Bertrand Calenge : carnet de notes

dimanche 12 février 2012

La sidération du troisième lieu

Filed under: Non classé — bcalenge @ dimanche 12 février 2012

Vous n’êtes pas parfois excédés par la référence (révérence ?) réitérée à la bibliothèque comme troisième lieu ? Ce troisième lieu (il ne s’agit pas ici du bar lesbien des nuits parisiennes smileys Forum ) revient en boucle comme une incantation. Tapez sur Google la requête précise « bibliothèque troisième lieu », vous obtiendrez près de 8 000 réponses : pas mal pour un concept qui n’a été vulgarisé en France que depuis 2009, grâce au mémoire d’étude de Mathilde Servet !

Ce fameux troisième lieu chante la gloire d’espaces accueillants et ouverts, autorisant de multiples postures, facilitant la diversité des comportements, offrant l’opportunité d’un havre chaleureux entre la maison (ce 1er lieu avec les gosses qui crient et le conjoint qui fait la g…) et le travail (un 2e lieu au rythme stakhanoviste et au patron qui fait la g…). Bref, une sorte de club anglais en plus moderne et moins fermé. Rien que de très séduisant dans cette perspective…

Idea store Londres

Le lieu comme espoir de légitimité ?

Un vieux ‘adulte expérimenté’ comme moi a l’impression de revivre les sidérations du siècle dernier qui voyaient dans les médiathèques le summum de la modernité : en introduisant hardiment la musique, les films, les manifestations culturelles, chacun pensait conjurer la honte du has-been et mobiliser ainsi les foules…

Aujourd’hui, la ‘concurrence’ d’Internet comme celle des multiples pourvoyeurs d’information font désespérément chercher la formule magique qui assiérait la légitimité de la bibliothèque. Cette formule magique – bon sang, mais c’est bien sûr ! smileys Forum – pourrait résider l’intérêt social du lieu lui-même, au cœur de cités dramatiquement dépourvues d’espaces publics largement accessibles à tous. Les idea stores anglais ont montré le chemin, et tout le monde emboite le pas…

Sauf que de tels lieux n’ont pas besoin de bibliothécaires : à la limite, l’énoncé des compétences bibliothécaires les rend presque incongrus dans de tels espaces. On remarquera au passage que les fameuses idea stores n’en disposent guère. Sur le fond, et compte tenu du concept, cela ne me choque pas. Mais alors pourquoi les bibliothécaires se pressent-ils pour en chanter les louanges ? Sommes-nous les lemmings du XXIe siècle ?

lemmings

Un cocooning très contemporain

Restons dans les parallèles : vous souvenez-nous de l’ambition malrucienne des maisons de la culture ? Là aussi, il fallait laisser le citoyen face à lui-même (pardon : face à l’art smileys Forum). Les accueils de créateurs et les manifestations ambitieuses ont laissé la place la plupart du temps à la mise à disposition contractuelle de locaux pour diverses associations. Même en habillant cette évolution du nom de partenariat (concept également au coeur des idea stores, soit dit en passant), on est loin de l’ambition initiale.

Mais le projet avait au moins le souffle d’une volonté d’éducation populaire ! Dans le cas des bibliothèques dites  ‘troisièmes lieux’, l’intention est plus volontiers consumériste, mettant l’accent d’abord sur la dimension ‘cocooning‘ du dit lieu, attentive aux revendications individuelles du travailleur fatigué et du consommateur las d’avoir vidé son porte-monnaie. Je cherche en vain une intention politique forte dans les différentes affirmations et les exemples mis en exergue. Osons une hérésie : et si les ‘troisièmes lieux’ n’étaient qu’un avatar du vieil adage politique « panem et circenses » (évidemment cantonné au second terme) ?

Après la médiathèque et le troisième lieu, osons un concept révolutionnaire : la bibliothèque !

Ce qui est le plus énervant, c’est que le concept d’une bibliothèque largement ouverte, claire, accueillante, confortable, attentive à ses usagers, n’a rien de neuf. Sans me prétendre visionnaire, c’est ce que j’avais défendu dans un ouvrage intitulé « Accueillir, orienter, informer« . Sauf que cet ouvrage défendait l’idée que l’accueil – dans ses dimensions multiples et complexes – ne se comprenait qu’associé aux deux autres termes : très prosaïquement, la bibliothèque a d’autres fonctions sociales que l’offre d’un havre chaleureux, d’autres projets politiques qu’offrir l’espace d’un club ouvert à une communauté. Les idea stores, que j’ai trop éreintés ici, veillent quand même à garantir une dimension documentaire : sauf que ce n’est jamais de celle-là qu’on parle, mais plutôt de leur fonction de maison de quartier – garderie, café, etc. – !!

Dissocier la bibliothèque de ce qui la fonde (la transmission du savoir,en particulier par le partage) me révolte. Alors, oui, organisons des bibliothèques largement ouvertes, donnons-leur confort et sourires, soyons à l’écoute des diverses postures et pratiques, réorganisons les services pour faciliter l’entrée de chacun dans cette maison commune ! C’est évidemment indispensable. Et Mathilde Servet a eu raison d’appuyer là où ça faisait souvent mal.

Mais n’oublions jamais qu’il faut aider à apprendre, préserver et transmettre une mémoire collective, donner à chaque lecteur son livre comme à chaque livre son lecteur !!

La « bibliothèque troisième lieu » n’est pas un concept.

Ce qui ne nous empêchera pas d’espérer retrouver Alphonse Daudet : « C’est une bibliothèque merveilleuse, admirablement montée, ouverte aux poètes jour et nuit, et desservie par de petits bibliothécaires à cymbales qui vous font de la musique tout le temps ».

Hommage à Bibliopathe http://www.bibliopathe.com/

P.S. : une prochaine fois, tonton Grincheux se paiera les learning centers...

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34 commentaires »

  1. bonsoir
    votre billet précédent me réjouissait, j’y laisse une légère ironie sur les 3e lieux et vous me comblez en rédigeant celui-ci… quand les esprits (nécessairement grands) se rencontrent 😉
    donc oui, vous avez raison et je me bats à mon petit niveau contre ces faux concepts (les « mots vides » de mon commentaire) car ils peuvent faire grand mal
    j’ai ouï le cas de tel réseau de médiathèques frappé par la mode d’un sociologue spécialisé sur les bibliothèques « lieux » (que je ne citerai pas) et qui a une certaine influence sur de jeunes conservateurs que je n’hésite pas à dire en manque d’épaisseur morale, d’éthique professionnelle… bref, de contenu et de vision claire de ce qu’ils font, pourquoi ils le font et comment il convient au minimum de le faire… ce que cela donne : suppression de grandes parties des collections pour mettre des sofas ! Ou des nez rouges aux bibliothécaires pour faire « cool » et « jeunes » !
    Je crains que certains ne courent après, non pas une légitimité (ce qui serait déjà une démarche évoluée), mais une survie quémandée sous forme de « regardez, on fait n’importe quoi et les gens viennent… gardez-nous ! » comme des petits chiots affamés…
    Ainsi que vous le dites, pas besoin de bibliothécaires pour ces 3e lieux (un club échangiste est un 3e lieu au sens propre du concept d’Oldenburg !) et surtout rien qui parle des contenus et de l’idéal citoyen que nous (professionnels) sommes censés encore un petit peu porter malgré un contexte délétère à ce point de vue.
    Peut-être les bibliothèques sont-elles vouées à disparaître… mais qu’au moins ce ne soit pas sous la pression des bibliothécaires eux-mêmes ni dans l’acide des troisième lieux !
    Merci pour vos réflexions partagées
    PV

    Commentaire par PV — dimanche 12 février 2012 @ dimanche 12 février 2012

  2. Je comprends la colère sur la réinvention de la roue, quand ses principes, de la dite roue, ont déjà étés posés. 😉 Mais quand une idée devient visible de tous, quand on peut s’en emparer comme slogan envers nos interlocuteurs -et financeurs- spontanément je me dit que ça ne peut pas faire de mal ?

    Mais il y a une chose plus grave qui m’interpelle : c’est que ces principes d’accueil, déjà posé dans le manuel de 1997, ils ne sont souvent pas encore appliqués ! Beaucoup de BU n’en sont même pas encore là ; leurs équipes ont ce manuel dans leur fond professionnel, mais dans leurs têtes il ont encore dans le même logiciel routinier qu’il y a 30 ans.
    Globalement, dans les endroits que j’ai fréquenté la qualité de l’accueil et des services s’est amélioré dans les Années 2000, par rapport aux BU et BUFR que j’ai connu étudiant (avec souvent à l’époque un personnel hostile qui mordait le public). La génération des néo-magasiniers diplômés de l’Enseignement Supérieur et la généralisation des emplois étudiants ont bien re-synchronisé l’interface avec le public, c’est déjà un acquis ; pas encore acceptés par tout le monde au nom des sacro-saints statuts, .
    Mais pour en avoir fait l’expérience côté lecteur, on trouve encore aujourd’hui du personnel qui est aligné en service public « à contre-emploi » ; et du coté des formations à l’accueil et à la communication interpersonnelle, certains CRFCB le proposent (comme le SQF de la BNF), mais dans certaines régions l’offre de formation sur le sujet est inexistante. Je n’ose même pas parler de l’animation.
    Et dans l’organisation des espaces sociaux et les équipements de confort « souhaitables » au sens Libqual, on est souvent en dessous de ce qui est attendu aujourd’hui. Oublier la fonction documentaire et de gestion de l’information, non, et je crois que peut de gens y pensent réellement ; mais tant que sur le terrain, les esprits n’auront encore intégré la polyvalence des usages, je préfère entendre marteler un slogan de bibliothèque vivante, aux slogans mortifères et défensifs qu’on connaît tous dans les établissements, pour des raisons différentes dans les trois catégories.

    Quand j’entends parler de la reconnaissance de la bibliothèque comme troisième lieu comme l’une de ses fonctions, j’y voit de l’espoir ; et comme d’autres collègues qui sont en empathie avec les étudiants, on regarde la vie de groupe d’étudiants se faire au fil de l’année, leur petits papiers rituels qu’ils d’échangent entre eux, et toute cette interaction sociale où on voit évoluer et grandir l’étudiant. J’aime observer ça, cette vie…

    Commentaire par Oliburuzainak — lundi 13 février 2012 @ lundi 13 février 2012

  3. @Oliburuzainak,

    Votre plaidoyer est évidemment juste sur le fond : clamer que la bibliothèque doit s’intéresser à l’accueil et à la qualité sociale des espaces qu’elle propose est toujours utile si cela peut générer un regain d’intérêt en direction de ces fondamentaux. De même aurais-je pu souligner que le concept est pertinent s’il arrive à séduire les décideurs toujours sensibles au glamour. Bref, il y a toujours quelque chose de bon à tirer d’une mode…

    Ce n’est pas cette revivification de principes déjà anciens qui m’agace (et je n’en ai pas été le promoteur exclusif, très loin de là !), de même que ne m’agace pas une éventuelle mode journalistique autour de ces principes remis au goût du jour. Non, ce qui m’énerve est la frénésie univoque d’un discours professionnel toujours en quête d’un nouveau Graal. Mes lectures ne sont sûrement pas assez complètes, mais je cherche toujours l’analyse fouillée des processus humains, compétences mobilisées et modalités organisationnelles qui viendront articuler cette dimension avec ces autres impératifs des collections, des services à valeur ajoutée, etc. Et sans mobilisation générale autour de cette stratégie, le troisième lieu restera une incantation… Mais vous avez raison : soyons optimistes !!!

    Commentaire par bcalenge — lundi 13 février 2012 @ lundi 13 février 2012

  4. Merci beaucoup pour « l’hommage »! vous décrivez dans ce billet exactement mon sentiment par rapport à ce concept « troisième lieu »…

    Commentaire par Bibliopathe — lundi 13 février 2012 @ lundi 13 février 2012

  5. Merci pour ce billet que je trouve plein de bon sens.

    Je trouve que ce concept de troisième lieu est devenu un motif d’émerveillement de bien de bibliothécaires, alors que finalement il n’invente rien, et de plus comme vous le sous-entendez je crois, éloigne un peu les bibliothécaire du service dont ils sont supposés être les garants…

    D’ailleurs j’ai l’impression qu’il révèle autre chose : Je vois de plus en plus de bibliothécaires technophiles, ou blogophiles, c’est à dire qui se nourrissent et absorbent toutes les nouvelles idées, les concepts que l’on peut trouver sur le net, et liées au monde des bibliothèques, et les retranscrivent avec dans les yeux des étincelles liées à la pensée d’une bibliothèque de rêve.
    C’est louable en soi un tel intérêt pour le métier, et je le défends… mais suis-je le seul à trouver qu’il y a dans cette absorption de données et de concepts, une perte d’action concrète et un espoir que les tenants de la blogosphère agiront tandis que les bibliothécaire conceptovores sont dans la contemplation passive d’une évolution dont ils croient être les acteurs, alors que finalement, si peu?

    Notez bien que je ne prends pas parti, je me questionne à ce sujet.

    Commentaire par Oursoboros — mardi 14 février 2012 @ mardi 14 février 2012

  6. La directrice de la bibliothèque où je travaille tient constamment ce genre de discours sur la mort des bibliothèques (et du même coup ma mise au placard dans une obscure cave de ma collectivité) en nous répétant: « Sachez que l’avenir de nos bibliothèques est dans leur convivialité, la tendance est à la réduction des collections, la tendance est à l’organisation des espaces avec sofa et distributeurs de boissons, la tendance est aux meubles design ».
    Vous n’imaginez pas à quel point vous lire me fait du bien car ces propos négatifs dans nos structures sont très pesants (sans parler du fait que passer pour niais démodés commence à bien faire !) et développe le sentiment d’avoir muté du milieu culturel vers le milieu du design ou de la mode… J’ai choisi ce métier parce que je croyais en la grandeur des contenus et beaucoup moins en la beauté des contenants… Peut-être un jour, verrons-nous comme pour les hotesses de l’air, une taille minimum pour le recrutement des bibliothécaire ? Je ne suis pas décoratrice d’intérieur, je ne suis pas non plus barman ou traiteur, je ne sais pas lire des poèmes d’Antonio Machado tout en dansant le flamenco pour essayer de remplir la bibliothèque coûte que coûte.
    En revanche je sais renseigner mon public, je connais les livres de ma bibliothèque, je fais de petites animations avec des choses toutes simples mais qui séduisent, je parle des livres, de la littérature, de cinéma, j’essaie d’être disponible, souriante et à l’écoute…
    Merci sincèrement pour votre texte qui fait du bien aux personnels des bibliothèques qui subissent les discours apocalyptiques de leur supérieur sans pouvoir s’exprimer en retour…

    Commentaire par Assistant B — mardi 14 février 2012 @ mardi 14 février 2012

  7. Outre la justification ou le manque de celle-ci de vouloir faire de la bibliothèque un troisième lieu, parmi les 8000 occurrences on trouvera vraisemblablement un peu n’importe quoi car le concept est bien mal compris en même temps qu’il est incanté avec régularité.
    Entendu la semaine dernière encore au cours d’une réunion de travail : « il faut que la bibliothèque soit un troisième lieu, que l’usager s’y sente comme chez lui ». Cherchez l’erreur.

    On se réfugie dans ce concept de troisième lieu comme on s’est réfugié dans le « 2.0 » et comme certains collègues se réfugient dans la technicité conceptuelle à outrance, à grand coup de literacy et de cartes heuristiques, autant d’outils et d’éléments tout à fait légitimes mais qui ne servent plus qu’à cacher l’angoisse si profonde du bibliothécaire d’aujourd’hui : celle de ne pas savoir ce qu’il est, ce qu’il fait. Il ne s’agit même plus de vouloir attirer du public, il s’agit de prétendre que nos structures sont indispensables à la société et que notre métier est hautement technique. Vouloir abandonner les collections pour faire du social est aussi aberrant que vouloir ne faire que du catalogage et du circuit de livre.

    Je ne nie pas la nécessité des bib dans la société. Elles peuvent être des « troisième lieu », pourquoi pas ? mais ce n’est certainement pas ce qui les définit. De la même manière on aurait tort de nier la technicité de notre métier, mais de là à tout faire pour êter incompréhensible du profane… soyons sérieux, nous ne sommes pas non plus des ingénieurs de l’ASE, nous ne sommes même pas des informaticiens, malgré toutes nos compétences. Un peu d’humilité. Notre valeur est ailleurs.

    Commentaire par Jebaco — mardi 14 février 2012 @ mardi 14 février 2012

  8. Bonjour,

    merci pour ce billet : le 3e lieu, c’est comme les tartes à la crème mais elles sont meilleures quand elles sont lancées par le gloupier ! C’est un concept fumeux voire dangereux. Fumeux car il reprend ce qui existait déjà à La Villette par exemple (rédiger son CV, etc.). Dangereux car :
    – orienter ses collections sur le public équivaudrait à acheter Marc Lévy, Guillaume Musso et Harry Potter ? Ne serait-ce pas une autre forme de populisme appliqué aux bibliothèques ?
    -les fameux Idea stores ferment les uns après les autres par manque de financement (remarquons que la population se mobilise lors des fermetures des bibliothèques en Angleterre; je doute qu’en France il en soit de même);
    – les Idea stores sont une démission des bibliothèques réduites à minima, pour raisosns économiques, avec packaging : le coeur même de notre métier est nié à moins de devenir des profs de gym ou de yoga !

    Sur les learning centers, c’est une pure vue de l’esprit : imaginez un professeur traiter un bibliothécaire d’égal à égal ! Ce n’est pas dans notre culture. Les enseignants eux-mêmes sont généralement contre : nous leur volerions leur métier.

    Une réflexion intéressante serait plutôt sur le positionnement de la bibliothèque par rapport aux flux (d’information mais pas seulement), sur la mobilité (mais pas du personnel) et intégration (multisupports, vie citoyenne, etc.).

    Il serait intéressant d’avoir la réponse de Mathilde Servet. Au fond le label « 3e lieu » la met plus en valeur qu’autre chose !

    M2

    Commentaire par Moretti — mardi 14 février 2012 @ mardi 14 février 2012

  9. Je ne suis pas bien sûr : le commentaire de M2 est ironique ? Car évidemment qu’on achète Marc Lévy et Harry Potter en bib…

    Commentaire par Des S, des F — mardi 14 février 2012 @ mardi 14 février 2012

  10. Merci Bertrand ! La lecture de votre article illumine la soirée ! Marre de ce concept qui légitime bien des changements dangereux dans nos établissements (cf « Réforme du Haut-de-jardin » à la BnF par exemple http://sursautbnf.wordpress.com/tag/reforme-du-haut-de-jardin/).
    Marre de ce concept condescendant qui prend nos lecteurs pour des idiots et qui veut faire gober aux bibliothécaires que la forme des canapés et que les gadgets technologiques bling bling sont plus importants que la diversité documentaire.
    Mille fois mercis !

    Commentaire par Sursaut BnF — mercredi 15 février 2012 @ mercredi 15 février 2012

  11. Dommage que tout ceci ne soit pas plus souvent dit et redit lors des messes (colloques) et consécrations (conférences) à la gloire du troisième lieu… cela remettrait en place certains sociologues agités par la disparition des collections et la floraison de sofas et indiquerait que toute la profession n’a pas (encore) abdiqué devant la mode et la tendance des concepts « dépourvus de sens » comme le dirait Carnap, pour qui les problèmes métaphysiques ou même philosophiques étaient des erreurs syntaxiques à résoudre et des énoncés dépourvus de sens – je crois que nous y sommes mais sans l’étrange poésie que portait la métaphysique…

    @AssistantB : officiez-vous en réseau et en banlieue parisienne ? ça me rappelle quelque chose, votre situation…

    Commentaire par PV — mercredi 15 février 2012 @ mercredi 15 février 2012

  12. A PV : non je ne travaille pas en banlieue parisienne. Je ne suis donc pas seule dans cette situation…

    Commentaire par Assistant B — jeudi 16 février 2012 @ jeudi 16 février 2012

  13. Oserai je parler d’une notion concomitante avec le 3eme lieu ? L’urgence de diminuer la hauteur des rayonnage afin que le :lecteur,mélomane,cinéphile (rayer les mentions inutiles) puisse mieux plonger dans l’oeil de l’usager a qui il fera face il faut, nous dit-on sans cesse « éliminez ! » tel un slogan de grande marque d’eau minérale ! Les critères rapidement jetés sur un bout de papier, des méthodes de désherbage trouvées avec google allez zou poubelles bleues !
    Entendu Bruno Racine nous dire :
    « Nous entrons dans un monde ou tout ce qui ne sera pas disponible sous forme numérique risque d’être peu accessible ou ignoré.

    L’étape qui s’ouvre maintenant devant nous c’est de mettre sous forme numérique toute cette production du 20 eme siècle qui est encore protégée par le droit d’auteur et qui sans cela ne peut être accessible, la plupart du temps les ouvrages sont épuisés, que dans les bibliothèques.
    Mais il faut trouver un modèle juridique légal payant cette fois pour ce type d’ouvrages. » émission Soft Power France Culture du 1/01/2012 http://www.franceculture.fr/tags/livre-numerique.

    Que nenni Mr Racine, les livres épuisées encore sous droits ne seront plus non plus dans nos beaux 3eme lieux !
    http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSJ7m7hBa23X-M-700DVOFL6Lod58ZXExDqqH60lnddMSdU-YHV

    Commentaire par Odette tout le monde — vendredi 17 février 2012 @ vendredi 17 février 2012

  14. Il serait regrettable de ne pas situer la notion de « troisième lieu » (« notion » étant préférable à « concept », terme réservé à la philosophie) dans l’époque qui la produit. Un crochet par l’Histoire paraît plus que nécessaire. N’est-il pas en effet alarmant de constater à quel point le désert intellectuel que nous traversons depuis la fin des années 1970 a permis l’émergence de discours insignifiants, innocents, fumeux, capables de mobiliser les rêves et les attentes d’individus plus innocents encore ? Car quel idéal nous promet ainsi la bibliothèque comme « troisième lieu » ? Ni plus ni moins qu’une hypostase monstrueuse de ce que pensait un libéral comme Benjamin Constant lorsqu’il louait les mérites de la démocratie des Modernes contre celle des Anciens, à savoir que les affaires sérieuses, politiques, communes – les affaires de la Cité – ne sont pas du ressort du petit peuple mais d’une oligarchie politicienne. Dans cette structure politique, ce que réclame la société revient donc seulement à ceci : que l’Etat garantisse les jouissances individuelles. Et de jouissance il est évidemment question dans le mémoire de Mathilde Servet : l’image d’une bibliothèque comme troisième lieu ressemble en effet à un sofa design destiné à résorber les tensions fessières. Le monstre est cette ultime vanité : contribuer à ce que l’étudiant se sente à l’aise dans ses pompes.

    Si en effet l’étudiant, comme élément du peuple, est écarté des délibérations politiques, et qu’il n’a dès lors plus qu’à surveiller l’action de Etat pour le compte de ses propres jouissances (le cas contraire, il n’a plus que la rue comme appel), faut-il pour autant cautionner un discours faisant fi de ce que lui doit l’Université – et donc la bibliothèque universitaire ? : non seulement une place dans la société mais aussi un esprit émancipé, critique, civique, capable précisément de se mobiliser dans les interstices citoyennes de la société soumise au gouvernement représentatif (rue, tracts, syndicalisme, parti politique, mobilisations diverses, opinions etc.) ?

    Nous connaissons d’avance la réponse des biblio-prophètes du ludisme et de la récréation, en bons malins : on peut tout à la fois profiter d’une ambiance design, confortable, se connecter aux réseaux sociaux en sirotant un thé népalais (ce sont bien entendu des exemples) puis aller bouquiner sérieusement en salle de lecture. Le bon gros sens des gros bataillons normalisants acquiescera à la puissance de cette assertion. Mais c’est en réalité là que nous touchons aux limites notionnelles du troisième lieu. Car cette prétendue solidarité « passivité/activité » soulève un problème symbolique auquel la société de consommation nous a habitué depuis belle lurette, celui d’un échange de signes contradictoires au sein d’une même institution. Que devient la lecture « sérieuse » au sein d’une institution qui joue sur la communication d’ambiance ? Elle est précisément digérée par cette communication d’ambiance, elle risque de ne plus devenir lecture mais simple signe de lecture, signe échangeable contre d’autres signes posés sur un même plan : nivellement symbolique, dérèglementation, consommation de signes, horizontalité à perte de vue. Imagineriez-vous déguster une part de pizza dans un salon de thé ? Jouer en réseau au château de Versailles ? Filmer un lip-dub dans une cathédrale ? Lire Husserl au rayon charcuterie du Spar avec le slogan suivant : « chez-nous, la culture a du fumet » ?

    Si la modernité doit faire évoluer les bibliothèques universitaires (nous vivons dans une société mobile, il ne faut pas refuser ce procès), elle le doit dans le respect de règles foncières, celles de l’intellectualisme. Bien des dispositions devraient être inventées qui permettraient à ces établissements de rendre les étudiants plus étudiants. Et c’est à nos décideurs d’être imaginatifs, ce sont eux les responsables. Or, il est scandaleux de trouver une grande partie de ces décideurs solidaires de l’avachissement généralisé et de cautionner des mémoires « professionnels » principalement orientés vers les moyens de rendre les bibliothèques comme des lieux communs. Je ne nie évidemment pas l’intérêt de réserver des espaces récréatifs dans les bibliothèques. Ce qui est sidérant, c’est d’en faire des objets essentiels valant pour « études ». Sur ce point, l’ENSSIB est grandement responsable et devrait être sévèrement critiqué (au passage, monsieur Calenge fait l’objet d’un rare courage qu’il faut saluer).

    Est-on sérieux quand, dans l’aveuglement des conformismes sociaux, et au prétexte débile que « le monde change » (il faut voir comment…), ceux qui ont autorité sur le devenir des bibliothèques cautionnent et participent à la passivité du jouir ? Qu’ils se mettent au moins au clair et formulent explicitement leurs voeux : ou mener les étudiants vers l’insignifiance des troisièmes lieux, ou tout faire pour les élever à la maturité professionnelle et critique. Prosélytes de la communication d’ambiance, encore un effort si vous voulez être bibliothécaires !

    (PS : bien entendu, j’aimerais lire les observations de Mathilde Servet à ce sujet.)

    Commentaire par bibliothécaire sidéré — vendredi 17 février 2012 @ vendredi 17 février 2012

  15. Bref, comme l’indique le Dictionnaire du diable des bibliothèques : « Troisième lieu : Concept visant à élever la bibliothèque à la dignité du bar-PMU » !
    @ Des S, des F : s’y cantonner serait dangereux.
    + nous ne sommes pas des vendeurs apple store pour soutien technique à l’informatique !

    Commentaire par Moretti — vendredi 17 février 2012 @ vendredi 17 février 2012

  16. Même si j’avais le sentiment d’aller à contre-courant d’un discours aussi réducteur qu’envahissant en écrivant ce billet, je n’imaginais pas ouvrir la porte à autant d’ambiguïtés. Je comprends fort bien qu’on en profite pour s’insurger contre un cantonnement des politiques publiques à des modèles trop simples pour être efficaces, mais je m’insurge contre certains règlements de compte mêlant indistinctement la détestation du désherbage, l’appel à la philosophie de l’effort et plus généralement la condamnation du monde contemporain.

    J’accorderai un sort particulier à l’incidente de ‘bibliothécaire sidéré’, qui fait porter le chapeau notamment à l’enssib : cher sidéré, il serait malhonnête à cette école d’oublier de parler des modes, des tendances, des passions éphémères. Mais peut-on qualifier d’hagiographie ces expositions, quand l’ensemble des cursus de formation veut donner à penser, à critiquer, à prendre le temps de la distance et de l’analyse ? Dans ce contexte, un exposé sur le troisième lieu ne me choque pas plus qu’une apologie de la contribution citoyenne. Élèves et étudiants bénéficient de cours multiples, de travaux où ils peuvent exprimer leur capacité de distanciation critique, etc. Et même le but est qu’ils le fassent ! Vouloir exclure toute référence à « ce dont on parle », ce serait vouloir formater et non former…

    Ce qui me frappe le plus, c’est que nombre des réflexions qui émaillent les commentaires jusqu’à présent (pas tous, certes) s’égarent volontiers dans les sphères de la philosophie politique. J’ai du mal m’exprimer : le ‘troisième lieu’ est sans nul doute une opportunité de revivifier la question du lieu dans l’activité de la bibliothèque, il est également un argument majeur pour mobiliser les décideurs. Il est enfin une injonction aux bibliothécaires de considérer la bibliothèque non comme un lieu singulier mais comme un espace articulé aux rythmes et usages de la collectivité. Soit, et j’applaudis.

    Mais ce n’est pas LA solution exclusive, l’avenir unique et exclusif des bibliothèques. Au moins à titre professionnel, il nous faut continuer à creuser le système bibliothèque. Sans oeillères, sans préjugés catégoriques, bref en toute conscience de la complexité de l’enjeu.

    Commentaire par bcalenge — vendredi 17 février 2012 @ vendredi 17 février 2012

  17. […] club anglais en plus moderne et moins fermé. Rien que de très séduisant dans cette perspective…Via bccn.wordpress.com Share […]

    Ping par La sidération du troisième lieu « la bibliothèque, et veiller — samedi 18 février 2012 @ samedi 18 février 2012

  18. bonjour !
    ce qui me frappe, dans la présentation des projets en cours, c’est la non concordance des rêves… de bibliothécaires/agences, architectes, élus… qui produit au final un bâtiment futuriste, projetant un public très libre de son temps et de ses mouvements (un peu comme les km de couloirs pour mériter tous les savoirs du monde à Tolbiac), à un moment où notre société ne produit guère de liberté de temps ni d’esprit, mais plutôt un besoin de services rapides.
    La question subsidiaire est que tant qu »à proposer une maison commune, autant tenter de connaître les rêves et les besoins des lecteurs et habitants pour CE lieu (équipement//territoire) plutôt que de les déduire d’enquêtes sur les pratiques culturelles en général.
    En tant qu’usager, j’aimerais pouvoir restituer mes documents n’importe quand lorsque je passe devant la bibliothèque ; j’aimerais pouvoir en emprunter n’importe quand en cas de manque, grâce à un distributeur (la sélection des bibliothécaires serait certainement meilleure que celle de la librairie de gare ouverte tout le temps) voire retirer mes réservations par ce distributeur ; j’aimerais que des containers à livres soient installés sur la voie publique pour recueillir mes dons et triés/dispachés auprès des associations par les bibliothécaires ; j’aimerais un lieu de pause et de rendez-vous thé-livres-revues-tablettes numériques-fauteuils club, avec des conso pas cher et un accès indépendant, j’aimerais que tous les documents jusqu’à 1950 soient numérisés et dispos en recherche plein texte parce que je préfère travailler dans MON canapé…
    Mais pour faire le portrait de l’oiseau, il faudrait bien d’autres profils, n’est-ce pas ? Parce que pour beaucoup, question logement et travail…le 3e lieu serait le 1er ; et que le modèle couteau-suisse (services autant que lieu) serait plus pertinent ?

    Commentaire par bibiothécaire à cymbales — dimanche 19 février 2012 @ dimanche 19 février 2012

  19. […] P.S. : une prochaine fois, tonton Grincheux se paiera les learning centers. .. Hommage à Bibliopathe http://www.bibliopathe.com/ Ce qui ne nous empêchera pas d’espérer retrouver Alphonse Daudet : “C’est une bibliothèque merveilleuse, admirablement montée, ouverte aux poètes jour et nuit, et desservie par de petits bibliothécaires à cymbales qui vous font de la musique tout le temps”. La “bibliothèque troisième lieu” n’est pas un concept. La sidération du troisième lieu « Bertrand Calenge : carnet de notes […]

    Ping par learning center | Pearltrees — lundi 20 février 2012 @ lundi 20 février 2012

  20. T’accompliras-tu dans ce Salut, toi usager consommateur, quand l’ensemble de tes voeux sera – j’en suis sûr – bientôt exaucé ? L’exaltation de tes petits besoins (« moi je voudrais que ») fondent ta prétendue liberté, ton conformisme assouvi sans que tu y voies les contraintes de pure rationnalité économique que tu brandis à quelques données computables sur à la fois ton manque de temps, de confort, de services, à la mesure de tes souhaits personnalisés. Je te comprends. Vouloir tout de chez toi, à la portée de quelques pas, de quelques gestes/clics, se mesure au succès des Leclerc drive et à la jouissance de consommer le temps ainsi libéré à pousser le caddie. Aussi tu montres là que ta satisfaction de tes désirs (jouir de ton temps) est nettement plus importante que la satisfaction de tes besoins (culturels). Le thé, le café, le fauteuil confortable, voilà l’essentiel. A partir de là, tu n’as que faire du reste (le faire étant le préalable à ta satisfaction), tant la maximisation, la mobilisation de toutes tes capacités virtuelles et réelles à jouir t’enclin à ne voir dans une bibliothèque qu’une avalanche de signes en vulgaire étalage de plaisirs.

    Commentaire par Vincent Folliot — lundi 20 février 2012 @ lundi 20 février 2012

  21. En guise de commentaire, une référence déjà citée plus haut :

    http://dictionnairedudiabledesbibliotheques.wordpress.com/2011/03/20/dictionnaire-du-diable-51/

    Et deux autres qui montrent que si ce n’était pas à la dignité de bar-PMU que s’élèveraient les bibliothèques avec ce concept, ce serait bien à celle de Starbuck’s coffee, puisque le troisième lieu au sens d’Oldenburg est le concept central de la stratégie marketing de cette chaîne :

    http://www.starbucks.com/about-us/our-heritage

    http://www.namedevelopment.com/blog/archives/2006/11/branding_is_starbucks_your_third_place_1.html

    Commentaire par Nestor Makhno — mercredi 22 février 2012 @ mercredi 22 février 2012

  22. Pfiou, les bras m’en tombent!!! Je vais demander une formation de barman, de pizzaiolo, en marketing, en communication, de designer, d’informaticien, de linguiste, de travailleur social. Le troisième lieu me semble être le sésame qui veut tout dire et ne rien dire : il est agité quand on n’a pas de réponse à tout type d’interrogations sur le public qui ne vient pas ou plus à la bibliothèque, qu’on est dans la passivité, qu’on voit le rouleau compresseur d’internet et des nouvelles pratiques : c’est comme un médecin qui lorsqu’il ne trouve pas de solution vous dit que c’est psychologique. Après tout chaque ville a des données de l’INSEE : n’oublions pas que nous sommes un service public au service de ce public alors une bibliothèque se doit d’agir et d’avoir une identité au sein de sa communauté et plutôt que d’agiter des tas de concepts, il est préférable d’aller à la rencontre de ce public

    Commentaire par Joelle — vendredi 24 février 2012 @ vendredi 24 février 2012

  23. Un peu de contradiction ne fera pas de mal dans ce flot de commentaires anti-3ème lieu !!
    Autant je trouve sain et intéressant, comme le fait B.Calenge dans son post, d’interroger une notion qui est effectivement en train de devenir une tarte à la crème, autant je suis à mon tour « sidérée » par le côté réactionnaire de certains commentaires…
    Le 3ème lieu n’est pas la « marchandisation » des bibliothèques, c’est tout le contraire, mais il est plus simple de faire des amalgames réducteurs. Et puis derrière certains commentaires il y a l’idée, désagréable idéologiquement, qu’un modèle de bibliothèque qui tiendrait vraiment compte des attentes et avis des usagers allait nous tirer vers le bas ! On se croirait dans le blog de Yann Moix… Oui, la société évolue, les gens ont des besoins, des habitudes qui changent, pas forcément comme on voudrait, doit-on délibérément l’ignorer ? Nous sommes avant tout au service du public, ne l’oublions pas. (Au passage, le « sociologue des lieux », comme il est dit dans un commentaire, a un nom, Claude Poissenot. Pourquoi ne pas le citer ? Drôle de méthode…)

    Le principal argument De B.Calenge, recevable, est que le 3ème lieu serait du marketing pour enrober ce qui est l’idée même d’une bibliothèque. Soit. Encore que dans les faits nos bibliothèques sont souvent loin d’accueillir dignement, confortablement, chaleureusement leurs usagers. Et le marketing est utile auprès de nos élus pour faire évoluer les espaces d’accueil de nos médiathèques. Si l’on parle moins des collections, c’est parce qu’elles sont évidemment déjà présentes et au cœur de nos établissements ! Où se situe notre marge de progression ? Beaucoup moins dans notre politique documentaire que dans nos espaces. Et je ne parle pas geste architectural (là-dessus on est champions…), je parle services, mobilier, lumière, température, usages différenciés, horaires, attention portée à l’usager et à ses attentes… Voilà pourquoi s’emparer de la notion du 3ème lieu, pas béatement, mais par pragmatisme, est utile.
    Pour info, j’ai visité 3 idea stores : si les aspects communautaristes m’ont posé question, j’ai constaté de visu que ces équipements, où les collections sont bien plus présentes qu’on ne le dit, ont réussi la démocratisation des lieux culturels derrière laquelle nous courons depuis des décennies en France.

    Commentaire par Isabelle Huber — samedi 25 février 2012 @ samedi 25 février 2012

  24. Qui aura visité les bibliothèques des Pays-Bas ou les Idea Stores ne pourra que constater que le public y est bel et bien présent. Un taux d’inscrits +++, des espaces plébiscités et des usages diversifiés sans oublier des horaires d’ouverture incroyables : est-ce le cas dans nos bibliothèques ? Tous les commentaires critiquant ces « concepts » sont consternants, quelle ouverture d’esprit pour des bibliothécaires ce qui devrait pourtant les caractériser ! Ne faut-il pas justement se bouger pour résister, être présents et forts à l’heure des mutations économique et numérique, tenter des expérimentations et penser services pour nos utilisateurs ? Pourquoi ne pas s’emparer d’exemples voisins – et non de modèles ou concepts – qui fonctionnent, les détourner, les adapter, en piocher des miettes, proposer de nouvelles offres… et continuer d’attirer un public nombreux prêt à naviguer dans les collections : physiques et virtuelles ? Voire alors sinon inventer carrément autre chose… Car notre métier est aujourd’hui délicat à l’heure où certains (élus et public) peuvent croire que tout se trouve sur internet. Concurrence, complémentarité ? A nous d’être les plus astucieux et en ce sens, l’ambiance de nos lieux comme la qualité de l’accueil et de l’accompagnement du public sont primordiaux. Evidemment ce n’est pas nouveau mais cet ensemble mérite d’être renouvelé pour rester toujours prisé et utile en lien avec les missions d’information, de formation et de lecture dès le plus âge.

    Commentaire par Rainette — samedi 3 mars 2012 @ samedi 3 mars 2012

  25. Beaucoup plus intéressants que les discours effectivement mièvres et pseudo-sociologiques, dont la faible densité et la forte dimension incantatoire évoquent la critique d’art contemporaine, peut-on recommander deux références, datées mais articulant un débat pour le coup sympathique ?
    Dans Non lieux, Marc Augé cristallise la vision que tout acteur socio-culturel issu des classes moyennes (ex : les conservateurs) a spontanément des centres commerciaux péri-urbains. Du même coup, il propose une définition intéressante de qu’est un lieu. (type de prémisse complètement absente de la littérature professionnelle).
    En face, plusieurs études, telles que Boukaia, C-A. (1999), « Le centre commercial de Chateaufarine : lieu de consommation ou lieu de vie ? » in : Raulin, A. (sous la direction de) Quand Besançon se donne à lire, Paris, L’Harmattan, livre des observations différentes.
    La question de savoir si un centre commercial peut être appréhendé comme un lieu de vie est fondamentale pour cet autre lieu de consommation qu’est la bibliothèque.

    Au-delà de la question de savoir si la mode « 3e lieu », c’est de la porte enfoncée (c’est certain), du rebouilli (c’est probable, je dirais années 70, ex : les idées de Michel Bouvy à Cambrai), du vent (sans doute pas, la sociologie anglo-saxonne des années 80 ne saurait être balayée si rapidement), etc, c’est tout un système qui vise d’abord à créer une identité et une cohésion professionnelles factices qu’il faudrait – attention, mot-balise sémantiquement nul – interroger.

    Nous devons à chaque instant interroger de façon réflexive et opérationnelle nos missions, et rester à la recherche de nouveaux concepts, pour une inventer une nouvelle bibliothèque citoyenne. Combien verront que cette précédente phrase ne peut pas, en aucun cas, être sérieuse ?

    Commentaire par djb — samedi 3 mars 2012 @ samedi 3 mars 2012

  26. […] des bibliothèques comme “troisième lieu” au sein de la Cité. Si l’on ne veut pas en effet qu’au nom de ce mot d’ordre, les bibliothèques soient réduites en des lieux hype de consumérisme techno-culturel, leur […]

    Ping par Dans le futur, les bibliothèques dernier rempart contre la censure ? « Le fil de la médiathèque — samedi 7 avril 2012 @ samedi 7 avril 2012

  27. […] P.S. : une prochaine fois, tonton Grincheux se paiera les learning centers. .. Hommage à Bibliopathe http://www.bibliopathe.com/ Ce qui ne nous empêchera pas d’espérer retrouver Alphonse Daudet : “C’est une bibliothèque merveilleuse, admirablement montée, ouverte aux poètes jour et nuit, et desservie par de petits bibliothécaires à cymbales qui vous font de la musique tout le temps”. La “bibliothèque troisième lieu” n’est pas un concept. La sidération du troisième lieu « Bertrand Calenge : carnet de notes […]

    Ping par Learning center | Pearltrees — mardi 24 avril 2012 @ mardi 24 avril 2012

  28. […] La sidération du troisième lieu Carte mentale – Exemple 1 Carte mentale – Explications OPTIONNEL : Seul (ou en équipe), je commence par faire un remue-méninges ( brainstorming ) et je choisis ensuite les mots-clés les plus pertinents pour préciser mon sujet. Je fais une liste des idées principales et des idées secondaires… Je place ma question de recherche ou mon idée centrale au milieu de la carte autour de laquelle j'inscris des idées principales. Celles-ci forment des branches dans lesquelles j'inscris des mots-clés ou de courtes phrases, comme elles me viennent à l'esprit. Les branches se dédoublent ou se multiplient en branches secondaires, tertiaires, etc. Guide pédagogique : courants, démarches, méthodes, types de savoir et exercices Comprendre les modèles pédagogiques est essentiel pour toute personne exerçant bénévolement ou professionnellement dans les domaines de la sensibilisation, l’apprentissage et la formation au numérique (ou à d’autres aspects, d’ailleurs). Le portail FOAD Spirit propose un dossier de 25 pages, gracieusement téléchargeable (en pdf) : le mini-guide pédagogique qui propose une présentation des différents courants, méthodes et démarches pédagogiques ainsi que les types de savoirs. Exploration de la pédagogie avec exercices Ces connaissances concentrées en un document unique de synthèse donnent à voir les différentes approches pédagogiques et présente une démarche active avec un exercice à penser en continu et à compléter en fin de dossier pour aider à réaliser le jeu du mot mystère. Comprendre et enseigner l’identité numérique L’identité numérique est devenue, avec l’accélération de l’utilisation des réseaux sociaux par nos élèves et la prolifération des données personnelles sur le Web un thème de formation essentiel en information – documentation pour les aider à contrôler leur e-réputation, maîtriser leur image publique et la gestion des traces laissées sur le net. Plusieurs ressources, publiées depuis peu, proposent des pistes pédagogiques ou des dossiers plus généraux sur lesquels fonder la formation à l’identité numérique avec les élèves. Quelle est notre identité sur le web ? Dossier de l’académie de Besançon mis à jour en septembre 2011. Identité numérique : Comment traiter ce sujet en classe Anne Delineau sur la rubrique Clemi des documentalistes de l’académie de Poitiers publie un dossier en décembre 2011. Sommaire – : Définition – Quand en parler avec les élèves ? Ecole et TICE […]

    Ping par vivi | Pearltrees — samedi 28 avril 2012 @ samedi 28 avril 2012

  29. Reblogged this on BiblioInnov and commented:
    Osons la critique de ce concept à la mode: le « troisième lieu »!

    Commentaire par Pierrinov — lundi 14 mai 2012 @ lundi 14 mai 2012

  30. […] Bertrand Calenge dans son ouvrage : La bibliothèque n’est plus un espace de stockage, mais un espace d’usages, « un gisement ouvert rendu intelligent et actif par les bibliothécaires et avec le public ». Share this:TwitterFacebookJ'aimeJ'aime  article Cette entrée a été publiée dans Avant-garde, Médiathèque, Troisième lieu. Ajouter aux Favoris le permalien. ← Bibliobus numérique […]

    Ping par Bibliothèque troisième lieu : quelles caractéristiques ? | innovbibliotheque — dimanche 20 mai 2012 @ dimanche 20 mai 2012

  31. […] Le débat sur les blogs Share this:TwitterFacebookJ'aimeJ'aime  article […]

    Ping par À propos du troisième lieu. | Innovation en bibliothèque — lundi 28 mai 2012 @ lundi 28 mai 2012

  32. […] La sidération du troisième lieu Emprunter une liseuse numérique dans les médiathèques! | innovbibliotheque > Du 6 mars au 3 novembre 2012 : c’est une initiative du département de la Seine-Saint-Denis et du MOTIf (Observatoire du Livre et de l’Écrit en Île-de-France). Et c’est dans les médiathèques d’Aulnay-sous-Bois, Bagnolet, Noisy-le-Grand, Rosny-sous-Bois . Voici donc les 4 lieux pour découvrir une lecture autrement. […]

    Ping par bibliothèque3elieu | Pearltrees — mercredi 4 juillet 2012 @ mercredi 4 juillet 2012

  33. Je suis sidéré par tout ce que j’ai pu lire plus haut. Comment peut-on, à notre époque, tenir ce genre de langage ?
    Votre problème à tous, c’est que vous avez peut d’évoluer. Peur des gens, peur de sortir de vos réserves poussiéreuses, de votre petit travail bien calme et sans mouvement. Continuez à cataloguer et ranger vos précieuses collections ; bientôt, il n’y aura plus personne pour les voir (mais, n’est-ce pas ce que vous cherchez ?).

    Commentaire par Anonyme — lundi 13 août 2012 @ lundi 13 août 2012

  34. […] Calenge « La sidération du troisième lieu » et « La bibliothèque cinquième lieu, sixième lieu, etc. […]

    Ping par Bibliothèque et médiathèque troisième lieu | Monde du Livre — dimanche 17 mars 2013 @ dimanche 17 mars 2013


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