Bertrand Calenge : carnet de notes

mercredi 22 avril 2009

Prêts et indicateurs : taux de fonds actif, taux de disponibilité utile, etc.

Filed under: Non classé — bcalenge @ mercredi 22 avril 2009
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Ça y est, j’ai enfin achevé depuis quelques semaines la fastidieuse collecte des données statistiques requises par nos différentes tutelles. Fastidieuse par sa réitération, mais parfois passionnante par les analyses qu’elles permettent de conduire, surtout quand un collègue intrigué par une donnée vous interroge sur sa signification. Et, même si d’autres mesures ou études questionnent naturellement les professionnels, c’est souvent autour des emprunteurs et des prêts que tournent les interrogations.
En outre, j’ai noté que mon billet très technique sur les taux de rotation avait intéressé beaucoup de gens.
Alors, je vais m'(vous) offrir une pause méthodologique sur deux ou trois analyses intéressantes concernant les prêts, part la plus visible (et la plus éprouvante) dans notre activité, et en particulier cette fois-ci sur l’efficience des services rendus (point d’ailleurs pas du tout abordé dans les rapports statistiques destinés au ministère). On accroche la ceinture, et on y va !

Taux de fonds actif

Les taux de rotation permettent, sur une collection ou un segment de collection, de connaître son succès global. Mais, même très élevé, il ne garantit pas un égal succès à tous les exemplaires proposés à l’emprunt : les best-loaners peuvent masquer l' »inactivité » de nombre de titres. Par exemple, si 100 titres sont proposés et qu’on constate 500 prêts, on aura un taux de rotation de 5. Mais si, sur ces mêmes 100 titres, 50 ont été empruntés 10 fois chacun et 50 autres jamais, on aura encore un taux de rotation de 5 (si si ! relisez ! ça fait 500 prêts pour un volume global de 100 titres !)… sauf que la moitié de la collection n’aura pas trouvé son public – au moins d’emprunteurs – et que l’autre moitié aura été largement exploitée. Il est donc plus qu’utile de disposer d’une extraction qui ne repère que les exemplaires réellement empruntés au cours d’une année, et de confronter le résultat aux exemplaires disponibles à l’emprunt.

Taux de disponibilité utile

Dans la même démarche, intéressons-nous à la réalité du fonds tel qu’il peut être perçu par un emprunteur potentiel à un instant T : certes,on peut espérer qu’il aura à sa disposition un certain nombre de documents sur les étagères, mais présentant quel intérêt ? Sans vouloir qualifier la foule des emprunteurs de moutons de Panurge, force est de constater que rares sont les intérêts extra-ordinaires : comme l’expliquait un certain Morse aux Etats-Unis, plus un livre est emprunté, plus il a des chances de l’être (et la proposition inverse est également vraie). Or le libre accès, dont l’espace est compté, est ordinairement destiné aux documents qui ont la plus grande probabilité d’usage et donc d’emprunt (ce constat ne retire aucune valeur aux documents plus confidentiels, rangés eux en magasins). Il est donc intéressant de vérifier l’intérêt potentiel que peut présenter un rayon pour un utilisateur lambda. Pour cela, il faut disposer d’une photographie du rayon à un instant T (à Lyon, c’est le 31 décembre) : un certain nombre de documents sont alors absents car empruntés, mais ceux qui restent peuvent être répartis en 2 catégories, celle des documents qui ont connu au moins un emprunt dans l’année (et donc susceptibles d’en connaître au moins un autre), et celle des documents n’ayant pas connu un seul emprunt (ne sont-ils pas là pour « meubler », telles les bibliothèques au mètre autrefois affectionnées par les notaires de province ?). Il suffit d’effectuer un petit calcul simple : fonds théoriquement disponible (sur catalogue), moins titres empruntés (donc indisponibles), et moins titres jamais empruntés (donc potentiellement inintéressants) = l’offre documentaire active réellement proposée au visiteur. Rapporté en pourcentage sur le fonds théoriquement disponible, cela produit un taux de disponibilité utile. Faites l’expérience, ce peut être instructif : un segment de collection en libre accès qui s’enorgueillit de ses 1 000 volumes peut très bien ne comprendre que 10 à 15 % de titres potentiellement disponibles… ET utiles au public visiteur.

Analyse des réservations

Votre bibliothèque autorise les réservations en ligne ? Voilà un outil d’évaluation intéressant. On peut exporter une liste de toutes les notices et exemplaires qui ont connu une réservation au moins sur les 12 mois précédents, et l’ordonner par nombre de réservations sur le titre ou – en particulier pour les établissements multi-sites – par exemplaires localisés. On imagine que le résultat viendra conforter les best-sellers ? Ce n’est que partiellement exact : certes, si on aborde la question sous l’angle du nombre absolu de réservations par titre – sans tenir compte du nombre d’exemplaires disponibles de ce titre -, on retrouve effectivement en majorité des best-sellers (à Lyon, la trilogie Millenium bat tous les records, à juste titre si je suis mon avis de lecteur de base). La performance peut encourager à multiplier – en nombre raisonnable – les rachats d’exemplaires supplémentaires. Mais plus intéressant encore est le nombre de réservations par exemplaire, notamment dans le cas où le dit exemplaire est singulièrement solitaire dans la collection : je constate que, dans nombre de cas, la demande porte sur des titres a priori très pointus (manuels d’informatique spécialisés notamment) et maigrement acquis… Alors je m’interroge : si les best-sellers – en général littéraires – méritent d’être acquis en exemplaires multiples au vu de ces réservations, la même exigence ne saurait-elle s’appliquer à des titres moins médiatiques – et donc acquis en moindre nombre, quoi qu’en disent les tenants de « l’exigence culturelle » – ? Ne peut-on ‘déclencher’ l’acquisition d’un exemplaire supplémentaire dès que le nombre de réservations atteint un certain seuil, même pour un ouvrage technique ?

Tenir compte du public ?

On aura noté que mes trois exemples posent les pratiques et demandes des emprunteurs au cœur de l’analyse. Certains jugeront futile voire démagogique cet intérêt pour leurs demandes, et on me balancera peut-être encore l’absurde dichotomie entre la part de l’offre et celle de la demande. Sauf que l’organisation même de la collection et des agents autour des fonctions de prêt place de fait les emprunteurs au cœur de ce type de service (attention, je n’ai pas dit de toute la bibliothèque !). En clair, si une part de l’organisation bibliothécaire s’oriente vers le prêt, cette part doit être jugée à l’aune des pratiques des emprunteurs (et je n’en ai évidemment qu’effleuré l’étude). On n’appliquera évidemment pas les mêmes critères aux services patrimoniaux, aux services de questions-réponses, aux offres de corpus numériques, aux appareils d’assistance pédagogique, etc. Mais si on parle prêt, on parle emprunteurs, et c’est des pratiques de ces derniers qu’il est question.

Il y a quelques années, à une époque où j’avais instauré la possibilité de demandes de titres même hors catalogue, j’avais argumenté auprès d’une collègue discothécaire (on disait comme ça à l’époque) : tout titre demandé plus de X fois devait être acquis et  fourni à ses demandeurs, quelle que soit sa ‘valeur’ aux yeux de la collègue en question. Folie, disait-elle : on va être débordé ! L’expérience fut tentée, avec des garde-fous élaborés (le nombre d’exemplaires racheté restant limité). Bilan : le poids financier des best-loaners ne dépassait pas 5 % des crédits ! Ce maigre investissement méritait-il une telle acrimonie ? Sûrement, non, mais encore fallait-il tenter l’expérience ; c’est une leçon que j’ai retenue : toujours essayer avant de pouvoir déclarer la validité ou l’impéritie d’une hypothèse de travail…

Quand on prête, on accepte aussi les règles du jeu des emprunteurs, quitte à en mesurer l’impact dans les budgets consentis. J’y reviendrai…

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3 commentaires »

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  2. […] un dernier billet, j’évoquais le service du prêt, soulignant qu’il était indispensable pour ce service […]

    Ping par A partir d’une idée comme ça : et si on louait les best-sellers ? « Bertrand Calenge : carnet de notes — vendredi 24 avril 2009 @ vendredi 24 avril 2009

  3. […] suisse du traitement des données : je parle ici du catalogue, mais j’ai évoqué ailleurs le traitement des réservations en cours, la gestion des plannings, les pointages de livraisons de libraire, comme j’aurais pu […]

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