Bertrand Calenge : carnet de notes

vendredi 11 juin 2010

Polyvalence du bibliothécaire : encore une ambiguïté ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ vendredi 11 juin 2010

La question des métiers et statuts, que j’évoque assez (trop ?) souvent d’une façon sans doute insuffisamment orthodoxe, m’apporte des réactions extrêmement intéressantes. En l’occurrence, il s’agit de celles recueillies lors de mon intervention au dernier congrès de l’ABF sur la nécessaire diversification des métiers en bibliothèque, et de certains commentaires sur mon récent billet qui évoquait les écarts entre statuts, profils d’emploi spécifiques et profils de métiers. En particulier, je me rappelle l’étonnement d’une éminente documentaliste soulignant que les professionnels de la documentation étaient avides de stages dans des domaines relevant du marketing, de la documentation ou de l’informatique, et que ces compétences complémentaires (essentielles ?) étaient un atout précieux voire une compétence naturelle dans la recherche d’emploi et l’exercice de leurs fonctions. Ou encore, je me rappelle aussi la réticence d’un non moins éminent responsable de centre de formation de bibliothécaires, convaincu que la polyvalence du métier de bibliothécaire est une composante essentielle de ce métier. Ou enfin je renvoie à un des commentaires du billet cité où revient encore ce terme de polyvalence.

Alors j’ai creusé un peu, intrigué par cette réitération de la polyvalence du bibliothécaire, retrouvée d’ailleurs dans la brève fiche du SIEP sur le métier de bibliothécaire où cette polyvalence est mentionnée fortement à la  fois dans le descriptif de métier et dans le savoir-faire. Et je crois que j’ai encore trouvé un de ces termes flous dont nous raffolons volontiers smileys Forum. Je vous propose juste de creuser un peu ce drôle de concept, pour identifier clairement ce dont nous parlons quand nous parlons ‘polyvalence’…

La perversité de l’employabilité maximale

Christophe Eveaere, professeur à Lyon 3, pointe la première ambiguïté du terme en écrivant en liminaire du résumé d’un article intitulé justement « La polyvalence et ses contradictions » : « Il est souvent question de polyvalence lorsque les organisations cherchent à gagner en flexibilité et en productivité. Toutefois, le sens précis que recouvre cette notion de polyvalence n’est pas clair« . Et en effet, les enseignants du secondaire subissent bien cette propension gestionnaire à leur imposer une telle polyvalence dans leurs services d’enseignement, en dépit de leur plus ou moins grande incompétence disciplinaire dans les matières qu’on leur demande d’assurer complémentairement à leur spécialité initiale.

Les bibliothécaires connaissent de très longue date les contraintes de devoir effectuer mille tâches diverses normalement dévolues à d’autres métiers, juste pour pouvoir assurer leur fonction de médiation et d’accompagnement documentaire et heuristique : certains s’improviseront informaticiens, d’autres se colletteront aux arcanes des finances publiques, j’en ai même vu dépanner des véhicules ou prêter la main à la peinture des murs… La faible reconnaissance de la nécessité sociale des bibliothèques en a longtemps été la cause, interdisant le recrutement d’agents en nombre suffisant et en qualifications adéquates, et l’imaginaire social ne pouvait concevoir qu’une bibliothèque soit un lieu de gestion administrative et  informatique  comme un lieu d’animations élaborées… mais y voyait tout simplement « l’espace des livres », bref une sorte de salon social de lecture. La crise actuelle ne risque pas de décourager de telles propensions gestionnaires.

La polyvalence est-elle réductible à la multi-activité ? Il m’arrive de changer une ampoule (chose strictement interdite car je ne dispose pas de l’habilitation électrique ! smileys Forum) ou de dépanner un photocopieur. Suis-je polyvalent pour autant ? Une distinction essentielle semble devoir être posée : si l’activité sociale dans une organisation peut amener naturellement à donner un coup de main ou à apporter son savoir-faire personnel face à une situation, la situation est toute autre s’il est entendu – contractuellement ou implicitement – qu’on sera un Mac Gyver omnicompétent. Dans le premier cas on exerce un savoir personnel pour simplement dépanner, dans le second on donne l’illusion d’une omnicompétence professionnelle qui, par facilité, interdit de questionner ou même de discerner la compétence essentielle.

La tentation de la chasse gardée

Ce qui est très étonnant, compte tenu de ces ambiguïtés au fond déprofessionnalisantes, c’est le succès que peut rencontrer cette ambition de polyvalence auprès des professionnels. On peut repérer pour cette appétence quelques arguments :

  • la continuité du service aux usagers confrontés aux savoirs  conduit naturellement à vouloir tenir la chaine d’un bout à l’autre : des systèmes informatiques à l’accueil, de l’état des lieux à la communication, de l’organisation de l’animation à la gestion administrative, tout concourt naturellement à optimiser cette médiation rationnelle ;
  • le travail parcellisé est rarement satisfaisant, et il est intéressant de pouvoir radicalement changer de fonctions dans un établissement sans pour autant quitter le métier de bibliothécaire ;
  • les logiques rationnelles de métiers différents sont souvent très étrangères aux réflexes, pratiques et modes de raisonnement des bibliothécaires. Il peut être jugé plus rapide et efficace de se passer du dialogue pédagogique et de la confrontation pour s’emparer soi-même de la question (d’autant que nous travaillons toujours dans l’urgence);

Et puis, il faut bien l’avouer, la tentation du « entre soi » existe aussi, volontiers alimentée par les inévitables bisbilles qui peuvent survenir avec ces « autres » professionnels qui interviennent avec leurs logiques propres. Si, comme je l’ai déjà écrit, le bibliothécaire se définit comme celui qui travaille dans une bibliothèque, il peut être tenté d’exclure de cette bibliothèque les autres professionnels.

Quelle polyvalence du métier de bibliothécaire ?

Cela n’empêche pas d’acter le fervent attachement de nombre de bibliothécaires à cette fameuse polyvalence. Si la logique de la revendication du territoire de l’établissement n’est pas absente, si bien sûr de naturels soucis d’évolutions de carrière et de fonctions joue très fortement, on peut me semble-t-il apercevoir une cohérence dans cette revendication : le pressentiment parfois imprécis d’une cohérence globale jouant sur plusieurs tableaux.
Les enseignants du primaire accordent également une grande importance à leur polyvalence, non tant en termes de spécialisation disciplinaire  qu’en termes de globalité de leur action pédagogique. Et ils redoutent certaines tentations de spécialisation qui les guettent. Mais, soulignons-le, nul ne remet en cause l’exclusivité de ces « instituteurs » (pardon : ‘professeurs des écoles’) auprès de leurs classes, même si pour diverses raisons d’économies on envisage volontiers aujourd’hui de raccourcir cette « vie d’écolier » pour confier à divers financeurs le soin de s’occuper non tant des écoliers que des enfants à leur sortie du cadre strictement scolaire.
Les bibliothèques sont dans une situation très différentes : infusées dans la vie et l’administration collectives, elles sont beaucoup plus poreuses à celles-ci.  Situer précisément le métier est indispensable, non pour se cantonner à des tâches listées dans des statuts, mais pour bien distinguer ce qui relève du coeur de l’activité et ce qui n’en est que la périphérie.

Question de masse critique

Je radote une fois de plus : le métier de bibliothécaire, c’est de sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers.  Point.  Une telle ambition conduit naturellement à vouloir couvrir la chaine entière des activités de la bibliothèque, voire – hélas – à vouloir toutes les assurer personnellement.
Cette ambition sera presque naturellement encouragée dans de tout petits établissements (1 à 5 agents). Au-delà, faut-il toujours faire le choix de la filière culturelle pour les autres emplois  ? Il est bien des métiers parfaitement identifiés dans la médiation sociale, l’informatique, l’animation, etc., qui permettront aux bibliothécaires de mieux remplir leur fonction  en les dégageant de fonctions pour eux périphériques mais centrales et professionnellement essentielles pour ces autres métiers.

Je ne souhaite pas ôter aux bibliothécaires le souci de la chaine sociale et cognitive dont ils se sentent à juste titre comptables, et ce jusque dans les moindres détails. Mais je leur conteste le droit d’exclure du débat les autres professionnels pouvant intervenir sur cette chaine, au prétexte que leur action se situerait dans une bibliothèque. Surtout si leur expérience et leur compétence les rend vraiment pertinent pour la fonction qui leur est confiée, qu’elle soit managériale, sociale, éducative ou technique.

Bien sûr, c’est une question de taille d’établissement : plus celui-ci est petit, et plus les travaux ‘accessoires’ seront prégnants. Et il faudra peut-être se former pour décoder quelques arcanes d’autres métiers. Mais si l’établissement est légèrement plus important, il faut, vraiment, réclamer des professionnels ad hoc. On y gagnera en qualité, et en reconnaissance sociale : la bibliothèque ne sera plus seulement le lieu d’exercice du bibliothécaire, mais celui d’un informaticien, d’un technicien, d’un animateur, etc.

Polyvalence ? encore un concept flou… tant qu’on ne l’a pas clairement borné !!

Faut-il encore évoquer une autre facette de notre métier,  la passion ? Un responsable des ressources humaines (non, ce n’est pas à Lyon) me faisait part il y a quelque temps de son étonnement devant la posture des bibliothécaires, qu’il qualifiait de ‘militante’ plus que ‘professionnelle’. Creusant un peu, j’ai compris que mon interlocuteur était étonné de voir des bibliothécaires intervenir sur tous les fronts de l’administration et des questions sociales (et scolaires, et informatiques, et budgétaires, et etc.) avec une égale conviction, sans borner clairement le champ de leur intervention.

Je n’ai rien contre la conviction, bien au contraire, mais je partage en bonne partie la perplexité de mon interlocuteur (pas son étonnement : j’ai l’habitude, avec le temps…smileys Forum). Et je constate que la ‘dérive’ pointée par ce responsable RH concerne essentiellement les collègues qui se veulent essentiellement généralistes, donc polyvalents. Le problème de cette revendication généraliste, c’est qu’elle pointe la non-spécificité d’un métier : hors les cadres rassurants de statuts protecteurs, un bibliothécaire sera ici un passionné de lecture, là un militant social, voire là encore un administrateur manager pilotant l’établissement. Bref, ce sera potentiellement quelqu’un d’autre qu’un bibliothécaire.

Alors, qui sommes-nous professionnellement, et en quoi développons-nous des compétences qui nous rendent indispensables et uniques ? La polyvalence revendiquée (au-delà de cette polyvalence vécue que connaissent nombre de travailleurs) ne me semble pas être une bonne carte de visite…

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13 commentaires »

  1. […] Polyvalence du bibliothécaire : encore une ambiguïté ? « Bertrand Calenge : carnet de notes […]

    Ping par post_hebdo (weekly) « Boîte de conserve — dimanche 13 juin 2010 @ dimanche 13 juin 2010

  2. Revendiquer une polyvalence (aptitude à exécuter différentes tâches, à occuper différentes fonctions)ce n’est pas revendiquer une quelconque omniscience-ominiprésence-omnipotence.

    Les tâches que nous sommes amenés à réaliser en tant que bibliothécaires, les fonctions que nous avons vocation à exercer sont diverses. Nous devons effectivement être polyvalents. Cela ne signifie pas prétendre pouvoir tout faire dans le lieu (physique ou virtuel) bibliothèque.

    Par exemple, je ne connais pas de bibliothécaire revendiquant de réaliser les tâches liées à l’entretien des bâtiments, du nettoyage à la plomberie en passant par le réseau électrique.

    Par contre, on ne peut pas nier que « sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers. » nécessite la réalisation de nouvelles tâches liée à l’évolution des supports de l’information, de leurs mode de production, de diffusion, de conservation et de médiation. Donc, nous devons être encore plus polyvalents qu’avant.

    Les informaticiens ont leur place en bibliothèque, mais les bibliothécaires ont leur place dans le numérique. Ce n’est pas une question de spécialisation vs polyvalence mais de complémentarité.

    De la même façon, les fonctions d’encadrement nécessitent beaucoup plus d’activités, de connaissances liées à la mise en place du management comme mode de gestion du personnel avec son cortège de techniques et de procédures nouvelles. Doit-on former des bibliothécaires au management ou les remplacer par des managers spécialisés dans le management?

    Ce débat est réel, il a été tranché ailleurs au profit des managers considérés comme aptes à manager aussi bien une boîte de télémarketing qu’un établissement culturel, les activités du managers étant les mêmes d’un lieu à l’autre. Pour vous, les bibliothécaires doivent-ils renoncer à l’encadrement du personnel?

    Commentaire par antmeyl — vendredi 25 juin 2010 @ vendredi 25 juin 2010

  3. @ antmeyl :
    Très intéressante observation, qui montre bien l’ambiguité de la spécialisation. J’y répondrai en trois points :

    1) Liminaire de clarification : je ne revendiquais pas tant la multiplication des spécialistes que l’ouverture des bibliothèques à d’autres métiers nécessaires, légitimes aux côtés des bibliothécaires qui, par conséquent, doivent mieux cerner et maîtriser leur propre métier.

    2) Les managers : aussi bizarre que cela paraisse dans notre société imprégnée de préconçus flous, je suis extrêmement sceptique quant à la validité du « métier » de manager. Ce qui ne signifie pas que le management soit inutile, dès qu’il s’agit de mobiliser des équipes, et de peser les contraintes et atouts des moyens au regard des objectifs définis. le concept autonome de manager est né, me semble-t-il, avec l’emprise croissante d’un objectif majeur dans les entreprises privées : faire un profit maximal. Dans ces conditions, le bon manager devient celui qui sait assurer ce profit maximal. Quitte à entrainer des dégâts sociaux considérables. Et il existe un marché pour cette espèce d’agent (voir Jean-Marie Messier, Antoine Zacharias, etc.). Le prestige rutilant de ces individus a fait émerger l’idée que c’était un métier à part entière.
    Dans la sphère des services publics, le manager comme métier n’existe pas, compte tenu de la différence de contexte…

    3) Le bibliothécaire peut-il encadrer ? L’entreprise de pétrissage et de médiation des contenus que représente une bibliothèque nécessite à l’évidence que son cœur d’activité soit également au cœur du système hiérarchique. Dans ces conditions, il est indispensable que des cadres bibliothécaires encadrent et fassent preuve de talents de management, pour (je me répète) mobiliser des équipes, et peser les contraintes et atouts des moyens au regard des objectifs définis. Ce qui n’empêchera pas de réclamer également des talents de management à ceux des autres professionnels appelés à piloter avec eux des objectifs stratégiques et des équipes (secrétaire général, responsable de service informatique, etc.).

    J’ai eu l’occasion de rencontrer pas mal d’excellents managers dans la sphère publique, ces personnes à la fois intuitives, à la vision englobante autant qu’attentive aux détails. Certains étaient plus charismatiques que d’autres, mais tous, absolument tous, étaient ancrés dans un métier particulier qui n’est pas le management.

    Cordialement,

    Commentaire par bcalenge — vendredi 25 juin 2010 @ vendredi 25 juin 2010

  4. Merci pour ces précisions.

    Sur l’ouverture à des métiers complémentaires, en BU nous devons développer notre complémentarité avec les informaticiens mais également avec les enseignants. Les activités de formation sont de plus en plus importantes. Nous sommes spécialistes de l’information et des outils afférents. Ils sont les spécialistes de la formation des étudiants. Au-delà de l’effet de mode, les « learning centres » posent bien cette question.

    Sur les managers, je suis d’accord avec vous (tout en précisant que le regard que je porte sur le management comme mode de gestion du personnel est très sévère, mais ce n’est pas cela qui est en question ici)

    Cependant, la question de placer des administrateurs plutôt que des bibliothécaires à la tête des bibliothèques est réellement posée (cf cette annonce : http://tinyurl.com/3xxt8dn) et le sera de plus en plus tant l’aura du management est grande actuellement.

    Commentaire par antmeyl — vendredi 25 juin 2010 @ vendredi 25 juin 2010

  5. Vous posez très bien le problème (si je vous ai bien compris): nous sommes tous, plus ou moins (vous évoquez les petites equipes)obligés de devenir des Mac Gyver, le plus souvent par manque de moyens et manque de reconnaissance sociale. Et nous finissons par en tirer une fierté mal placée. Laquelle nous amène à nous sentir propriétaires de notre bibliothèque, dans laquelle notre investissement personnel dépasse très largement celui d’un administratif dans son bureau. Mais j’ai connu des directeurs de services sportifs ou des responsables de CCAS faire des miracles par de l’investissement personnel et de la débrouille de haute volée. Et que dire de la filière animation ! Là aussi beaucoup de militantisme.Y a-til des métiers « a vocation » ? Ceci dit, il existe aussi des pleurnichards qui, considérant leur manque de moyens ou de reconnaissance, décident de ne rien faire et se complaisent dans le plus parfait immobilisme et le service mnimum. C’est donc aussi une question de personnes.

    L’étonnement des DRH, teinté souvent d’agacement, face à ces « touche à tout », est compréhensible car nous empiétons sur leur domaine de façon quasiment naturelle, niant ainsi implicitement par là que leur fonction puisse être un métier. Ceci dit, c’est eux qui nous demandent de « manager »…

    Mac Gyver n’est pas autre chose qu’un petit malin qui se sort de situations impossibles avec trois bouts de ficelle. Il est dans un discours d’urgence mais n’a aucune compétence particulière pour gérer une situation sur le long terme. La vraie polyvalence s’exerce effectivement quand au sein d’une équipe, nous décidons de faire une vraie place à un spécialiste (informatique, animation…)en admettant que sa méconnaissance des arcanes bibliothéconomiques n’est pas un obstacle. La polyvalence réelle est donc plurielle ou n’est pas.

    Une anecdote: j’ai connu en stage un formateur qui, dans un temps mort, nous a déclaré que la seule façon de progresser (carrière) etait de « faire DAC » (Directeur de l’action – ou des affaires- culturelle). Cris d’horreur dans le cercle des bibliothécaires militants. Depuis, j’ai rencontré un DAC. Originaire du monde culturel (théâtre)et j’ai constaté qu’il se faisait une fierté d’être polyvalent (par nécessité disait-il)en utilisant au mieux les compétences des autres « acteurs » culturels, mais aussi administratifs, associatifs, touristiques même. Cet adepte de la synergie et du brainstorming avait probablement raison.

    Mais je pense qu’il ne savait pas dépanner un copieur…

    Commentaire par Hervé — lundi 5 juillet 2010 @ lundi 5 juillet 2010

  6. bonjour
    je suis moi même une « généraliste » de la culture et je le revendique haut et fort car ceci est pour moi synonyme d’ouverture.
    Je dirige aujourd’hui un petit centre culturel avec à l’intérieur une petite bibliothèque. Et je pense que la richesse des compétences de l’équipe (bibliothécaires, généralistes, animations) contribue grandement au dynamisme de notre établissement. Nous n’avons pas les mêmes parcours, les mêmes points forts, les mêmes visions quelque fois, mais c’est justement de cette confrontation que naissent les plus belles réalisations.

    Commentaire par isabelle — mardi 6 juillet 2010 @ mardi 6 juillet 2010

  7. @ Isabelle,
    la polyvalence est une chose, à mesurer à l’aune des spécialités professionnelles : je note que vous mentionnez d’autres métiers (professions ?) dans l’équipe que vous animez : bibliothécaires, animations (animateurs ?). Mais j’ai du mal à voir ce que vous dénommez « généralistes » (vous ?).
    Une chose est de partager ou piloter un projet collectif, une autre est de revendiquer l’universalité des compétences. Sans ce recul préalable, attendez-vous à mobiliser toutes sortes de contrats temporaires, d’agents non formés, et le tout sans perspective de carrière dans leur engagement.
    Permettez-moi de souligner que je ne parlais pas de ‘généralistes’ (drôle de concept quand on ne s’inscrit pas dans un métier spécifique, comme les médecins du même nom), mais de polyvalence, concept redoutable dès que la structure atteint une certaine ampleur : de même qu’une bibliothèque occupant 50 agents ne peut penser son activité avec les seuls bibliothécaires, un centre culturel atteignant cette masse critique ne peut se contenter d’avoir recours à ce terme indéfini de ‘généraliste’.

    Commentaire par bcalenge — mardi 6 juillet 2010 @ mardi 6 juillet 2010

  8. Tout le monde ne semble pas parler de la même chose. Si vous situez le seuil de tolérance,(vous parlez de masse critique) si l’on peut dire, de la polyvalece à partir de 50 agents, les vraies petites équipes, de moins de 10 ou 15 professionnels (professionnels ou seulement salariés au fait, mais c’est un autre débat), incluant parfois des bénévoles ou des partenariats très interdépendants avec des structures associatives, ne peuvent pas suivre votre proposition-typologie.Pour nous, car, comme Isabelle, j’en suis,quand nous nous disons polyvalents ou généralistes, cela a un sens très précis au quotidien. C’est un enrichissement et une nécéssité. Entre autres domaines, cela touche aussi à la sectorisation, la hierarchisation des tâches,cohérence du projet d’équipe, c’est toute une organisation derrière.Une organisation où le spécialiste qui souhaiterait se cantonner à son domaine est plus un handicap qu’un atout.
    On pourrait poser la question à l’envers : à partir de combien de personnes peut on se permettre de « lâcher » la polyvalence (à services rendus, population desservie et structure égales)? Dans une équipe de généralistes, l’interdépendance des uns vis à vis des autres (compétences, savoir faire,provenance sociologique différentes etc…)est très forte.
    Un généraliste ne revendique pas « l’universalité des compétences » (qu’un spécialiste n’a pas non plus), il essaie simplement d’atteindre collectivement un niveau d’efficacité maximal, dans un domaine professionnel qui, nous le savons tous,recouvre de plus en plus de choses.
    Et pourquoi pas un diplômé en psycho pour aider une équipe à mieux appréhender cette notion « d’acteur du lien social » dont on parle tant ? Après tout…

    Commentaire par Loïc — vendredi 9 juillet 2010 @ vendredi 9 juillet 2010

  9. @ Loïc,

    Décidément, je n’aurais jamais du évoquer une question de masse critique en citant des images chiffrées ! Tout réside dans le projet spécifique de la bibliothèque (et de la collectivité que le bibliothécaire aura su convaincre ou qui lui aura prescrit une priorité).

    Simplement je sais par expérience que la seule animation d’un lieu de savoir ouvert à tous très libéralement dans une petite commune mobilise les énergies d’équipes nécessairement réduites : les compétences majeures et communes seront donc celles du « coeur de métier » de cette entreprise, même si les bibliothécaires – puisqu’il s’agit d’eux – auront alors à s’inventer animateurs, informaticiens, etc.

    Mais prenons un exemple imaginaire : un maire décide, dans sa commune restreinte, de jouer la carte du numérique à la bibliothèque, alors que l’équipe ne compte que 5 bibliothécaires polyvalents par nécessité. Il est prêt à investir de l’argent et un poste de plus. Quel poste choisir ? A prendre encore un bibliothécaire, on risque de dériver vers un renforcement des actions entreprises. Même si ce bibliothécaire a une culture numérique, il risque de se couler dans des raisonnements bibliothécaires. En osant aller recruter un informaticien à l’esprit large, curieux et cultivé, on provoque un dialogue, on échange avec une culture professionnelle différente, et on peut inventer des choses intéressantes. Pourvu qu’il soit clair que l’informaticien entre dans l’intention de service portée et affirmée par le bibliothécaire chef de service.

    Et ce raisonnement peut s’appliquer à tout type de métier. La vraie question n’est pas tant dans la polyvalence posée comme préalable, mais dans la définition des missions individuelles, source d’identité et de compétences reconnues. Après, la polyvalence intervient au gré de la vie et de ses contraintes, en travail d’équipe, avec toute sa richesse d’expériences nouvelles pour ceux qui l’assument…

    Cordialement,

    Commentaire par bcalenge — vendredi 9 juillet 2010 @ vendredi 9 juillet 2010

  10. « Mais prenons un exemple imaginaire : un maire décide, dans sa commune restreinte, de jouer la carte du numérique à la bibliothèque, alors que l’équipe ne compte que 5 bibliothécaires polyvalents par nécessité. Il est prêt à investir de l’argent et un poste de plus. Quel poste choisir ? »

    Animateur multimédia.

    Telle sera la réponse. 🙂

    Pour la masse critique, je pense que l’on porte à faux.
    Ce n’est pas tant le nombre que les compétences personnelles de chacun qui interviennent.

    Un bibliothécaire qui n’est pas polyvalent en informatique (ou en transmission de savoir – informatique ou autre… nul ne peut s’inventer pédagogue) ne pourra pas répondre aux besoins des usagers.

    Même si ce bibliothécaire est excellent par ailleurs, on ne peut pas lui demander l’impossible.
    Soit de maîtriser ce qu’il déteste. (ou ce qu’il ne peut connaître, faute de temps à investir.)

    Plus les bibliothécaires sont nombreux dans une structure, plus certains peuvent se spécialiser dans leurs domaines de prédilection. (et y investir du temps)

    Et surtout plus on a de probabilités d’avoir des compétences doublées (possédées par plus d’une personne), ce qui évite la fermeture de « service » en cas de départ du bibliothécaire « polyvalent dans ce domaine », ou simplement en cas de maladie ou de congés.

    Car, que se passe-t-il dans l’exemple imaginaire ?
    On ouvre un service numérique. Et l’animateur multimédia est malade… ou part en congé.

    Si on n’a pas un bibliothécaire polyvalent, même avec moins de connaissances dans le domaine, le service est arrêté, faute de ressources humaines.

    Cette situation est vérifiée dans les grandes bibliothèques. (Le conservateur n’est pas là, personne ne poursuit son service de validation des demandes 😉 )

    La polyvalence, c’est aussi de la complémentarité.
    Et la capacité d’assurer un minimum de service dans plusieurs domaines.
    (exemple : changer une ampoule ! :o) ou plus anodin rebrancher les câbles d’un ordinateur, relancer une douchette qui ne s’est pas initialisée, etc.)

    Cette complémentarité (polyvalence ,) est absolument nécessaire dans les petites/moyennes structures, où on ne peut pas dire longtemps : attendez le retour de mon/ma collègue… dans trois semaines !

    Je sais bien que pour un conservateur d’une grosse bibliothèque (très attaché à définir le coeur métier), le propos de la polyvalence est quelque peu irritant.
    Mais que je sache, un conservateur est sans aucun doute capable de tenir une banque de prêt ou de couvrir un livre, ou de savoir répondre aux doléances d’un usager (en retard pour de bonnes raisons)… bref de couvrir tout le spectre d’activité de la bibliothèque. Hors spécialités propres à des métiers spécifiques.

    Encore que nous savons lire et chercher de l’information : ce qui ouvre à la polyvalence.
    La polyvalence pratique est peut-être plus délicate à appliquer, mais on en est capable… en attendant l’arrivée d’un spécialiste, ou au moins pour les premiers « secours ».

    D’un spécialiste. Si on peut se le payer ! question de budget.
    Et là, en petite structure, on n’a pas le choix. Cette acquisition de « spécialiste », pour une durée temporaire, se réalise au détriment d’autre chose.

    Alors oui, je maintiens ma position de polyvalent. Non pas par ambition, mais bel et bien par obligation.

    Maintenant, si on m’envoie des spécialistes dans certains domaines, ou si je peux leur renvoyer les usagers demandeurs de ces spécialités, c’est aussitôt fait !
    Parce que je suis polyvalent et non poly-expert.

    Et je l’avoue, je ne cracherai pas sur un peu d’aide au niveau des acquisitions/conseils aux lecteurs de la part d’experts du coeur métier ! 🙂

    Si on peut vraiment parler d’un coeur métier, tel que défini :

    « Je radote une fois de plus : le métier de bibliothécaire, c’est de sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers. Point. »

    Parce qu’en changeant un seul mot. OUI, UN SEUL MOT, on obtient une définition terrifiante !

    « Je radote une fois de plus : le métier de GOOGLE, c’est de sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers. Point. »

    Et là, on se rend compte que la définition ne va pas… sinon plus personne ne viendrait en bibliothèque depuis l’avènement des moteurs de recherche.

    Autre point qui ne va pas, baser le métier de bibliothécaire sur les contenus, et sur les seuls contenus.

    La preuve irréfutable : pourquoi créer des points d’accès à Internet en bibliothèque dans ces conditions !?

    Pour l’accès à quels contenus ???
    Ceux de la bibliothèque ???

    – « Sans rire ? » 😉

    Sans oublier les séjourneurs, et les statistiques indiquant que les usagers ne mettent pas les contenus en première position.

    Alors, non, cette définition ne convient pas.
    Je suis désolé de le dire.

    Mais je commence à être long, et je vais cesser là pour aujourd’hui.

    Bien cordialement
    B. Majour

    Commentaire par B. Majour — dimanche 11 juillet 2010 @ dimanche 11 juillet 2010

  11. @ Bernerd Majour,

    Sur le premier point, vous sous-estimez la compétence et les atouts d’un espace numérique. S’il ne s’agit que de prendre des rendez-vous pour que les visiteurs occupent des postes, un bibliothécaire peut le faire. Ou devrait pouvoir, e n’est malheureusement pas évident. S’il s’agit d’organiser ateliers de formation ou de création, je crois en avoir vu assez pour affirmer que c’est un vrai métier, et l’animateur est largement légitime. Donc, bien sûr et heureusement, l’animateur multimédia prendra des vacances (ou malheureusement tombera malade) : rien n’empêche de maintenir l’accès aux postes réservés sur rendez-vous. L’animation et la formation en souffriront, mais … Le bibliothécaire, palliant à l’absence de son collègue animateur, n’en acquiert pas les compétences. ou du moins pas plus que l’animateur qui, rencontrant un visiteur égaré et l’orientant vers les bons rayons ou lui débrouille son chemin, n’acquiert des compétences bibliothécaires…

    Venons-en au second point, en l’occurrence votre évocation de Google. Puis-je vous suggérer de remplacer aussi dans ma citation votre Google par ‘la télévision’ ?! Mais bien sûr qu’éditeurs, libraires, bibliothécaires et opérateurs de recherche partagent le commun intérêt de brasser des contenus ! Mais pour qui et pour quoi faire ? Google cherche une rentabilité publicitaire mondiale, les bibliothèques visent un service à une communauté donnée. Je soutiens mordicus que le coeur de notre métier réside dans le savoir au service d’une population, et en particulier Internet fait partie de ces services. J’ai trop étudié les publics de nos bibliothèques pour laisser croire que Google (moteur de recherche) ou McDonald (et ses accès wifi) représentent le même enjeu pour nos publics, enfin ceux que nous voudrions servir. Un utilisateur d’Internet n’accède-t-il pas à des contenus ? N’organisons-nous pas cet accès ? Ne pouvons-nous imaginer de les y accompagner ? Tiens, je reviens à ce fameux animateur numérique, membre éminent de la communauté professionnelle des bibliothèques…

    Cordialement,

    Commentaire par bcalenge — dimanche 11 juillet 2010 @ dimanche 11 juillet 2010

  12. @Bertrand

    Je sous-estime les atouts d’un espace numérique ?

    Que non pas. 🙂

    Pour avoir suivi les formations Sapiens dans ma région, je sais très bien ce que peut apporter un espace numérique.

    Je sais aussi qu’on peut en ouvrir sans aucune bibliothèque autour.
    Et si on mêle les deux, c’est pour obtenir une synergie entre deux courants d’intérêts.
    (Cependant, pour les contenus, on en est tout de même assez loin… et les bibliothécaires sont encore très orientés supports physiques. Mais c’est une autre histoire.)

    L’animateur multimédia, bien sûr que c’est un vrai métier.
    Comme celui de formateur (je peux le confirmer ;-)… oui, l’informatique mène aussi à la polyvalence pour les esprits curieux.)

    « Le bibliothécaire, palliant à l’absence de son collègue animateur, n’en acquiert pas les compétences. »

    C’était effectivement une question de la formation Sapiens :
    – Dans une petite structure, comment assurer la base de cette formation (vers les usagers) ?

    Pour certains bibliothécaires, le veto a été immédiat : ce n’est pas mon métier.
    Mais pour bien d’autres, il n’y avait pas incompatibilité.

    Bien sûr, ça oblige à se former – un peu.
    A se dépatouiller – pas mal.
    (Et à réfléchir à ce qui est produit comme contenu ! à comment le mettre en valeur, etc.)

    Ce qui nous amène assez loin de la sélection, pure et dure, de contenus.
    A moins que le bibliothécaire ne soit un contenu par lui-même.

    Second point.

    Changeons Google par télévision (pour ma part, j’ai aussi envisagé, Roi/Reine, et journaliste)

    « Je radote une fois de plus : le métier de la télévision, c’est de sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers. Point. »

    Bien sûr, la définition fonctionne aussi, même si j’ai plutôt lu que le métier de la télévision, c’était d’obtenir du temps de cerveau libre pour la publicité.

    « Comment TF1 vend du temps de cerveau disponible »
    http://www.observatoire-medias.info/article.php3?id_article=442

    Comme la télévision diminue de plus en plus en qualité, comme en intérêt auprès des jeunes générations, changeons directement télévision par Internet

    « Je radote une fois de plus : le métier d’Internet, c’est de sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers. Point. »

    Qui fonctionne aussi bien.
    Bref, une définition fourre-tout. (qui peut servir à tout le monde, en changeant un seul mot ? sic !)

    Et qui ne prend pas en compte les spécificités du métier de bibliothécaire.
    Ni les chartes émises par la profession.
    Charte des bibliothèques : Article 3, Article 7.

    Oui, car c’est bien là ce qui nous différencie des autres professions.

    Autre point qui me semble capital, et capital oublié, dans cette définition : le public ! (public rejeté loin dans la définition.)

    Ce qui m’a incité à les réécrire aussitôt comme suit :
    « Je radote une fois de plus : en réponse à une demande, le métier de bibliothécaire, c’est de sélectionner des contenus – voire les produire parfois – , les structurer, en garantir une pérennité raisonnée, en construire la mise en contexte auprès de publics définis et en assurer la médiation auprès de ces derniers. Point. »

    A se demander même si le métier de bibliothécaire, ce n’est pas de répondre aux besoins (ponctuels ?) des usagers, par le biais de collections, ou par le biais d’accès, toujours dans un esprit démocratique et ouvert. Sans aucun sous-entendu manipulateur ou marchand.

    Oui, voilà ce que m’évoque les questions posées dans votre réponse au second point.
    « Mais pour qui et pour quoi faire ? »
    Google cherche une rentabilité publicitaire mondiale, les bibliothèques visent un service à une communauté donnée.

    => les bibliothèques… mais quel service ? dans quels cadres et quelles bornes ?

    Je soutiens mordicus que le coeur de notre métier réside dans le savoir au service d’une population, et en particulier Internet fait partie de ces services.

    Un utilisateur d’Internet n’accède-t-il pas à des contenus ?

    Il accède à des contenus, qui ne sont pas les nôtres. (donc, les contenus ne sont plus, ne seront plus d’ici peu de temps au coeur du métier. Nous n’en aurons plus la maîtrise, et nous ne l’avons déjà plus.)

    N’organisons-nous pas cet accès ?
    Organiser l’accès
    (je note et souligne le mot organiser)
    « Mais pour qui et pour quoi faire ? »
    Et l’accès vers quoi ?

    « Ne pouvons-nous imaginer de les y accompagner ? Tiens, je reviens à ce fameux animateur numérique, membre éminent de la communauté professionnelle des bibliothèques… »

    Tout à fait, enlevons le support physique, dépouillons nous des collections (même numériques).
    Cela nous met-il à nu ou à mal ?
    Serions-nous incapable d’exercer notre métier ?

    Enlevons les os et cherchons vraiment le coeur :
    « Ne pouvons-nous imaginer de les y accompagner ? »

    Voilà qui me paraît plus proche du coeur métier, tel que je le ressens et le vis tous les jours.

    Bien cordialement
    B. Majour

    P.S. : « Tiens, je reviens à ce fameux animateur numérique, membre éminent de la communauté professionnelle des bibliothèques… »

    Plus amusant : il n’est pas formé par le monde des bibliothèques. Significatif ?

    Commentaire par B. Majour — lundi 12 juillet 2010 @ lundi 12 juillet 2010

  13. La polyvalence n’est pas la compétence,encore moins l’expertise, c’est la capacité à acquérir un savoir minimal permettant effectivement de ne pas laisser le guichet vide. Nous venons de recruter un animateur multimédia (de niveau 1 en informatique)pour « tenir » le secteur. Sa mission comporte une partie pédagogique consistant à nous enseigner le minimum nécéssaire au fonctionnement de l’espace multimedia. En retour nous nous appliquons à lui apprendre à choisir et cataloguer les documents de type DVD et CDROM, et bientôt à les acquérir. Mais nous avons fait un choix, car il n’etait pas question d’embaucher « en plus » un animateur multimedia, mais suite au départ d’un « généraliste », de choisir un poste plus spécialisé. Bernard Majour fait sans doute semblant de s’illusionner, pour les besoins de la démonstration, sur la générosité des décideurs. Si à chaque service nouveau un tant soit peu spécialisé, devait correspondre une embauche nouvelle, ça se saurait…

    Mais justement, que sommes nous en train de fabriquer de nouveau avec ce recrutement? Rien. Rien d’autre que de perpétuer cette situation de polyvalence, nécéssaire. Que sera devenu notre animateur multimedia dans quelques années ? Un polyvalent, ou un généraliste, comme vous voulez. Et le reste de l’équipe en saura un tout petit peu plus en informatique. C’est tout.
    La limite d’expertise des petites structures est fixée très justement par B. Majour : développer une compémentarité minimale (et « les premiers secours ») pour ne pas arriver à dire « attendez le retour de mon/ma collègue… dans trois semaines « . Assurer à tout prix la pérennité du service. Et là il s’agit davantage d’accueil que de niveau d’expertise.

    A ce jeu là, nous nous rapprochons dangereusement de ces grosses structures qui , pour faire face à des hausses, parfois inconsidérées, des heures d’ouverture, n’hesitent pas à recruter des vacataires, contractuels, voires bénévoles, pour « tenir la permanence »; Quid du service rendu ?

    Cet interessant débat où les concepts d’expertise, de complementarité, de polyvalence, de généraliste, se mêlent allègrement au fil du discours, me laisse un goût un peu amer dans la bouche : Tout comme on peut remplacer bibliothécaire par Google (ou télévision, c’est vrai), j’ai parfois l’impression que l’on n’ose pas prononcer le mot : amateur, dilettante. Au fond, si l’on nous enlève nos faux-savoirs (Dewey, Rameau, Unimarc),notre jargon,nos incompétences manageriales et nos faiblesses administratives et budgétaires (je ne parle même pas du prestige, il y a longtemps qu’il a fait ses valises ), que reste t-il de nous, pauvres généralistes, pauvres contorsionnistes, noyés dans un quotidien de tripoteurs de l’urgence ?

    En insistant sur des notions comme la qualité de l’accueil, le lien social, la mediation, notre capacité à nous glisser dans tous les rôles, nous déplaçons insidieusement le « coeur de métier » vers des concepts finalement très généralistes. A notre portée.

    Comment s’etonner alors que nous y mettions notre fierté ?

    Commentaire par Loïc — mercredi 14 juillet 2010 @ mercredi 14 juillet 2010


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