Bertrand Calenge : carnet de notes

samedi 31 octobre 2009

Transmettre…

Filed under: Non classé — bcalenge @ samedi 31 octobre 2009
Tags: ,

Un coup de gueule de Michel Piquet, en commentaire d’un billet du bibliobsédé, pose quelques vraies questions : le terme de médiation n’est-il pas galvaudé (ce dernier supposant l’indépendance d’un intermédiaire commis au sein d’un conflit), et surtout le talent de transmission réclamé du bibliothécaire impose-t-il que ce dernier soit plus expert que son interlocuteur-client dans les contenus qu’il transmet ? Bon, d’accord, je schématise, mais si je comprends bien, la question posée par Michel Piquet interpelle à la fois le flou conceptuel de termes largement utilisés (jusqu’à parler de médiation 2.0…) et la nature même du statut d’intermédiaire qu’a le bibliothécaire.

L’imprécation étymologique envers l’usage « dévoyé »  d’un terme particulier ne m’émeut guère. Je n’éprouve par exemple aucun remords à transformer le sens social et vécu du ‘bibliothécaire’ pour en donner une autre définition que ‘le préposé à la garde de l’armoire aux livres’. Encore faut-il, et là je suis d’accord avec M.P., que la définition nouvelle soit rigoureusement étayée et repose sur un concept solide. Or je reconnais que l’invocation de la « médiation » est tout sauf rigoureuse. Non pour les raisons étymologiques invoquées, mais parce que  le terme évoque un vague entre-deux et surtout suppose, dans l’acception commune, un « médiateur » qui sait et un « médié » qui – le malheureux ! –  ignore…  Pourtant j’ai rarement entendu un bibliothécaire en université parler de ce type de médiation dans ses relations avec les enseignants-chercheurs ! Serait-ce réservé à la lecture publique ? Cela signifierait que les bibliothécaires-médiateurs y sont plus savants que leurs publics… ou du moins d’une bonne partie d’entre eux. Et vis-à-vis des usagers qui en savent plus que le bibliothécaire en face de lui (et ils sont légion !), de quel type de relation parle-t-on ?

Pour ma part, j’ai jusqu’à présent préféré le terme d’accompagnement à celui de médiation, justement pour reconnaitre la compétence – et non la soumission – de ‘mon’ usager interlocuteur : aider à trouver l’information idoine, ce n’est pas ‘savoir plus’, surtout si par exemple l’information requise concerne l’anatomie des poissons ou la chromatographie en phase gazeuse  (j’évoque ici quelques-unes de mes profondes limites cognitives…).

La neutralité du terme ‘accompagner’ est parfaite dans un monde stable, aux références établies et surtout partagées. J’aime bien l’idée de compagnonnage que ce terme sous-entend… Mais il est vrai que substituer ce terme d’accompagnement à celui de médiation ne règle rien, sinon évoquer une ambition qui se veut plus modeste et respectueuse de la diversité des publics.

Le problème, c’est que la pluralité des espaces de l’information et surtout la diversité des besoins, compétences et pratiques des personnes (bibliothécaires comme usagers) rend hasardeux le terme d’accompagnement, dans la mesure où il en rend indistinctes les différentes facettes.

L’expertise documentaire au service du public

La première de ces facettes, celle qui a provoqué le plus grand nombre d’écrits, concerne l’art de chercher face à une question documentaire. C’est là une compétence professionnelle à acquérir, maintenir et développer pour toutes celles ou ceux qui ont à affronter des questions d’ordre scolaire, pratique, professionnel ou scientifique. Certes, cet art de chercher ne peut se passer d’une réelle empathie avec le questionneur, mais il exige non seulement des apprentissages, mais également la confrontation réitérée à la diversité des questions. C’est un métier au sens le plus « dur » du terme…

C’est en même temps un accompagnement, car la mobilisation ‘recherchiste’ du bibliothécaire ne prétend aucunement maîtriser mieux que son client le champ des contenus au sein desquels il… cherche. Simplement, pour reprendre un vieil aphorisme, s’il ne connait pas la réponse, il sait où la trouver.

Au service de la découverte

La dimension professionnelle de cet ‘art de chercher’ m’a beaucoup fasciné, je le reconnais. mais le commentaire de Michel Piquet met le doigt sur une autre facette essentielle de la bibliothèque – au moins de lecture publique – : l’offre de la surprise, de la découverte. Le désir de surprise ne se limite pas à la découverte de romans ou de films, mais parcourt tous les types de documents. Et comme dans le cas précédent, c’est la position de l’usager, son intention, qui mobilisent bien d’autres compétences, et au premier chef l’art de séduire, d’attirer l’attention, d’exciter les papilles…

Il me semble que là, avant toute compétence strictement professionnelle, c’est effectivement – comme le souligne avec alacrité notre commentateur – une passion communicante qui est à l’œuvre : il faut convoquer ses propres intérêts, discuter avec le lecteur, laisser parler ses passions… La culture mobilisée n’est pas tant professionnelle que personnelle. Et, plus encore, le talent requis pour emporter l’intérêt tient de la connivence plutôt que de la connaissance.

Il est tout à fait juste de souligner, avec Michel Piquet (que décidément nous aurons suivi tout au long de ce billet), que la totalité des agents de la bibliothèque, quel que soit leur grade ou leur statut, peut intervenir dans ce dialogue humain de découverte et d’échange avec nos publics. Si par ailleurs je suis plus que sceptique sur la capacité de tout un chacun à « savoir chercher » – justement dans les domaines qui ne relèvent pas de la culture ou de l’intérêt personnels -, je devine qu’il est intéressant de creuser la nature des compétences à l’oeuvre dans cette proposition de découverte.

Transmettre ?

En effet on ne choisit pas ses publics – enfin le croit-on… -, et ceux qui viennent chercher une information précise sont – en bibliothèque publique au moins – sans doute moins nombreux que ceux qui sont demandeurs de découverte (du moins selon l’enquête du Credoc). Cette ambivalence oblige à questionner la fonction de la bibliothèque lorsqu’elle veut surprendre, faire découvrir. Et une idée me vient, somme toute très ancienne : et si nous ne faisions que transmettre ? Payés pour accumuler certes (une vieille fonction bien malmenée), mais surtout payés pour être curieux, attentifs aux textes, images et musiques. Et pour les faire partager à la communauté. Bref transmettre le savoir accumulé – en nos murs ou ailleurs -, le transmettre là où il est demandé et comme il est demandé.

Le stock nous échappe de plus en plus, Google en fait la démonstration quotidiennement. Mais la curiosité, l’écoute de la collectivité, le désir de transmettre et de partager nous demeurent sans concurrence publique. Et c’est cela au fond qui motive encore l’intérêt envers nos établissements. Pour répondre à cet appétit de découverte, il est indispensable de mobiliser l’ensemble de tous les agents, de toutes les curiosités, en dépit de tout statut (pourquoi d’ailleurs ne pas en outre convier la ‘société civile ‘ ?). Selon quels processus, quels talents, quelles compétences ? Le débat est ouvert…

Mais sans nul doute, parallèlement, en juste retour du statut spécifique des bibliothécaires et assimilés – au sens professionnel -, il est alors nécessaire de leur demander d’exercer complémentairement et expertement cet ‘art de chercher’  devenu si sophistiqué.

Non ?

Advertisements

8 commentaires »

  1. Nous serons d’accord sur l’ambiguïté du mot et sur la difficulté d’en trouver un nouveau. Mon billet d’aujourd’hui t’intéressera de ce point de vue : http://www.bibliobsession.net/2009/11/03/non-lecture-des-bibliothecaires/

    Commentaire par bibliobsession — mardi 3 novembre 2009 @ mardi 3 novembre 2009

  2. Si nous ne faisons « que » transmettre, cela me suffit déjà !
    De fait il me semble que la transmission est une opération longue, verticale et à travers les générations. Est-ce que c’est le biblithécaire qui transmet, ou est-ce l’institution bibliothèque ? Si c’est une question de personnes alors on ne peut ne nier qu’au moment précis du contact, dans ce qu’il a de plus physique et pratique, entre le bibliothécaire et son public, on est forcément non pas dans un passage d’information qui relève de la transmission, mais de la communication. Le bibliothécaire est alors au point d’articulation entre la transmission de l’institution à la personne (et du passé au présent), et la communication de la personne à la personne (dans le présent le plus instantané).
    Je ne sais pas si ça relève de la médiation, mais la transmission y joue un rôle certain.

    Commentaire par Sören — dimanche 22 novembre 2009 @ dimanche 22 novembre 2009

  3. Bonjour,

    Sans vouloir réouvrir la « boîte à gifles » -si touchante à sa manière, et pas seulement « à bout touchant »-, et tout en maintenant la réalité d’une exploitation arriviste de la médiation, je souhaite revenir sur le sujet pour tenter une définition sans coup de gueule.
    (sans illusion non plus, toutefois. On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Je ne suis pas venu dans les bibliothèques pour me faire des amis,et/ou pour vendre les petits de mon chat sur biblio.fr
    Mais revenons à nos moutons.

    Le médiateur, au fond, c’est l’Ecole. L’Ecole dont le Jacotot de J. Rancière a fourni la démonstration expérimentale (Le Maître ignorant)… c’est la démonstration par le fait que l’Ecole ne touche pas au contenu (pas vraiment, seulement par accident). Le propre de l’Ecole, c’est la sélection par le savoir, ce n’est pas la production d’un savoir. Jacotot fut efficace dans la mesure même où il enseigna une langue qu’il ne connaissait pas, dont il se fichait même éperdument : en tant que médiateur, il fut lui-même « sa » méthode (un certain usage du livre) On pourrait d’ailleurs parfaitement imaginer qu’il ait contrôlé l’observance de cette méthode par les « élèves » (ce qui aurait impliqué « sélection » → médiation). Bref, il a été l’enseignant par excellence. Le médiateur par excellence.
    La médiation, c’est aussi le facteur, le préposé qui apporte le courrier sans l’ouvrir … Ce qu’il y a de plus médiateur dans un travail de médiation, c’est ce qu’il y a de moins chargé en contenu (du genre : « bonjour ; comment allez-vous ? », etc.).
    L’intellectuel, c’est autre chose –et peu importe ici que la confusion se soit solidement instaurée entre intellectuel et enseignant . L’intellectuel baigne, au contraire, dans le contenu, dont il n’est pas nécessairement le médiateur (et cette contingence, est essentielle). Il y a évidemment des pédagogues qui sont des intellectuels ! comme il y a des préposés-facteurs qui écrivent des lettres. Mais c’est en dehors de leur temps de travail. Car tendanciellement, la règle générale est bel et bien que le travail de médiation-enseignement consiste en une autre tâche que le travail de production d’un contenu, et que la capacité d’accomplir l’un n’est pas nécessairement liée au talent que requiert la réalisation de l’autre .

    La médiologie s’intéresse à l’impact sur une culture des vecteurs matériels et techniques de sa transmission.(et c’est superbe). S’il est vrai que les bibliothèques (le codex, le mobilier, la mise en plage, les accessoires etc. ont joué un rôle dans la transmission (comme toute l’ergonomie), cela ne touchait pas au contenu. C’est le non contenu : le retour à la « leçon de choses » de l’Ecole. La « médiologie » fait comme si c’était le préposé-facteur qui écrivait (tout ou presque tout) le courrier qu’il transporte. (Cela s’est vu, mais c’était chez les fous).
    Dans tout cela, les bibliothécaires sont du côté des contenus, de l’intellectuel, de l’« intelligentsia » (même s’ils n’en sont que le bas-clergé). Ou plutôt ils en ont la vocation. Ils ne sont pas plus du côté de la transmission ou de la médiation que Leibniz à la Wolfenbüttel -tout irénique qu’il était-, ou Lucien Herr rue d’Ulm qui savait ce qu’il faisait en achetant et cataloguant le premier les œuvres de Marx. Car la « transmission » de la connaissance n’est pas « nécessairement critique » (B. Calenge, op. cit. p. 55)) : le facteur ne transmet-il pas tout : même les lettres du « corbeau » ?
    Les bibliothécaires, par la diffusion du savoir qu’ils possèdent ou devraient posséder, par sa propagation « gratuite », « sabotent » le projet nécessairement sélectif de l’école . Ce « sabotage » jouant un rôle acculturant de premier ordre. Car l’efficacité culturelle d’un enseignant tient, à la proximité d’une bonne bibliothèque, d’un musée, d’un théâtre, d’une salle de cinéma, etc. : lieu commun. Mais toutes ces choses ne sont pas seulement « ressources documentaires »-relais pour ses élèves. Ce sont des relais culturels parce qu’ils sont détachés de toute logique de médiation/sélection. Parce qu’ils sont saturés de contenu avec accès non sélectif (grandeur de l’accès libre), démocratiques . Le maître Jacotot (de Rancière) ne peut pas enseigner sans le livre (de Fénelon).
    Ils remontent la pente que l’école tend sans cesse à descendre. C’est une compétence de contenu qu’on attend d’eux. Ils ne sauraient donc se présenter comme médiateurs.

    Au reste,désormais, le bibliothécaire ne peut s’en tenir que de plus en plus difficilement à son vénérable parti-pris de « neutralité » intellectuelle dans l’aide aux usagers.
    Ce repli devient chaque jour moins tenable dans la situation qui est la nôtre d’une prolifération des contenus et des usagers internautes s’y « investissant ».
    La médiation numérique c’est d’ailleurs, à certains égards une sorte d’aveu que, depuis belle lurette, on faisait « du contenu » dans les bibliothèques mais sans le dire. En s’abritant frileusement, qui derrière sa « charte documentaire », qui derrière son « thésaurus » de vedettes matière : supposés garde-fou contre les excès de « subjectivité » dans le choix ou le catalogage.
    Au lieu de reconnaître que notre métier et la déontologie qui suit de sa définition l’imposent de très longue date, on semble résigné à une sorte de compromis mal taillé. On peut bien, en haut lieu, réserver aux bibliothécaires improvisés bureaucrates les bonnes places des concours et les joies de l’avancement en grade. Cela ne doit pas laisser croire que l’abstention intellectuelle contribuera à remédier au déficit de gestion proprement administrative auquel certains bureaux attribuent toutes les tribulations des institutions culturelles publiques. Le culte mystificateur de la médiation ne se pratique pas au profit de l’apparition d’un corps de managers des bibliothèques.Il joue, à l’inverse, en faveur de la consécration d’un statu quo vermoulu: le bibliothécaire ignorant.

    Cette abstinence intellectuelle a un impact très concret.
    Par exemple, au quotidien, elle tend à aggraver les effets du principal défaut d’une Google : son « panurgisme » ». Prendre la médiation à la lettre, c’est inciter le bibliothécaire de base à une activité de « constatateur » de la sélection statistique « googléenne », sans pouvoir d’objecter sur le contenu.
    Sélection statistique évidemment plus décisive que jamais pour la diffusion et l’audience d’un document –au point qu’elle peut être modifiée contre argent comptant, comme nul ne l’ignore.
    M. B. Racine (Google et le nouveau monde), nous n’accusons pas le logiciel du moteur de recherche de substituer la mise en valeur statistique à un classement scientifique des connaissances connu seulement d’une élite, car celui-ci est en effet un mythe.
    En revanche, la bibliothéconomie la plus rudimentaire lui reproche de produire de fait un classement encore plus arbitraire, puisque statistique. Au détriment non des érudits, mais des opinions minoritaires, autres,nouvelles, classées comme déviantes, voire « hérétiques ». Et au profit du conformisme épais du « plus consulté ». De la chape de plomb de la censure par la crédulité : peut-être la pire, car la moins consciente d’elle-même. Celle-là même des libraires médiocres, avec leur rayon « nos meilleures ventes », incapables qu’ils sont de conseiller individuellement leurs clients. Celle qu’un bibliothécaire se doit de connaître et de faire repérer à son public afin que celui-ci puisse s’en détacher .

    Les contenus : seul antidote à la dérive googléenne : c’est le fameux avertissement affiché ces temps-ci dans plusieurs bibliothèques américaines : « Attention ! tout n’est pas dans Internet » .

    POST SCRIPTUM

    à la mémoire de Jules Vallès

    Sur l’utopie de l’enseignant chercheur

    « Le professeur fait respecter une loi clairement établie mais injuste, arbitraire et mutilante. Défense de collaborer, défense de bouger, défense de créer. Et là, l’Ecole est toute puissante. Tous les adultes approuvent la loi de l’Ecole et la considèrent comme excellente. Contre cette unanimité, rien à faire : on est impuissant.
    Et puis, au-delà des professeurs, il y a l’Administration, qui « fait passer » ou redoubler, qui renvoie, et derrière qui, bien souvent, tel ou tel professeur s’abrite : les « professeurs-forts-et-justes » s’emploient en réalité à imposer une toute puissance injuste, celle de l’Administration .
    Que le professeur reprend bien à son compte : il enseigne la raison, l’esprit critique, la méthode expérimentale, mais sa parole à lui est vraie de droit divin et il y faut croire .
    Devenu adolescent, l’élève peut faire d’autres observations : le professeur est un adulte qui a choisi de régner sur un peuple objectivement faible, et, soutenu par la mère Administration, il est sûr de gagner dans tout conflit avec ses sujets ; il règne à bon compte !
    C’est un adulte qui travaille seul, il n’a jamais à se confronter à ses pairs, il échappe aux rivalités, aux luttes où l’on risque d’être vaincu. Fonctionnaire, inamovible, il est assuré jusqu’à la fin de ses jours, et la progression de son niveau de vie est fixée et prévisible à quelques mois et quelques euros près.
    Bref, si c’est un père, c’est un père faible et pusillanime ! Alors, d’un côté, incarnation des valeurs et de l’autre timoré et se garantissant contre tout imprévu ?
    La contradiction n‘est qu’apparente. L’imprévu, l’imprévisible, qu’il soit catastrophe ou « heureux événement », c’est bien l’arbitraire et la toute-puissance de la mère, de l’imago maternelle. La surabondance de précautions que prend le professeur pour se garantir de l’imprévu et du risque a le même sens que son surinvestissement des valeurs paternelles. Mais, du coup, il se coupe des sources de l’inspiration, de son Moi idéal. Et c’est pourquoi le professeur parle de l’Art et parle de la Science mais ne crée pas lui-même et ne tolère pas que l’on crée sous lui ! Il n’est pas une mère qui nourrit ses enfants de sa propre substance : il est un distributeur de biberons préfabriqués… et stérilisés ! L’élève créateur, si l’Ecole ne le stérilise pas, devra créer hors de l’école. » (P. R .)

    Commentaire par michel piquet — mercredi 7 juillet 2010 @ mercredi 7 juillet 2010

  4. @ Michel Piquet,
    Ne le prenez pas mal, Michel Piquet, mais j’adore vos coups de gueule, comme je l’avais montré en écrivant un billet à partir de l’un d’entre eux.

    Mais là, j’ai du mal à vous suivre . Vous critiquez justement le panurgisme intellectuel, mais en même temps vous dissertez sur le « médiateur-facteur » qui ne se préoccupe pas du texte transmis. De deux choses l’une, ou nous revendiquons d’offrir une perspective critique sur le monde, ou nous nous soumettons à la fonction de facteur (par ailleurs parfaitement honorable).

    Le terme de médiation est, je vous le concède et l’ai souvent affirmé, extrêmement ambigü. Mais la médiologie, justement, montre à la suite de McLuhan que le message tient – en partie – dans le medium. Et si une partie du message tenait dans la façon dont il est proposé ? La question n’est pas tant de critiquer ce que vous appelez un panurgisme que de prendre conscience que les modalités matérielles, procédurales et humaines qui président à la transmission jouent un rôle majeur dans l’appréhension du contenu transmis. Et c’est une réalité que ne peuvent ignorer les bibliothécaires.

    Et puis vraiment, la référence au « facteur-médiateur » est une plaisanterie, j’espère : la plus grande des bibliothèques ne dispose pas de plus de 5 % du savoir documenté, et sa collection résulte de multiples canaux de sélection (volontaires ou fruit des hasards historiques). Le facteur sélectionnerait-il le courrier qu’il a mission d’acheminer ?

    Cordialement et brièvement,

    Commentaire par bcalenge — mercredi 7 juillet 2010 @ mercredi 7 juillet 2010

  5. C’était après Mâcon, faubourg de Villeurbanne.
    La guimbarde d’un élève-bibliothécaire croisait plein nord. Avec quelque chose de déterminé. Voire de définitif.Un observateur vigilant de cette scène poignante -mais pourquoi y en aurait-il eu?- en aurait trouvé quelque confirmation en voyant insolite des feuilles multicolores qui s’échappaient du coffre défaillant de cet automobiliste un peu douteux.Car ce qui se dispersait ainsi sans compter sur la Bourgogne, aimable terroir, ce n’était pas moins de vingt kilogs de polycopiés. Et qui recèlaient le commentaire juxtalinéaire, obligatoire et annoté de « Pour comprendre les medias ». Le malheureux, accroché à son volant comme à une bouée, le pied au plancher,n’osait se retourner. C’est qu’il s’évadait là de quelque chose comme un sale rêve ou un mauvais coup. Celui d’une empoignade avec un maître-collègue d’élite assez frénétiquement « moderne » -(quoique bien mûr) pour lui soutenir que la Déclaration des droits de l’homme n’avait pas même contenu, même « sens » sur le mur de la mairie et sur l’écran du computeur (sic)

    30 ans après…
    Le malheureux est toujours là, la nuque encore plus raide, face aux macluhâneries.Tant la vieillesse est un naufrage.
    Car chapeau bas! Vous m’avez démasqué, M. Calenge! Eh bien oui! j’appartiens au clan -discret mauis prometteur- des adversaires congénitaux du rusé fumeux de Toronto. Oui, résolument, nous ne croyons pas, nous, un mot de l’association naturelle éternelle et intangible du medium et du message, de la forme et du sens. Et plus que jamais peut-être avec le numérique: Comme l’écrit Arsène, membre éminent de notre confrérie, avec le numérique, « justement, plus ca va, et plus le contenu est capable de prendre la forme que l’utilisateur souhaitera lui donner. On perd immédiatement ce qui fondait la logique même de Mac Luhan ».

    Il y aurait beaucoup à dire aussi sur la filiation Mac Luhan–> médiologie Régis Debray:restons en là…

    Au reste, Mac luhan devrait être protégé des macluhaniens de bibliothèque, qui ont fait de sa « doctrine » psalmodiée ad nauseam un verrou idéologique qui a bloqué des années durant la réflexion bibliothéconomique dans des clichés d’une pesante niaiserie.Et dans un auto dénigrement désespérant (mais gardez-le pour vous: je suis menacé)

    D’ailleurs le grand maître n’a pas écrit que des fadaises; j’ouvre au hasard: « le chemin de fer a créé de nouvelles formes de villes…indépendamment des marchandises qu’il transportait… »
    Vous savez qu’il commence à me plaire votre…Mac qui? au fait Mac quoi?

    S’agissant du facteur, il y a maldonne!
    Bien sûr qu’il ne sélectionne pas, puisqu’il est médiateur.
    Et bien sûr que le bibliothécaire en sa bibliothèque sélectionne, puisqu’il n’est pas médiateur.
    Je ne vois pas ce que je peux ajouter.
    Sinon qu’en traitant de médiateur un postier comme je le fais d’un professeur, d’un diplomate, ou d’un cheminot,je ne porte aucune atteinte à la dignité du premier… ou des autres

    Nota: En tous temps, quand Anastasie cherche un censeur, elle ne demande pas à tous ces gens-là:elle choisit toujours le bibliothécaire… pour « s’occuper » du contenu.

    Encore une fois, j’ai été long, (un peu « piqué » sans doute, au dire d’un de nos plus onéreux et ingénieux thérapeutes) .
    Mais c’est votre faute, aussi!
    Votre site -le seul auquel je participe désormais-,pose des questions graves quoique courtes…

    Avec ma respectueuse gratitude
    Michel piquet

    Commentaire par piquet — jeudi 8 juillet 2010 @ jeudi 8 juillet 2010

  6. @ Michel Piquet,

    Trois petits points en rebond à votre commentaire :
    – oui, il y a une vraie réflexion à conduire sur les propositions de Mc Luhan dans notre drôle de monde, mais mon incise n’avait pas prétendu aborder ce point autrement que, justement, incidemment ;
    – je n’ai au grand jamais voulu dénigrer le facteur, et le hasard de mon expérience m’a montré combien, dans certaines zones rurales reculées, ce facteur pouvait justement être ce lien que nous ne savons souvent proposer que dans nos murs ;
    – j’avoue surtout n’avoir pas compris votre premier paragraphe. J’en saisis bien quelques allusions biographiques (la vôtre ? la mienne ?), mais je ne saisis pas le sens de votre référence à la Déclaration des droits de l’homme. En ce qui me concerne, je n’ai jamais prétendu – je pense – invalider la force symbolique d’un texte fondateur, mais je soutiens (sans être « médiologue ») que les bibliothécaires ont fonction de transmettre et accompagner, et que l’appareil de transmission (support inclus, mais aussi dialogue, disposition, etc.) joue un rôle essentiel dans la perception et l’appropriation par les destinataires. Bref, si les bibliothécaires n’agissent pas – heureusement – sur la matière textuelle, sa force et sa richesse, ils peuvent avoir un rôle éminent dans la construction du contexte de son appropriation. Un bien long débat…

    Cordialement,

    Commentaire par bcalenge — jeudi 8 juillet 2010 @ jeudi 8 juillet 2010

  7. Bonjour,

    -Vos remarques m’ont beaucoup intéressé

    -j’avais bien vu que, au contraire, vous preniez la défense du facteur

    -L’affirmation d’un(e)néo « macluhanien(ne) » sur la Déclaration, moi non plus, je n’y ai rien compris en ce temps-là; (d’autant qu’elle nous fut assenéee sans susciter la plus petite objection… c’était effarant!)

    -Je ne me serais jamais permis une allusion biographique qui n’aurait pas été autobiographique! En outre, comme nos chemins ne se sont jamais croisés, il était exclu que cette triviale saynète ait pu faire allusion à votre personne.

    Et maintenant, je me tais
    « Les vaincus doivent se taire, comme les graines » (Saint Ex)

    Fidèlement,votre lecteur
    Piquet

    Commentaire par piquet — vendredi 9 juillet 2010 @ vendredi 9 juillet 2010

  8. Une remarque en passant:

    En tâchant de cerner ce qu’est la médiation et ce qu’elle n’est pas, il ne s’agit pas pour moi, en effet, d’en rappeler l’étymologie.
    Il s’agit plutôt d’interroger après description, ce qui, sous ce nom, est reçu et surtout pratiqué à une époque déterminée: la nôtre. D’interroger la cohérence de cet usage -histoire de s’entendre.
    User du Larousse, pas du Trésor de la langue française.
    Si je rappelle à un collègue que son « bureau » n’est pas fait pour qu’il y pose les pieds, je ne lui reproche pas d’enfreindre par ce comportement l’étymologie du mot « bureau » . Il y a détournement parce que le « bureau » du bibliothécaire français n’est pas le « bureau » du shérif américain dans un western de J. Ford.
    Voilà qui ne contrevient guère à l’arbitraire du signe et ne dépasse les frontières du synchronique.
    Par le terme « médiation », on pourra bien désigner un jour ou l’autre n’importe quoi: il faudra toujours se mettre d’accord.

    Commentaire par piquet — lundi 25 octobre 2010 @ lundi 25 octobre 2010


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :