothèques — lundi 28 mai 2012 @ lundi 28 mai 2012

  17. « Prenons le problème à la racine » : quelle présomption ! Se vouloir radical est une intention louable ; l’être suppose de n’avoir pas renoncé à penser. C’est drôle : vous êtes bibliothécaire ; vous avez donc sous la main tous les instruments qui permettent de nourrir une réflexion ; et vous vous contentez de ressasser sentencieusement les éternelles niaiseries de la profession. La faiblesse de votre réflexion ruine les quelques éléments intéressants repérés ça et là dans vos précédentes interventions.

    Les commentaires sont du même cru, infatués de bêtises. Il est étonnant, pour ne pas dire désespérant, de constater qu’une profession qui se targue d’esprit critique se montre si peu apte à penser en dehors des certitudes de l’idéologie. Je ne peux pas résister au plaisir d’épingler le suivant qui, en matière de jobardise, atteint les sommets :

    « je suis un peu surprise des commentaires à propos de marc lévy, harry potter etc. car j’en achète pour les étudiants. Je sais bien que ça ne leur servira pas vraiment pour leurs études mais est-ce vraiment mal? »

    O sancta simplicitas ! (Jan Hus)

    Z. Tourneur

    Commentaire par zacharie tourneur — vendredi 24 août 2012 @ vendredi 24 août 2012

  18. Je découvre cette réponse avec du retard mais, monsieur Tourneur, je ne vois vraiment pas de quelle idéologie vous parlez. Vous me traitez de bête et de jobarde sans me dire pourquoi mais je n’ai que faire de vos attaques, vous ne comprenez rien, j’achète de tout pour mes étudiants car je considère que tout est bon, harry potter comme platon. Figurez-vous que pour attirer les jeunes, je monte par exemple des expositions très intéressantes autour des recettes de cuisine. Je commande les livres qui m’intéressent et je les regroupe autour de bons desserts que j’ai moi-même concoctés. Résultat : tous les étudiants adorent et en redemandent. Du coup, nous avons réfléchi longuement sur comment poursuivre nos expos et on a fait imprimer notre logo sur les serviettes en papier. Alors laissez les bibliothécaires prendre des initiatives et faire preuve d’imagination. Arrêtons d’être méchants !

    Commentaire par Bodin Jocelyne — lundi 4 février 2013 @ lundi 4 février 2013


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