Bertrand Calenge : carnet de notes

dimanche 4 janvier 2009

Du savoir inscrit au savoir construit

Filed under: Non classé — bcalenge @ dimanche 4 janvier 2009
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Les débats sur le choix de la numérisation des livres via des solutions concurrentes (ou parallèles) comme Hathi Trust, Google search books ou la BNUE s’égare volontiers dans les délires : soupçons d’hégémonie économique ou industrielle, jalousies nationales, anathèmes technologiques, damnations taxonomiques, etc. J’en ai déjà parlé lors d’un précédent billet.

Si notre rôle est de transmettre les richesses de nos rayonnages, il faut alors faire feu de tout bois, et recourir sans doute à la multitude des outils cités comme à bien d’autres outils : expositions, conférences, appareil éducatif, formation professionnelle, que sais-je encore ? Les bibliothèques sont un chainon dans cette suite de nécessités, dans laquelle la patrimonialité des données n’est pas l’élément le plus important (d’ailleurs, n’oublions jamais que nous ne sommes que des dépositaires et non des possédants : aucun des livres ou disques « vivants » que nous diffusons ne nous appartient -sauf le papier assemblé ou la galette de plastique), mais plutôt l’appropriation.

Ceci dit, les richesses documentaires des bibliothèques, pour les plus patrimoniales d’entre elles, appellent d’autres fonctions. Les rapports de voyage d’un botaniste du XVIIIe siècle n’appelleront pas sans doute l’intérêt du grand public, ni le terrier d’un domaine médiéval (sauf hasard…). L’essentiel de nos richesses patrimoniales, même et surtout libres de droits,  n’est pas appelée à connaître les « joies » (?) de la célébrité people, mais à faire avancer la connaissance. Qu’attend-on d’elles ?

On en attend de nouvelles productions positives pour l’époque contemporaine, telles des « nains sur les épaules des géants ». Autour de ces productions aujourd’hui numérisées, quelles forces est-on capable de mobiliser ? Ces forces existent non dans les bibliothèques elles-mêmes mais dans la ‘population’ concernée (équipes de chercheurs, généalogistes, amateurs, sociétés savantes, individus exigeants,…). Via les différents réservoirs existants (et pourvu qu’on dispose d’un minimum de droits d’exploitation de leurs contenus), il est possible de mobiliser des projets de construction de nouveaux savoirs diffusés : qu’il s’agisse d’équipes de recherche autour d’un corpus ancien, de généalogistes associés à des archivistes ( par exemple ici ), ou plus ‘simplement’ de recueils de témoignages et points de vue comme ici.

Posséder les écrits des ‘géants’ (disposer de leur patrimoine matériel – leurs traces, en quelque sorte), c’est une chose. Faire grandir de nouveaux géants avec les générations nouvelles que nous servons aujourd’hui, c’en est une autre. Les bibliothèques ont longtemps été le réservoir des richesses du passé, et c’est très bien ainsi. Mais ne doivent-elles leur valeur sociale qu’à leur vertu conservatoire ? Elles peuvent participer à la construction du savoir collectif d’aujourd’hui, non dans le seul cénacle des savants, mais dans la société entière. Un mien collègue, expert reconnu en ces documents anciens, est fascinant de ce point de vue : toujours prêt à illustrer ludiquement la plus improbable des animations enfantines, à mettre en perspective un fait d’actualité en apportant un témoignage ‘décalé’ et pourtant si significatif !

Le patrimoine, c’est la vie. Si nous n’en sommes pas convaincus, nous autres bibliothécaires, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis.
Et ce patrimoine, c’est un tout, pas seulement le lieu bibliothèque (même s’il est majeur). Avant même la constitution des collections, vis-à-vis desquelles les ressources numériques nous taillent de grandissantes croupières, la bibliothèque me parait devoir être le lieu public fiable de mise en débat et en perspective du savoir d’une communauté, bref de construction collective d’une nouvelle dimension de connaissance, du patrimoine de demain.

« Des nains sur des épaules de géants »… mais peut-être, grâce à nos efforts, des nains élevés plus haut que leurs prédecesseurs en ayant assimilé leur force…

Que cette année 2009 vous soit propice ! smileys Forum

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Un commentaire »

  1. […] Non classé — bcalenge @ Mardi 22 septembre 2009 Il y a quelque temps, je signalais dans un billet ma perplexité quant à la tenace persistance de l’inscription du métier de bibliothécaire […]

    Ping par Métiers du livre ? « Bertrand Calenge : carnet de notes — mardi 22 septembre 2009 @ mardi 22 septembre 2009


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