Bertrand Calenge : carnet de notes

mardi 14 octobre 2008

Livre imprimé et livre numérique

Filed under: Non classé — bcalenge @ mardi 14 octobre 2008
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En ce moment, tout le monde s’extasie sur le ‘e-reader‘ de Sony. On imagine volontiers qu’il pourrait supplanter le livre imprimé dans les prochaines (lointaines ?) années. Roberta Burk le signalait déjà en l’an 2000 :  » À en croire une publicité récente de Microsoft, d’ici dix ans la vente des livres électroniques aura supplanté celle des livres sur papier dans de nombreux domaines » (à l’époque déjà Microsoft avait nommé son lecteur… Reader !). On en profite volontiers pour faire un amalgame technophile avec les atouts de l’encre électronique. Bref, l’utopie continue !!!

Loin de moi l’idée de jouer les rabat-joie. Mais je voudrais poser quelques questions :

La première est de mauvaise foi : les « e-books » ont déjà connu des expériences désastreuses (cf. le BBF d’où est tiré la citation de Roberta Burk, il y a … presque dix ans). On me répondra que les usages comme la technologie ont beaucoup évolué….

La deuxième est d’ordre économique : la question des DRM est loin d’être résolue et apparait même, en cette première phase de notre nouvel épisode du feuilleton de la modernité, être un cheval de bataille des éditeurs qui s’emparent de ce nouvel outil. Bibliobsession s’en indigne à juste titre, et on pourrait observer que, comme pour la musique enregistrée, il faudra bien, si le succès est au rendez-vous (voire pour qu’il soit au rendez-vous) relâcher les vannes et trouver un nouvel équilibre de ressources…
La question économique touche aussi la rentabilité de l’investissement pour le consommateur. Hubert Guillaud rappelle qu’un prix de vente même faiblement inférieur à celui d’un livre imprimé, “à 15 – 25 € le prix moyen d’un livre, vous gagnez 2 € environ. Avec un lecteur coûtant 300 €, il vous faudra acheter 150 bouquins avant de rentabiliser votre achat. C’est beaucoup. C’est sans-doute le reproche principal que je ferais à cette offre.”

La troisième question est plus complexe. Dans tous ces débats, on parle ici de l’imprimé, là de l’électronique, comme s’il s’agissait des deux versants technologiques d’un même discours, d’un même contenu, bref d’un même objet. Ce faisant, on oublie les leçons pourtant intéressantes de la médiologie qui veut comprendre « comment une rupture dans nos méthodes de transmission et de transport suscite une mutation dans les mentalités et les comportements et, à l’inverse, comment une tradition culturelle suscite, assimile ou modifie une innovation technique« , et au-delà la vieille maxime de Mc Luhan : « le medium est le message ». On se focalise sur la technologie, sur les enjeux économiques des ‘puissances’ établies à court terme, et on ne prend guère en compte les réalités des usages sociaux.

Mais keskidi, comme écrirait Queneau ?
Les livres, disques, lectures, etc., comme les lecteurs, auditeurs, spectateurs, etc., je les regarde tous jour après jour. Et je constate.
En vrac je constate (en bibliothécaire) que, Internet ou pas (e-reader ou pas ?)  :

  • les enfants lisent de plus en plus, avides de découvrir le monde, et pour eux le livre imprimé est source d’émerveillement au même titre que les consoles DS (ah ! les ‘DS light’ !) ou la visite au zoo
  • les prêts de disques ne progressent plus voire stagnent et concernent de moins en moins les ‘moins mûrs’ (bon, y a pas photo : les amateurs savent depuis longtemps télécharger leurs musiques, légalement et à bas prix, ou « autrement »)
  • les prêts de DVD marchent bien…. mais les téléchargements sauvages (on dit ‘pirates’ ?) se multiplient
  • les prêts de tout ce qui est informatif (les documentaires) est en chute accélérée, hors ce qui relève du ‘pratique’ au sens le plus terre à terre
  • mais les prêts des romans et des bandes dessinées se tiennent bien, voire augmentent légèrement…

Alors ? Rapportons cela aux livres électroniques. Leur intérêt, dès l’origine (au XXe s. donc), a tenu en leur capacité à stocker sous une forme aisément manipulable des données impossibles à transporter par voie imprimée voire matériellement inaccessibles à bas coût par voie ‘internetienne’ (en gros et pour schématiser les manuels techniques des mécaniciens, VIP, vétérinaires, et autres opérateurs techniques opérant sur le territoire). Ca a failli marcher, et ça aurait du. Mais ça n’a pas marché pour le grand public.
L’introduction des e-readers vise le grand public. Soit. Sérions les intérêts et usages :

  • Les enfants s’empareront de cet outil (coûteux) avec la même jubilation qu’ils s’emparent d’un livre (moins cher et plus personnel) ou d’une DS-Light…
  • Les amateurs de documentaires pratiques (jardinage, cuisine, identification des plantes…) emporteront-ils leur précieux outil là où ils en ont besoin (le potager, le plan de travail de la cuisine, la forêt,…) ? Un bon vieux codex les rassurera
  • Les étudiants et lycéens ne se livreront aux joies de l’e-book que s’il est inclus dans leur cartable électronique ou dans des ‘packs étudiants’ mûrement négociés avec des intermédiaires institutionnels…. Sans cela, ils viseront le moindre coût (le téléchargement pirate, si si !… ou des stratégies de recherche sur le web… ou ce bon vieux livre)
  • les étudiants avancés ont besoin de beaucoup de textes pour des usages ponctuels. Charger tous les titres (s’ils sont disponibles, et à quel coût !) ne les intéressera guère… Ce sont les utilisateurs rêvés de Gallica ou de Google Boook Search
  • les spécialistes scientifiques ont leurs réseaux construits sur les évolutions complexes de la diffusion de l’information scientifique ; ils me semblent peu concernés -du moins dans leurs pratiques de recherche-…
  • les amateurs d’information vulgarisée  se tournent de plus en plus vers des présentations ergonomiquement valorisées : je suis étonné de constater que les magazines connaissent un succès qui ne se dément pas et même grandit. La mise en page aérée, l’exposition des processus sur double page se développe (voyez ‘Ca m’intéresse’ ou les diaporamas de ‘Géo’), et les emprunts se multiplient (à Lyon du moins)

Bon, qui reste-t-il ?

Les bons vieux amateurs de livres, comme vous et moi. On peut disserter à l’infini sur l’infinie variété des livres. Mais j’ai le sentiment, au vu des données que je collecte, qu’aux côtés des livres pour enfants, les romans imprimés (pourtant coeur de cible des promoteurs de l’ ‘e-book’) ne sont pas près de lâcher prise sous leur forme papier. Témoignage estival : j’ai dévoré cet été Millenium (remarquable !). Le poids du volume et l’inconsciente sensation, au vu de l’épaisseur des pages restant à lire, du parcours du texte font partie du plaisir que j’éprouve rétrospectivement.
Dans un autre domaine (que j’aime bien aussi), le découpage des planches des bandes dessinées sur la double page qui accueille leur récit est incommensurablement efficace, à la fois par leur disposition narrative que par l’effet inconscient du regard qui, avant d’attaquer ‘la première case en haut à gauche’, a balayé la double page offerte.

Le e-book arrivera peut-être. Mais pas « à la place de » dans nombre de cas, en plus…. Il lui faudra trouver ses propres modes… d’émotion.

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23 commentaires »

  1. Oui oui Bertrand. Les livres aux formats électroniques n’arriveront pas à la place des livres papiers, car, comme nous le répétons depuis quelques temps sur nos blogs, les usages (les modes de lecture) ne sont pas les mêmes et tous les modes de lecture ne sont pas tous fissibles (?) dans l’électronique.

    Attention néanmoins à ne pas faire l’amalgame entre les supports (ereader) et les livres au format électroniques : pas sûr que le désir de mobilité que promet l’ereader soit le premier moteur des gens dans leur désir d’accéder à des formes électroniques de livres . Pour ma part, il me semble que là aussi, les usages n’ont pas forcément grand chose à voir. Sur la liste que vous dressez rapidement, on peut ergoter et discuter bien sûr. Lire une BD sur une DS, ça peut avoir de la gueule ;-). De même, il y a plusieurs façon de lire un documentaire pratique (on ne lit pas un livre de cuisine uniquement en faisant la cuisine, on peut aussi vouloir chercher des recettes dans une base de livres de cuisine). Pour beaucoup de personne, lire un roman de plusieurs centaines de pages sur un ordi ou une liseuse a peu d’intérêt a priori (mais en mode text to speach sur un mobile, ça pourrait devenir plus sexy peut-être ?). Bien sûr, certains domaines semblent mieux se prêter à la numérisation (et à la recherche plein texte que cela permet), notamment les essais. Mais encore une fois, il y a une grande variété de pratiques, d’usages et de façons de lire. Accéder à des formes électroniques de romans pour y classer des citations, des notes de lecture, pour ma part, m’intéresse par exemple (plutôt que de devoir retaper à la main les passages dont je veux garder trace…).

    Autre effet de bord, bien sûr, le produit papier papier va certainement devoir retrouver des qualités qu’il a perdu avec l’industrialisation de la production : la mise en page, le travail typographique et iconographique, à mon avis, devrait bénéficier de la « fausse » concurrence de l’électronique et amener les éditeurs à proposer des livres plus beau, plus travaillés, même les romans. A mon avis, ça sera certainement là un des contre effet de l’électronisation des livres…

    Commentaire par Hubert Guillaud — jeudi 16 octobre 2008 @ jeudi 16 octobre 2008

  2. Tout à fait d’accord avec vous et Hubert. Les électroniciens se trompent. Bon sens et réalisme: un reader à 400 dollars qui fait des livres moins bien que sur papier classique ou sur ultramobile, à quoi cela peut-il servir? Voici un extrait de commentaire que j’ai laissé sur le blog de Livres Hebdo et Tiers Livre:
    « … L’alchimie du livre n’est pas encore là, les readers se trouvent au rayon des dispositifs électroniques, voire des gadgets ; la qualité des contenus et de certains contenants laisse à désirer. Nous sommes, disons, en 1480, quand, à la recherche du profit, on a produit un peu n’importe comment. Ainsi le Duc d’Urbino, possédant l’une des plus belles bibliothèques d’Europe, avait-il prôné le retour aux copistes. En attendant le livre moderne d’Aldo Manuzio, éditeur et professeur avant d’être imprimeur… »
    Les livres modernes électroniques, entre (ou compléments) iPhone, Nintendo DSi, XO et MacBook Air, demandent un peu de travail et de créativité. Certains s’en préoccupent.

    Commentaire par Bruno Rives — samedi 18 octobre 2008 @ samedi 18 octobre 2008

  3. L’approche Kindle, que nous expérimentons avec SFR, est intéressante, mais là encore des commentaires s’imposent:
    http://www.teleread.org/blog/2008/10/17/using-amazon-dtp-and-kindle-to-reach-new-audiences-neil-simpson-at-the-guest-corner-amazon-kindle-books-amazon-news-blog/

    Commentaire par Bruno Rives — samedi 18 octobre 2008 @ samedi 18 octobre 2008

  4. Difficile de refuser a priori sa chance à l’ebook en bibliothèque : à ce train-là, on n’aurait jamais fait entrer le CD, le DVD, ou encore les lecteurs MP3 préchargés, n’est-ce pas ?
    La complémentarité dans les collections, les découvertes (qui en méritent peut-être pas d’équiper un autre exemplaire papier),les demandes un peu pointues, les publics qui veulent lire différemment (gros caractères), les classiques qui sont planqués au fond des réserves (et gratuits ebooks, bénis soient-ils) : voilà ce qu’une tablette pourrait, par exemple, apporter dans une bibliothèque. Expérimentons.

    Commentaire par Mercure — dimanche 19 octobre 2008 @ dimanche 19 octobre 2008

  5. 1. pas à la place de, c’est certain, parce qu’il y a de la place encore…
    2. en plus
    3. et en plus pour des usages que nous n’imaginons pas encore (qui a vu jadis que les GSM feraient tout ce qu’ils font ?)
    4. et en plus pour diffuser des formes littéraires ou artistiques que nous n’imaginons pas encore (le GSM a permis l’apparition du roman SMS… que permettra l’e-reader ?)
    5. et en plus sur des readers que nous n’imaginons pas encore (le cybook, le sony sont des dinosautes et ce depuis le jour de leur lancement) et qui seront peut-être des objets qui auront convergés avec les pc portables et les netbooks
    6. en plus…
    7. avec cette question de fond : comment allons-nous suivre ces plus, nous qui allons trop souvent d’un train de sénateur ?

    Commentaire par dbourrion — lundi 20 octobre 2008 @ lundi 20 octobre 2008

  6. Le roman SMS ? Un plus ? Merci à ce commentateur pour ce petit coup de maillochon immotivé.

    Commentaire par Laurence — mardi 21 octobre 2008 @ mardi 21 octobre 2008

  7. @Laurence : je confirme, le roman SMS, une forme littéraire de plus, un plus.

    Commentaire par dbourrion — mardi 21 octobre 2008 @ mardi 21 octobre 2008

  8. Confirmer ne suffit pas, il faut argumenter votre jugement.

    Commentaire par Laurence — mardi 21 octobre 2008 @ mardi 21 octobre 2008

  9. Eh bien, disons que la technique permet l’apparition de certaines formes d’expression qui n’étaient pas possibles avant que la technique ne le permette (exemple : le cinéma n’existait pas comme art avant que la technique ne permette le cinéma)…

    Le GSM a vu naître une forme littéraire (le roman SMS) qui n’existait pas auparavant. Certes, l’on (Balzac ?) aurait pu écrire des romans SMS avant le GSM, mais la forme contrainte du SMS, liée aux contraintes du GSM, a « impulsée » le roman SMS. Une nouvelle forme littéraire, donc. Un plus.

    On peut ne pas apprécier le roman SMS, considérer que c’est une forme mineure, voire minable. Certes. Je ne suis pas dans le domaine du jugement esthétique, je remarque simplement qu’une nouvelle forme est née. Et je pense que le reader ou ses descendants permettront qu’apparaissent de nouvelles formes artistiques. Mais ça n’engage que moi.

    PS : en tant que bibliothécaire, je m’interdis de porter un jugement sur une forme, d’ailleurs. J’ai des goûts comme individu, pas comme bibliothécaire. Pour moi, aucune forme n’est mineure. Mais c’est un autre débat.

    Commentaire par dbourrion — mardi 21 octobre 2008 @ mardi 21 octobre 2008

  10. Pour vous, aucune forme ne serait mineure ? Un chien en pâte à modeler fait par mon fils vaudrait un portrait de Picasso ? Je suis absolument contre cette éthique : le bibliothécaire doit prescrire car son travail est de légitimer des oeuvres, non des bricolages d’adolescents.

    Commentaire par Laurence — mardi 21 octobre 2008 @ mardi 21 octobre 2008

  11. C’est un autre débat, comme je le disais. Le débat entre nous ici, c’était : est-ce que les évolutions techniques vont naître ou favorisent de nouvelles formes d’expression artistique. Je pense que oui. Et je pense que les readers feront eux-aussi (comme les GSM via le SMS) naître de nouvelles formes d’expression artistique. Voilà.

    PS : peut-être que votre fils est le Picasso du 21ème siècle 😉 Ne jetez pas ses chiens en pâte à modeler… Et dois-je vous rappeler les débats qui agitent l’art (depuis bien avant Picasso) sur ce qu’est une oeuvre d’art ? Considérer donc a priori qu’un roman SMS est bon à jeter parce que c’est une forme à laquelle nous ne sommes pas habitués ; et qui ne ressemble pas à disons Proust, ça me semble aller un peu vite en besogne. Mais chacun son éthique de bibliothécaire.
    Bon, pour ma part, je cesse là, je ne veux pas squatter le blog qui nous accueille pour l’heure.

    Commentaire par dbourrion — mardi 21 octobre 2008 @ mardi 21 octobre 2008

  12. Mais vous voyez bien que c’est là justement le coeur du débat. On ne peut pas réduire les créations humaines à leur technique. La technique permet seulement des modes d’expression. Il faut donc interroger leur « dire ». Alors oui, nous pouvons constater des formes d’émergence. Mais ne soyons pas béats : n’oublions jamais de les critiquer.
    (Merci, oui, à la patience de monsieur Calenge. Une idée de billet ?…)

    Commentaire par Laurence — mercredi 22 octobre 2008 @ mercredi 22 octobre 2008

  13. @ dbourrion et Laurence,

    Merci d’avoir su conserver votre courtoisie au cours de ce vif échange. Puis-je me permettre de vous signaler que mon billet ne visait ni à préjuger de la quelité des oeuvres. Bien sûr, tout ne se vaut pas : mais dans les livres aussi il y a de tout. Je ne sous-estime pas la capacité des créateurs à tirer parti de toute innovation technique pour créer des oeuvres nouvelles, et il n’est effectivement pas impossible de des créations merveilleuses et encore inédites apparaissent demain. Mais je mettais en doute la capacité des e-books à remplacer le codex dans certaines formes de création qui lui sont particulièrement adaptées. Sans doute les fabricants, soucieux de vendre leurs petites machines, n’ont-ils pas le choix : il faut bien qu’ils utilisent ce vivier imprimé pour essayer de démontrer la supériorité de leur outil. Ma conviction est qu’ils se trompent (au moins pour les romans), et que c’est la création adaptée à cet outil qui n’est pas encore née…

    @ Hubert : quant à la BD sur DS, permettez-moi d’être également sceptique, du moins si l’on se contente de trasférer les BD imprimées (même découpées) sur ce tout petit écran : fervent amateur de BD, je sais combien la mise en page (et même en double page) est importante au récit et à sa lecture!! Là encore, il y aura peut-être des formes de narration graphique qui naitront en tenant compte du contexte de la DS, mais ne faisons pas croire qu’il pourrait y avoir dans ce domaine simple transfert du support imprimé à un autre numérique !

    Commentaire par bcalenge — mercredi 22 octobre 2008 @ mercredi 22 octobre 2008

  14. @Bertrand. Bien sûr… Il ne peut qu’y avoir des nécessaires adaptations, au moins par la scénarisation de l’apparition des images entre les écrans (essayez). Un transfert exact d’une forme à l’autre n’a pas grand intérêt. D’où la critique d’ailleurs sur ces .pdf qui proposent en ligne la copie du livre papier, sans se poser la question de ce que le numérique nécessite comme adaptation.

    Commentaire par Hubert Guillaud — mercredi 22 octobre 2008 @ mercredi 22 octobre 2008

  15. @Hubert Guillaud
    Bon, je ne vais pas entamer un débat sur la BD (je serais intarissable et, qui sait, de mauvaise foi). Je connais bien la DS, mon petit garçon en ayant une. Mais une bonne BD (imprimée !!!) se lit à plusieurs niveaux simultanés :
    – la double page visuellement mise en scène, comme (vieille référence) les pages de Loan Sloane par Druillet pour la version graphique, ou même certains gags d’Achille Talon par Greg pour la version comique
    – les fréquents et volontaires débordements de la bonne vieille case de base pour susciter le mouvement, l’intérêt, le gag, quand le scénario n’impose pas la lecture simultanée de multiples cases « échangistes »
    – la fameuse chute de bas de page (voir Gotlib ou Charlier) qui, dans les histoires longues se produit immanquablement en bas de la double page de droite (voire pour les experts en bas à droite de la page de gauche…) pour que l’oeil du lecteur reprenne son souffle (ouahh, c’est chouette cette expression !) avant d’attaquer la page opposée.

    Bref, totalement d’accord avec vous sur les pdf. Mais le travail technique sur une BD originellement conçue pour l’impression laissera toujours insatisfait sur une DS. Voyez la télévision : il a fallu du temps avant qu’elle comprenne que sa fonction créatrice (ou susceptible de création) ne devait pas passer par la diffusion de films conçus pour le grand écran, mais par ce genre nouveau, les séries. D’ailleurs, la majorité des films grand écran tirés de séries à succès (‘Chapeau melon et bottes de cuir’ au hasard) sont des plantages sur grand écran.

    Pour reprendre les principes de la médiologie, que pour une fois je fais miens, les supports, et leurs usages sont indissociables des contenus. Sans aller jusqu’à « le medium c’est le message », je dirais qu’il reste à tous ces supports à trouver les créateurs qui leur donneront un contenu culturel original et spécifique,et non seulement des commerciaux qui essayeront de recycler des vraies créations pour promouvoir leur innovation technique en récupérant d’autres œuvres conçues explicitement et (in)consciemment dans un autre contexte.

    Commentaire par bcalenge — mercredi 22 octobre 2008 @ mercredi 22 octobre 2008

  16. Question : avez-vous testé la lecture sur un livre électronique ?
    BS

    Commentaire par bibblogtest — jeudi 23 octobre 2008 @ jeudi 23 octobre 2008

  17. […] Tags: Bibliothèques, Le futur ? Droit devant !, Pourquoi est-il aussi méchant ? Reprise autour d’un échange dans les commentaires chez Bertrand Calenge : j’y avançais que les livrels permettraient sans doute […]

    Ping par La forme, en plus (1) « De tout sur rien — vendredi 24 octobre 2008 @ vendredi 24 octobre 2008

  18. Dans sa chronique pour Masse critique, Françoise Benhamou tentait une analogie avec les supports enregistrés pour la musique (les DRMs, le prix). C’est l’émission du 11 octobre, disponible sur le site de FCulture et reprise sur Rue 89 :
    http://www.rue89.com/en-pleine-culture/2008/10/15/livre-numerique-ne-pas-repeter-les-erreurs-de-la-musique-en-ligne

    La comparaison avec la musique est tentante du point de vue des contenus. Mais les écarts d’usage sont tellement énormes qu’ils invalident cette analogie. La musique numérisée a permis des gains de fonctionnalités considérable : accès séquentiel aux plages, portabilité des baladeurs, personnalisation des programmes, etc. Le livre, lui, est un dispositif parfaitement portable et la littérature grand-public est en général sur un type d’accès ‘lecture en long’.

    Depuis belle lurette, je me demande vraiment si le ‘livre’ est la bonne cible pour ce genre de dispositif, au point d’avoir toujours refusé de parler d’eBook ou de ‘livre électronique’ pour désigner un projet que je porte (@folio).

    La lecture numérique dépasse de loin, de très loin même, la seule question du livre et les supports de lecture feraient mieux de s’intéresser aux textes qui n’ont pas de support, plutôt qu’à vouloir capter les textes qui vivent très bien sur le papier.

    Commentaire par Pierre Schweitzer — vendredi 24 octobre 2008 @ vendredi 24 octobre 2008

  19. Je crois que ce type de billet ne fait pas du tout avancer le débat.
    L’encre électronique est un nouveau support étonnant qui va révolutionner le papier.
    Le reste est à écrire et se fera par ceux qui expérimenteront.
    Ce billet me fait penser aux messages diffusés sur biblio-fr il y a quelques années sur les flux rss et l’agrégation.
    Des papiers d’un très haut niveau… mais sans intérêt ni à court terme ni à long terme.

    Commentaire par bibblogtest — samedi 25 octobre 2008 @ samedi 25 octobre 2008

  20. @Laurence : je précise ma position chez moi. Merci du débat.

    Commentaire par dbourrion — samedi 25 octobre 2008 @ samedi 25 octobre 2008

  21. je n’ai que 17 ans et je suis tout à fait d’accord avec certains d’entre vous.
    J’ai l’intention de travailler dans l’édition plus tard et pour l’instant je ne suis pas réellement enjouée à l’idée de l’éléctronisation du livre.
    Même si beaucoup de jeunes aujourd’hui sont attirés par la technologie, je pense cependant qu’il est essentiel de garder une forme papier:
    la première raison étant tout simplement le charme que cela apporte à la lecture ( peut -être suis-je naive par mon jeune âge mais j’adore tout simplement l’odeur des livres, de son papier.),
    ensuite pour une raison pratique: lire 500 pages sur un écran est tout simplement impossible ( comment ne pas s’abîmer les yeux?)
    et pour finir bien que je ne connaisse pas grand chose aux stratégies de marqueting ou autres, je pense que si tout le monde est à même de télécharger illégalement de la musique ou des films, il en sera alors de même pour les livres, les auteurs,déja peu payés (à moins qu’ils soient auteurs de best-seller) risqeraient de souffrir de ce moyen d’edition. On parle souvent d’une crise dans le milieu du disque à cause justement du piratage, je pense alors qu’il en sera de même pour le milieu du livre.
    Après peut- être n’ai je pas tous les outils en mains, peut-être ne suis je pas assez informée sur cette electronisation du livre, et peut-être serai-je même convaincue de l’utilité de cette forme pour certains genre d’ecrits, mais ma première impression reste quand même sceptique.

    Commentaire par mélanie — mercredi 25 mars 2009 @ mercredi 25 mars 2009

  22. […] Bref, si, dans le domaine de l’écrit, l’information documentaire migre massivement vers le numérique, on en est encore loin dès qu’il s’agit d’une lecture de découverte. On voit des usagers piocher un livre (même documentaire) dans les rayons juste pour le plaisir de la surprise, et s’installer tranquillement pour une heure ou deux de lecture… Les rapports aux moyens de la connaissance sont multiples. […]

    Ping par Variations sur une bibliothèque sans livres « Bertrand Calenge : carnet de notes — mercredi 17 juin 2009 @ mercredi 17 juin 2009

  23. Perso je suis pour le livre numérique car on détruit moins de forêt !!

    Commentaire par Plongée Crouesty — mardi 26 octobre 2010 @ mardi 26 octobre 2010


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