Bertrand Calenge : carnet de notes

vendredi 24 avril 2009

A partir d’une idée comme ça : et si on louait les best-sellers ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ vendredi 24 avril 2009
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Une bibliothèque peut – doit ? – multiplier ses services en fonction des besoins de sa population. Parmi ceux-ci, les services numériques ont la part belle dans les ‘biblioblogs’ (normal : ceux qui tiennent les dits blogs sont plutôt experts en ce domaine), même si quelques-uns, ici ou , se hasardent à témoigner d’un quotidien professionnel beaucoup moins marqué par l’innovation technologico-servuctive (pardon pour le néologisme). Oublions un instant cet impératif de la médiation numérique, et revenons à la quotidienneté des établissements avec leurs publics bien réels…

De l’emprunt comme facteur effectif de l’activité des bibliothèques publiques

Dans un dernier billet, j’évoquais le service du prêt, soulignant qu’il était indispensable pour ce service spécifique de tenir compte des premiers visés, les emprunteurs et leur appétence. Étant entendu bien sûr que par ailleurs les participants à une conférence, les visiteurs d’une exposition, les demandeurs d’emploi ayant à rédiger leur CV ou les collégiens en mal de documentation pour leur exposé nécessitent  par ailleurs d’autres processus de service. Ce service du prêt, si négligé dans les ‘biblioblogs’ déjà cités, représente à la fois la plus grosse charge de travail des bibliothèques publiques d’aujourd’hui (équipement, prêt, retour, rangement, etc.) et la demande la plus pressante des utilisateurs qui se pressent à nos portes (au moins celle qui s’exprime la plus spontanément et la plus… énergiquement). Sans compter que la question des prêts reste, pour les élus, un indicateur majeur de l’activité (pardon à la BPI !).
Quand à Lyon on prête près de 3,5 millions de documents par an, et qu’on évalue les charges logistiques qui en découlent à tous niveaux (transactions, manipulations, navette, réglages informatiques, gestion des conflits, adéquation de l’offre à la demande, etc.), on ne peut qu’être sidéré : je parie – évaluation au doigt mouillé – que largement plus de 50 % du temps de travail général y est directement consacré ! Cela ne signifie pas, je le répète, qu’il ne faille pas développer de nouvelles formes d’accompagnement, numériques ou présentielles. Mais les faits et les publics sont têtus : le prêt reste – encore – à la fois un argument majeur de notre attractivité et une part importante de notre activité…

Pour continuer à être utiles demain, et donc à exister encore, il faudra sans nul doute inventer de nouvelles formes de rencontres avec nos publics. Mais l’époque actuelle nous apprend surtout à devoir distinguer les objectifs et circuits des services mis en œuvre. Si on parle du service du prêt, on parle des emprunteurs, de leurs demandes, de leurs pratiques.

La demande, la demande, vous dis-je !….

Comme je le rappelais dans le billet signalé plus haut, un taux de rotation fournit une activité générale d’un segment de collection pris dans son ensemble  – donc d’une activité de prêt globalisée. En revanche, il ne fournit  aucune indication sur la pression possible de la demande sur un titre spécifique. Si on analyse cette activité et cette pression, non globalement mais titre à titre, le paysage change. Certains titres ne sont guère empruntés (mais peut-être sont-ils utiles en consultation ?), d’autres connaissent un succès d’emprunt modéré… et quelques-uns sont soumis à une pression gigantesque de la demande d’emprunt. Ce sont souvent des romans ou des essais médiatiques : pour l’anecdote, et j’espère ne pas trahir un secret d’État, la trilogie Millenium a connu à Lyon plus de 850 réservations sur l’année 2008 ! Quant à promouvoir un titre via Internet, l’opération n’est pas sans risque : créer un buzz autour d’un titre confidentiel, c’est génial, mais comment la bibliothèque peut-elle répondre à une demande massive sur ce titre (demande au fond légitime, puisque c’est elle qui a lancé le buzz) si elle n’en possède qu’un ou deux exemplaires ?

Certes, un titre spécialisé peut connaître un vrai succès auprès de spécialistes (on connait le cas pour des manuels de logiciels hyper-pointus… et très coûteux), mais cette demande reste, du point de vue de la masse des demandes, minoritaire. Ma question porte sur la pression massive.

Louer des best-sellers ?

Si une bibliothèque poursuit une politique d’acquisition cohérente, qui laisse sa place à la demande (par exemple achat en 2 exemplaires d’un titre populaire), que peut-elle faire quand la demande pressante excède ses capacités financières ? Céder à cette demande, c’est renoncer à proposer un panorama mûrement pesé de la production. Refuser l’écoute de cette demande, c’est s’exposer à recevoir les récriminations des plus fidèles visiteurs voire à leur renoncement. Coincés ?

Les bibliothèques publiques du Québec (voyez ici, ou – juste à titre d’exemples, il y en a des centaines, comme le relevait Réjean Savard – et d’autres aux États-Unis, et m’a-on dit aux Pays-Bas ou en Allemagne) ont envisagé la question sous un angle rationnel : oui, on achète les best-sellers (à la fois parce qu’ils représentent une image actuelle du monde d’aujourd’hui et parce qu’ils sont demandés), mais si la demande devient excessive on refuse de consacrer les deniers publics à l’appétit de quelques centaines de consommateurs avides, pour ne pas déséquilibrer la collection compte tenu des moyens consentis.

Alors, pour ces amateurs forcenés (et souvent pressés), on propose un deal : la bibliothèque achète selon sa politique d’acquisition X exemplaires du titre et les intègre à sa collection aux conditions normales d’accès et d’emprunt. Si vous êtes si pressés, la bibliothèque en achète XXX exemplaires en plus, et  vous pouvez les louer à un prix modique (2 à 5 €). Ces titres ne font pas partie de la collection, ils sont la réponse à votre demande urgente. D’ailleurs, lorsqu’ils seront en fin de vie, et de succès, on les soldera auprès des amateurs. Et les ressources tirées des locations et de la vente finale permettront de réalimenter ce stock à usage urgent, voire pourquoi pas de contribuer à enrichir l’offre documentaire pérenne de la bibliothèque.

L’offre réfléchie des bibliothécaires n’est pas remise en cause. En fait, on répond aux ‘maniaques’ (que je respecte : j’en suis un parfois moi-même), avec un service qui s’auto-alimente financièrement, les recettes des locations et des ventes en fin de vie équilibrant le renouvellement des best-sellers, qui ne sont d’ailleurs pas si nombreux en termes de titres.

Objections ?

Objections, Votre Honneur (ou Monsieur le Président, pour ne pas verser dans les séries américaines…) :

Première objection : on pervertit la constitution réfléchie de la collection
Si le budget d’acquisition était piloté par la seule demande, l’objection serait  recevable. Dans mon hypothèse, on privilégie au contraire la réflexion à moyen et long terme, en dérivant les exigences les plus présentes vers un ‘budget annexe’ alimenté par les plus exigeants. Bien entendu, un tel dispositif exige des contraintes, par exemple qu’un titre ‘loué en best-seller’ ne puisse être acquis que si la bibliothèque en a déjà acquis X exemplaires pour un prêt régulier, selon les modalités ordinaires de prêt. Pour ceux qui veulent débattre plus avant de l’offre et de la demande, voyez ici et par exemple.

Deuxième objection : on crée une bibliothèque à deux vitesses
Deux vitesses ? On voit tout de suite l’interrogation : certains pourront, moyennant finances, obtenir rapidement un titre qu’autrement ils auraient attendu plusieurs mois. Ce serait de l’inéquité ! L’objection a déjà été lancée à Victoriaville au Québec (ici), mais la réponse en commentaire du directeur des services culturels de Victoriaville mérite d’être citée :

« La collection documentaire d’une bibliothèque vise à répondre à la majorité des besoins de lecture d’une population. Les acquisitions sont équilibrées, tout en tenant compte de la popularité d’un titre, qui sera acquis à un plus grand nombre d’exemplaires, afin de répondre à la demande. D’ailleurs, le nombre de personnes qui réservent un titre est l’indicateur le plus fiable. La bibliothèque achète un exemplaire supplémentaire dès que le nombre de réservations du titre atteint dix. Il y a donc un plus grand nombre d’exemplaires sur les rayons pour l’emprunt régulier de livres.
La location des «titres à succès ou best sellers» est une formule qui vise à permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder simultanément à la lecture du roman de l’heure. Pour une somme minime, 3 $ en passant, le lecteur peut obtenir le roman plus rapidement. Retenons que le titre populaire a une durée de vie assez courte. En effet, plusieurs veulent le lire dès sa sortie et après quelques mois, la demande pour le titre baisse significativement, étant déjà remplacée par un autre titre qui vient de sortir. C’est ainsi, que plus de personnes, vraiment plus de personnes, peuvent lire le roman fraîchement publié, pratiquement dès sa sortie. Pas mal, non !
De plus, cette formule est répandue dans les bibliothèques publiques du Québec.
En résumé :
1. un roman populaire est toujours disponible pour l’emprunt régulier ;
2. selon la demande, nous ajoutons des exemplaires destinés à l’emprunt régulier ;
3. la location répond à un besoin momentanée d’un grand nombre de personnes à lire le roman fraîchement éditée ;
4. la location permet de désengorger la file d’attente à l’emprunt régulier sur un titre populaire, donc plus de personnes peuvent emprunter le livre, et ce, plus rapidement encore ;
5. la mesure est économique autant pour la bibliothèque que pour l’usager ;
6. et, la bibliothèque est satisfaite de cette mesure, par la popularité qu’elle suscite. »

Troisième objection :  On risque de dériver vers une organisation de services à la demande

L’argument est loin d’être passéiste ou rétrograde. Il est vrai que la bibliothèque constitue fonctionnellement un service collectif  d’accompagnement (par ses financements, sa tutelle et ses publics destinataires) des populations d’une collectivité particulière. C’est sa différence profonde d’avec les services marchands : nous n’avons pas à construire notre créneau en fonction d’un service ou d’un produit, mais nous devons inventer les services et produits qui nous permettront de mieux servir un public prédéterminé, celui pour lequel nous sommes payés, bref les citoyens de notre collectivité.
Les services à la demande ont ceci de redoutable qu’en parcellisant les demandes et les services, ils tendent nécessairement à isoler chaque prestation pour en identifier les destinataires et leurs besoins. En soi, ce peut être une bonne chose (un cadre passionné de musique alternative n’a ni les mêmes demandes ni les mêmes pratiques ni les mêmes moyens qu’un chômeur en fin de droits cherchant à établir son CV dans un espace numérique).

Identifier les demandes et les demandeurs (ou plutôt les besoins) est très intéressant. Mais ce doit être conduit bien sûr en conservant en règle de conduite l’intérêt général d’une population,  donc d’un équilibre politique envers les besoins de toutes ses composantes. Simultanément au sein d’un même établissement – et selon des priorités dictées par le contexte local – on agira dans de multiples directions, ici la médiation auprès de publics isolés, là un programme culturel ambitieux, là encore une entreprise de médiation numérique, là enfin – revenons à notre propos – le service adapté aux emprunteurs avides…Donc prière de ne pas prendre cela comme une lubie – ou une idée géniale, j’aimerais mieux !-, mais comme une piste possible dans un éventail d’opportunités.

Quatrième objection : on a le droit ?

Désaffecter des documents, cela relève de l’autorité locale. Après avoir cherché (mais je ne suis pas expert), je n’ai rien trouvé qui empêche la vente de documents non patrimoniaux en fin d’activité (sous réserve des arrêtés et procédures ad hoc), ni la location de certains livres (attention, pas les DVD, dont l’usage n’est possible en bibliothèque qu’aux fins de prêt ) : voir par exemple la loi sur le droit de prêt.
Et puis, au fond, la question du droit n’est-elle pas souvent l’ultime argument défensif ? Si la loi n’est pas élastique, son interprétation reste soumise à quelques impératifs fondamentaux, et pour les institutions publiques celle de vérifier notamment l’égalité d’accès : bien distinguée financièrement, cette hypothétique offre de « best-sellers supplémentaires en location » peut-elle être considérée comme un « coeur » du service public, ou comme une activité facilitatrice accessoire ? La réponse n’est sans doute pas dans les grands principes, mais dans l’organisation générale de la bibliothèque.

Mais la vraie question ici c’est : qu’en pensez-vous ?

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12 commentaires »

  1. Ce service ressemblerait beaucoup, pour l’usager, à certaines pratiques sur E-bay ou PriceMinister : acheter un livre 20 euros, le lire et le revendre peu après 15 à 18 euros.
    Ce qui me gêne surtout, c’est la lisibilité du service pour l’usager : en effet selon les best-sellers, ce ne sera pas les mêmes lecteurs qui seront concernés, donc il n’y aura que peu d’habitués du service. Comment rendre admissible auprès des éternels nouveaux arrivants que pour certains livres, ils doivent payer un supplément ?
    Cela dit ce problème n’en est peut-être pas un, puisque le service existe ailleurs (et je suppose qu’il est rôdé) ?

    Commentaire par Lully — vendredi 24 avril 2009 @ vendredi 24 avril 2009

  2. Merci pour ce très intéressant article, Monsieur le Président. 😉

    J’ai une objection et une remarque. L’objection est organisationnelle : gérer un tel service implique une gestion matérielle des transactions qui me semble à l’exact opposé des arguments en faveur de la gratuité d’accès des bibliothèques. http://www.bibliobsession.net/2008/01/15/pourquoi-les-bibliotheques-doivent-etre-gratuites-demonstration/

    Autrement dit une bibliothèque se retrouve potentiellement avec des coûts des gestion important (temps de travail pour les transactions, celui passé au trésor public, achat du coffre-fort etc.) Alors on met en place un tel service : d’un côté on prône l’accès gratuit pour éviter les coûts de gestion et de l’autre on propose un service de location pour retrouver les même coûts de gestion ?

    La remarque : Si on met en place un tel service (attention, l’objection plus haut ne veut pas dire que je suis opposé, ni pour non plus, ce service de location : je m’interroge avec toi) pourquoi, au fond ne pas le réserver aussi à des « succès des bibliothèques » ? Les « succès constaté » (le best-of des prêts) ou alors les « succès suscités » par la bibliothèque : mettre en avant pendant un mois, par exemple 5 titres que l’on trouve particulièrement intéressants, voire qui font l’objet d’un accord avec un libraire/éditeur/média local ?

    Bon c’est une idée comme ça, mais ça aurait pour effet de mettre en évidence l’impact des « succès de bibliothèques » et de pouvoir, comme tu le dis dans le billet répondre à la demande d’un titre que l’on se met à promouvoir auprès des usagers, on doit être capables de le fournir en un nombre d’exemplaires suffisant non ?

    A la fonction de prêt dont tu soulignes à juste titre l’importance pour la bibliothèques, s’ajoute peut-être, celle de « média local » pour la bibliothèque, au sens où une communication (ou alors un choix des lecteurs, issu d’un vote) bien faite sur des titres peut être entrainer une forte augmentation de la demande non ?

    Commentaire par bibliobsession — samedi 25 avril 2009 @ samedi 25 avril 2009

  3. @ Silvère bibliobsession :
    Deux réponses à tes judicieuses remarques :

    1 – le coût de gestion : un collègue avec lequel on discutait récemment de cette hypothèse soulignait qu’un tel système supposait que parallèlement l’emprunt soit gratuit pour tous, à la fois pour des questions de lisibilité et pour que les gens n’aient pas l’impression de payer deux fois (c’est ce que suggère Lully). C’est un argument de plus pour la gratuité dont tu parles. Quant aux coûts de gestion, je crois qu’il faut se mettre d’accord : le problème n’est pas tant de baisser les coûts de gestion que de les maîtriser dans le contexte d’une économie particulière. Si le paiement de faibles sommes génère des coûts de gestion, il faut d’une part mettre en place les outils ad hoc (carte bleue, paiement à des bornes qui désactivent automatiquement les RFID, etc.), et bien entendu ces coûts supplémentaires doivent être intégrés dans cette économie parallèle de location. L’objectif est bien sûr que ce service soit financièrement neutre pour la collectivité (encore qu’on puisse accepter un léger déficit si cette offre particulière joue son rôle de produit d’appel).

    2 – quels best-sellers ? D’accord avec ton analyse : pour moi les succès de bibliothèque font partie des best-sellers (ou plutôt chez nous des best-loaners). Mais j’insiste sur le fait que ce sont les emprunteurs qui, dans cette forme particulière de service, ont le dernier mot. Bien sûr, il faudra faire des paris : la promotion ou le buzz établi par la bibliothèque sur tel ou tel titre va-t-il marcher ? Court-on le risque d’acquérir quelques exemplaires de plus qui devront trouver leur équilibre budgétaire ? Dans ce cadre très particulier (qui n’est pas celui de l’ensemble de la collection, j’insiste là-dessus), on est un peu dans la position de l’éditeur qui fait des paris sur un titre. On a un avantage : on peut faire entrer dans le circuit les succès médiatiques affirmés.

    @ Lully
    D’accord sur la nécessité préalable d’un prêt ‘ordinaire’ gratuit (cf. ci-dessus). Quant au coût pratiqué par les canadiens, il ne dépasse pas les 3 dollars. Un roman prêté 8 fois à 3 euros couvre le coût d’achat (18 euros en moyenne), son équipement (4 euros environ) et les frais de gestion (2 euros ???). La lisibilité ne me parait pas en cause si la communication est bonne…

    Commentaire par bcalenge — samedi 25 avril 2009 @ samedi 25 avril 2009

  4. Petite remarque d’indécrottable geeko-biblioblog 😉 : on voit émerger des offres (je pense à Cyberlibris ou publie.net – le modèle est déjà connu en Bu, c’est celui de la documentation électronique) dans lesquelles la bibliothèque acquiert non pas des ouvrages, mais un accès à ces ouvrages (le modèle Numilog, lui positionné sur du prêt inspiré du modèle traditionnel, me semblant une fausse route).
    Dans ces offres, le problème ici fort justement soulevé ne se pose plus : une fois le ticket d’entrée payé (la bibliothèque paie tant pour tant d’accès simultanés, avec toujours une option « illimitée »), le nombre de lecteurs en train de lire le même ouvrage n’est plus vraiment limité, et la question du nombre d’exemplaires ne se pose plus (en fait, la question de l’emprunt saute, remplacée par celle de l’accès).
    Je suis absolument persuadé que ce modèle encore « marginal » va se développer à mesure que les outils de lecture électroniques deviendront confortables et communicants – j’en ai parlé chez moi avec cette idée de Bibliothèque in the Clouds.
    Cette évolution prévisible, il me semble, déplacera le problème : la question ne sera plus « combien me faut-il d’exemplaires de best-sellers » ou « comment me les procurer en restant dans les clous de mon budget », mais « comment faire pour extraire de ce flux et pousser vers les lecteurs autre chose que les best-sellers qui leur sont déjà largement ‘vendus’ par les médias ».
    Voilà. C’était le quart d’heure « les modèles documentation électronique vont sans doute se répandre en Bm et bouleverser la question des acquisitions et des politiques documentaires  » (une politique documentaire de flux, ça continue à me sembler très flou).

    Commentaire par dbourrion — dimanche 26 avril 2009 @ dimanche 26 avril 2009

  5. Bien, voilà une idée qui entraîne plusieurs questions.

    D’abord, précisons ce qui suit

    3$ CAN = 1.86 euros d’après le site http://www.fxtop.com

    Ensuite, sur le site de la médiathèque de Victoriaville : « Tout citoyen de la ville de Victoriaville peut obtenir gratuitement un abonnement donnant accès aux services offerts dans les bibliothèques de la ville. »

    Ce qui relativise, quand même, ce surcoût pour des best-sellers.
    On n’est pas sur un service payant en plus d’une cotisation payante.

    Ceci dit, je ne comprends pas bien comment fonctionne ce service. Aussi ai-je posé la question à la directrice de Victoriaville pour avoir plus d’information sur un tel système qui, à première vue, semble effectivement favoriser les gens aisés, au détriment des plus pauvres.

    Au moins en ce qui concerne les best-sellers.

    Comme il a été dit :
    Un best-seller n’est best-seller que sur une durée assez courte (six mois ?, et encore… d’après les libraires, c’est plutôt trois, puisqu’un clou chasse l’autre)

    Six mois = 24 semaines.
    Durée d’emprunt classique dans une bibliothèque : 3 semaines.
    24/3 = 8 lecteurs

    Si les lecteurs sont conscients que d’autres attendent, le taux de lecture du best-seller doit augmenter, et sans doute doubler sur cette période. Soit 16 lecteurs.

    A la réflexion, pour le système de location, juste et égalitaire, je conçois ce qui suit :

    A supposer 1 livre qui est acquis par la bibliothèque et qui devient/qui est best-seller.

    10 personnes s’inscrivent sur ce titre.
    Ce qui génère l’acquisition d’un deuxième exemplaire.

    Temps de lecture, 2 semaines.
    La personne 10, aurait eu le livre au bout de 20 semaines.
    Avec un deuxième titre, elle l’aura au bout de 10 semaines.

    C’est effectivement avantageux, pour elle, de mettre 3 $ pour diviser par deux son délai d’attente. Ceci même si elle ne passe pas devant tout le monde. (il y faut encore une mentalité particulièrement civique et collective)

    100 personnes.
    La personne 100 aurait eu le livre au bout de 100 *2 semaines
    Avec 11 exemplaires, elle l’obtiendra au bout de (100 / 11) * 2 semaines = 18 semaines.

    1000 ? 10 000 ?
    Les matheux pourront calculer que la limite de cette série est 10 * 2 semaines, quel que soit le nombre d’inscrits. Ce qui reste très tolérable pour un best-seller.

    Beaucoup moins lorsqu’il s’agit de mettre tous ces best-sellers en rayon. 🙂

    Ceci, si tous les gens décident de payer civiquement les 3 $.
    Car il faut quand même 10 personnes payantes pour acheter le nouveau document.

    Ce qui devient un effort d’achat collectif pour lire plus vite.

    Là, on peut se demander si un appel à don auprès de la population ne serait pas tout aussi efficace que cette gestion à 3 $.

    3 $ + coût d’encaissement (comme l’a précisé Bibliobsession), ce qui revient à beaucoup plus cher que 3 $ pour les gens qui veulent payer, et encore pour ceux qui ne le veulent pas.

    Alors qu’il est possible de pratiquer autrement.
    Appel à don sur des titres précis, ou préinscription sur un titre avant même sa sortie en librairie pour prévoir ses achats (s’il s’agit bien de satisfaire la population : sa demande de lecture.)

    Mais comme les fonds alloués aux bibliothèques ne sont pas extensibles, l’appel à don sur des titres best-sellers ne devrait pas être plus difficile que réclamer un 3$ collectif pour la location d’un livre.
    Dans les deux cas, on fait appel à la générosité de certains… sauf à fourvoyer la bibliothèque dans un système à deux vitesses.

    Je recommence encore à être long, aussi vais-je souligner ce qui m’intéresse dans ce post.

    – « La trilogie Millenium a connu à Lyon plus de 850 réservations sur l’année 2008 ! »

    Pour combien d’exemplaire acquis ?

    –  » D’ailleurs, lorsqu’ils seront en fin de vie, et de succès, on les soldera auprès des amateurs. »

    Hum, pour avoir vu l’état d’un livre après 10-20 lectures, je préfère les acheter sur les sites de revente ou d’échange lorsqu’ils sont annoncés TBE/Comme Neuf (Très bon Etat = 1 lecture soigneuse), au tiers de leur prix, voire encore plus bas quand c’est par lot.

    Donc, je ne compterais pas trop sur un « solde » important de livres très lus.

    Bibliobsession : « pourquoi, au fond ne pas le réserver aussi à des “succès des bibliothèques” ? »

    Il faut définir ce qu’est un best-seller.

    Définition proposée : en (pour une) bibliothèque, un best-seller est un best-demandé.
    (Avant ou après acquisition ?)

    Ce qui suppose la capacité de gérer ou canaliser cette demande, par l’OPAC, ou par un système adapté.
    Comment ce système est-il organisé dans les grandes bibliothèques ?

    Dans les petites, c’est le bibliothécaire qui sert de système, avec parfois un cahier.
    Un cahier, c’est difficile à gérer et pas très moderne pour une grande bibliothèque.
    Alors Quid du système ?

    Ou alors les réservations sont si faibles qu’il n’est pas intéressant de le développer ?

    Bien cordialement
    Bernard Majour

    Commentaire par B. Majour — dimanche 26 avril 2009 @ dimanche 26 avril 2009

  6. Il y a 18 ans, pas une minute, mais pas un siècle, Bertrand Calenge était président (et même président-fondateur) de l’Association des directeurs de Bibliothèques départementales de prêt. Le voici qui découvre le charme de Culture et Bibliothèques pour tous…
    Je passe sur les objections théoriques que l’on peut faire à la « proposition », même si Bertrand les cite, il fait semblant de ne pas les comprendre. Bertrand Calenge (probablement le même) a écrit des livres (voir leur liste sur le site de la Bibliothèque où il travaille : http://sbibbh.si.bm-lyon.fr/cgi-bin/bestn?id=&act=8&auto=0&nov=1&t0=bertrand+calenge&i0=1&s0=5&v0=0&v1=0&v2=0&v3=0&sy=0&ey=0&scr=1 ) dont certains expliquent que la définition de ce qu’on appelle couramment une politique documentaire doit tenir compte de l’environnement de la Bibliothèque… Voici qu’il suggère de faire un gros effort pour ne pas en tenir compte : on va continuer à acheter des « best-sellers » à prêter comme si le service de location qu’il imagine n’existait pas, bref, cette fois, la main gauche doit à tout prix ignorer ce que fait la droite… Il doit y avoir d’autres objections, mais on ne va pas refaire le monde ni les bibliothèques à propos de ce billet.
    Les objections pratico-financières ont déjà été soulevées. Le modèle CBPT fonctionne avec du personnel bénévole, des subventions publiques (qu’on ne doit pas oublier) et l’organisation comptable de petites associations… Alors, la réponse de Bertrand à « Silvère bibliobsession » relève de la magie plutôt que d’une réalité actuellement possible : l’automate qui prête gratuitement la plupart des ouvrages de la bibliothèque mais qui permet le paiement par carte bleue quand il reconnait un livre en location (et qui ne bloque pas quand soudain le lecteur qui se voit demander sa carte bleue abandonne la transaction) doit être financé… et amorti avant un nouveau changement technologique…
    Mais le pire, me semble-t-il, c’est pour les directeurs de bibliothèques de petites et moyennes collectivités qui vont expliquer à leur Maire que, oui la bibliothèque publique loue aussi des livres mais que c’est complètement différent de Culture et Bibliothèques pour tous, qu’il faut maintenir le budget de la Bibliothèque publique au nom des services publics qu’elle rend et qu’une association loueuse de livres ne saurait pas rendre, même si sa présidente est aussi celle de l’AAMMPSTCV (Association des Amis de Monsieur le Maire et de la Paroisse Sainte Thérèse du Centre Ville), et voici la réponse de Monsieur le Maire : sans donner tout de suite la gestion complète de la bibliothèque à cette association (après une mise en concurrence, si vous voulez qu’on respecte toutes les règles), peut-être pourrait-on dans un premier temps offrir à CBPT de gérer ce nouveau service que vous proposez, Monsieur le Conservateur, le hall de la Bibliothèque est assez grand…
    Je ne continue pas ce roman, mais si je l’ai commencé, c’est que je soupçonne l’auteur de ce blog de confondre ici la réflexion bibliothéconomique avec son gout pour la science-fiction. Si, une fois passée l’excitation de l’écriture, il se retournait la question « et vous, qu’en pensez-vous ? », que se dirait-il in petto ? En tout cas, je l’invite à écrire de la SF, je suis sûr qu’il le ferait avec beaucoup de talent et d’allégresse.

    Commentaire par Colvert — lundi 27 avril 2009 @ lundi 27 avril 2009

  7. @ Colvert :

    Merci pour cet utile rappel à l’ordre, ou plutôt à l’environnement. Je reconnais m’être situé, pour ce billet, dans un environnement où la bibliothèque publique est une réalité reconnue par les décideurs (ce qui semble être le cas au Québec, non ?), et non dans ces petites communes où la conviction de sa nécessité reste à construire. Donc, mea culpa sur ce point, d’autant que j’ai eu assez à batailler avec des maires concernant CBPT.

    Néanmoins, la pratique québecoise reste intéressante, car elle situe d’emblée l’économie générale de la bibliothèque – fondée sur l’exigence d’un service public – dans la réalité complexe des demandes et besoins d’une population très diverse. Il me semble que la leçon peut en être tirée sinon pour les communes où la bibliothèque peine à se voir reconnaître, du moins pour celles qui, à peu près assurées de leur légitimité, veulent imaginer des façons de répondre à cette diversité des demandes. C’est bien là, me semble-t-il, tenir compte de l’environnement.

    Quant à dire que le service est sans intérêt pour une bibliothèque publique établie parce qu’il existe déjà des organismes loueurs comme CBPT, c’est là un mauvais procès : ou bien la bibliothèque se considère comme un service interstitiel (elle fait seulement ce que d’autres ne font pas déjà), ce qui me semble une vision étriquée du service public, ou bien elle propose une gamme étendue de services qu’elle articule les uns aux autres en direction d’une population diverse. Le tout est de conserver cette ambition ‘globale’ : et l’idée que je soumets au débat s’inscrit bien comme un mini-service nécessairement complémentaire de l’offre et des services beaucoup plus larges qu’offre (devrait offrir ?) toute bibliothèque ! Ce service complémentaire génèrerait des flux supplémentaires pour les autres services, ce qui n’est pas rien, sans rien enlever aux autres services !

    Alors, c’est peut-être de la SF… Mais les blogs ne sont-ils pas un lieu de SF ? Au moins, on peut entendre les réactions, provoquer le débat, et tout compte fait ce peut être constructif, non ?

    Commentaire par bcalenge — lundi 27 avril 2009 @ lundi 27 avril 2009

  8. Il me semble louable de vouloir être au plus proche de la demande (ce qui me semble nécessaire : l’idée que nous nous faisons des publics évolue moins vite que les publics eux-mêmes). Restons donc à l’écoute de nos usagers et de leurs besoins !

    Cela dit, l’idée pose deux questions ?
    – Une bibliothèque doit-elle coller son rythme d’acquisition au rythme de la librairie ? Un usager qui paye peut-il coucher devant la porte de la bibliothèque pour obtenir à minuit le nouvel Harry Potter ? (un brin excessif… mais je paye, j’y ai droit !). Donc, ne risquons-nous pas d’adopter la temporalité de la librairie, avec ces forces et ses faiblesses ?

    – dans la volonté de démocratisation culturelle (jolie expression !) qui nous anime tous… Ne risque t-on pas une rupture d’égalité du service ? Plus riches, mieux servis… Je sais c’est déjà le cas, c’est pour ça que je milite pour la gratuité.
    En ce sens, la réponse du directeur des services culturels de Victoriaville me semblerait vraiment pertinente s’il pouvait démontrer qu’en mettant en place ce service pour certains usagers il servait réellement le plus grand nombre.

    Que la bibliothèque ne soit pas un service « interstitiel » me semble une saine idée (c’est sans doute pour cela qu’une réflexion plus globale est nécessaire autour des services payants), je ne suis pourtant pas certain que cette idée de location simplifie la vision que les usagers peuvent avoir de missions et de nos objectifs…

    Commentaire par Arnaud Saez — mardi 28 avril 2009 @ mardi 28 avril 2009

  9. « Refuser l’écoute de cette demande, c’est s’exposer à recevoir les récriminations des plus fidèles visiteurs voire à leur renoncement » = tant mieux.

    Aimable

    Commentaire par aimable — mercredi 29 avril 2009 @ mercredi 29 avril 2009

  10. Objection également pour les raisons énoncées plus haut, plus celle ci : la bibliothèque n’a pas à se substituer au secteur privé représenté par les librairies. Les deux sont complémentaires.
    L’observation des bibliothèques de Montreal et Quebec démontre une approche différente de leurs homologues françaises : règlements beaucoup plus rigides, location payante de best sellers, réservations souvent payantes, disques compacts (quant il y en a) souvent en location payante… Je ne suis pas sur ce système rencontrerait un succès unanime auprès des usagers (mais qui sait).

    Commentaire par Discobloguons — dimanche 10 mai 2009 @ dimanche 10 mai 2009

  11. Bonjour Bertrand.

    D’accord pour ne pas oublier le rôle central du prêt (si j’ose dire !).

    Mais d’abord un commentaire incident sur cette phrase :
    « Quant à promouvoir un titre via Internet, l’opération n’est pas sans risque : créer un buzz autour d’un titre confidentiel, c’est génial, mais comment la bibliothèque peut-elle répondre à une demande massive sur ce titre (demande au fond légitime, puisque c’est elle qui a lancé le buzz) si elle n’en possède qu’un ou deux exemplaires ? »
    Je considère pour ma part que le rôle de popularisation d’auteurs, de titres, de genre, doit être déconnecté du service de prêt. Si nous avons contribué à faire connaître un titre et que cela conduit des gens à l’emprunter ailleurs ou à l’acheter, tant mieux. Sinon, on ne peut rien populariser, coincés que nous sommes par la rareté des exemplaires. J’aime bien par ailleurs cette idée que la bibliothèque peut faire acheter des livres (ou des périodiques, des disques, des vidéos…).

    Ma réponse à l’idée de louer des best-sellers est dans le même ordre d’idée. Je ne suis sensible à aucune (absolument aucune) des objections que tu soulèves toi-même. Je pense simplement que louer des livres serait une concurrence déloyale vis-à-vis de la librairie et de l’édition. On sait à quel point le fait de vendre beaucoup d’un titre aide l’édition à prendre des risques, et la librairie à tenir.

    Et, même si la concurrence était marginale, je pense que cela donnerait un signe fâcheux à nos partenaires de la chaîne du livre. Pour moi une politique publique du livre tien compte de la lecture publique, mais aussi de l’édition et de la librairie. Nos collègues nord-américaines ne sont sans doute pas sensibles à cet aspect des choses.

    Je vois une autre objection : l’atteinte au principe de gratuité, avec les risques que signale Colvert à propos de Culture et bibliothèque pour tout : nous ne louons pas (je me souvient que les premières discothèques de prêt dans les années 1970, reposaient sur la location, et je suis heureux qu’on en soit sorti).

    Commentaire par Dominique Lahary — mardi 26 mai 2009 @ mardi 26 mai 2009

  12. @ Dominique L. ,

    Merci pour tes commentaires. Tout à fait d’accord avec le fait que le buzz que nous pouvons créer autour d’un titre ne vise pas seulement à faire accroître les prêts, mais à faire connaître un texte, une musique ou un film ; c’est même un argument qui a guidé la promotion de titres à Lyon via Points d’actu.

    La question de la concurrence avec la librairie (ne parlons pas des disquaires, les malheureux ont tant souffert qu’ils ont presque disparu de nos régions) me laisse plus sceptique. Elle laisserait penser que : 1) la paix avec les libraires tiendrait aux faibles moyens déployés par les bibliothèques (bref nous vivrions sur une économie non de la rareté… mais de la pauvreté); 2) la démarche d’achat en librairie serait identique à celle de l’emprunt en bibliothèque. Or il m’a semblé constater que l’achat correspondait à une appropriation individuelle puissante dans nombre de cas ; 3) la démarche d’emprunt serait substitutive de l’achat, ce qui n’a pas été démontré dans les études de l’Observatoire de l’économie du Livre.

    L’évocation des premières discothèques publiques qui louaient les disques (il en existe encore, si, si !!) possède son revers dont beaucoup de bibliothèques municipales ont souffert : « non, il ne faut pas prêter de cassettes vidéo ou de DVD, ça va faire du tort aux boutiques de location » ont dit nombre d’élus. Alors on n’ouvrait pas d’espace cinéma dans les bibliothèques…

    En définitive, mon ballon d’essai (comme le souligne le titre) permet, me semble-t-il, de bien mettre en évidence une culture française de la bibliothèque publique profondément ancrée sur l’égalité. Je ne suis néanmoins pas certain que cette exigence honorable tienne toujours compte simultanément des deux bouts de la chaine humaine de nos publics potentiels : ceux qui ne viennent pas à la bibliothèque et supposeraient pour être servis une refonte complète de nos organisations, et ceux qui y viennent volontiers et en attendent encore plus. Mon billet de ce jour ne concernait que les seconds. Ils n’en sont pas plus anodins.
    Mais ce n’était, je le répète, qu’ « une idée comme ça » !

    Commentaire par bcalenge — jeudi 28 mai 2009 @ jeudi 28 mai 2009


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