Bertrand Calenge : carnet de notes

mercredi 1 octobre 2008

Comment dire le faire ? ou L’évaluation face à l’action

Filed under: Non classé — bcalenge @ mercredi 1 octobre 2008
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Pourquoi faut-il limiter le nombre de documents empruntés ? La raison oriente vers la nécessité induite par le risque de pénurie des rayons résultant d’un stock insuffisant ou d’acquisitions trop faibles, ou par les contraintes de la gestion logistique des flux. Une autre raison peut exister, que j’ai trouvée via une discussion avec Jérôme sur un article de Bibliobsession (ma référence bloguienne !!!!) portant sur l’intérêt de prêts en nombre illimité dans les bibliothèques.

Jérôme (dont on connait la création du blog Bambou) met en avant la nécessité de connaître l’impact d’un service (donc d’en mesurer l’utilisation) pour le gérer, le développer, le modifier, etc., et en conclut à la nécessité de provoquer l’inscription (gratuite et simplifiée, bravo !) pour mesurer l’usage individuel des différents services qu’il promet à ‘sa’ population – nombreux, et qui me mettent l’eau à la bouche !-. Et selon lui le prêt illimité encouragerait l’usage familial de la carte, gênant ainsi la validité de l’évaluation conduite à l’aide des données d’inscription croisées avec les données d’utilisation des services concernés. Loin de moi l’idée de fustiger ce souci d’évaluation, au contraire ! Ce serait contre-productif pour toute innovation. Mais …

Certes, avec une inscription gratuite et simplifiée, on facilite l’adhésion individuelle, mais cela ne limite en rien les usages collectifs (familiaux, amicaux) de cette carte : au contraire, sa liberté d’obtention et d’usage en fait un bien éminemment échangeable, le seul blocage pouvant venir de la responsabilité des documents empruntés (blocage qui existerait de toute façon avec l’utilisation libérale d’une carte limitée au prêt et illimitée en nombre de documents empruntés).

Inversement, l’inscription lourde et complexe rend également avantageux ce même usage collectif, par souci de rentabilité maximale. Le seul frein réside alors dans le nombre de documents empruntables : en limitant drastiquement ce nombre, on réduit arithmétiquement les opportunités d’usage collectif. Encore faut-il mesurer cette contrainte à l’aune du maquis éventuel des tarifs différenciés : lorsque ces derniers ne conduisent pas à limiter le type de documents empruntables (cas parfois des adolescents à tarif préférentiel pouvant accéder à toutes les collections), la famille faible lectrice inscrira l’adolescent pour l’usage commun, par économie.

En reconstituant tous ces raisonnements conduits, je le rappelle, dans un souci louable d’évaluation des services mis en oeuvre, j’en viens à me demander si on ne marche pas sur la tête. L’évaluation commande-t-elle le service, ou ne devrait-ce pas être l’inverse ?
Si je reprends les objectifs du prêt à domicile, j’y vois la facilitation de lectures (visionnements, écoutes…) par la population, seules les ressources disponibles pouvant poser des limites.
Si je parle offre d’accès libres à Internet, ou proposition de manifestations culturelles, ou…., c’est toujours dans ce souci de facilitation d’accès au savoir pour toute une population, selon des modalités diverses adaptées à la diversité des usages.

Dans cette multiplicité de services, certains demandent inscription par nécessité : nécessité de garantir le retour des collections empruntées (le prêt, la consultation de documents précieux), nécessité de gérer des flux coûteux ou limités en espace (animations n’acceptant que des groupes restreints et par ailleurs très courus), nécessité de répondre à une personnalisation du service (espaces numériques de travail personnels, « location de bibliothécaire« , service de référence personnalisé). Je dis bien inscription, pas nécessairement payante ni complexe !
Qu’on veuille améliorer l’évaluation des services en voulant inventer une base unique des inscrits aux multiples services nécessitant une telle formalité, qu’on encourage cette forme de « fidélisation enregistrée » par des petits plus appréciables (fils rss personnalisés, lettre électronique, …), soit. C’est un outil d’évaluation particulièrement appréciable.

Mais…

Mais il est deux chemins qu’à mon avis il ne faut pas suivre :

  • Vouloir à tout prix faire passer l’ensemble des services par le filtre de l’inscription (comme certaines collectivités avaient imaginé d’obliger toute personne voulant entrer à la bibliothèque à s’y inscrire)
  • Parallèlement n’imaginer un service qu’avec son appareil d’inscription restrictif.

Après tout, est-ce si grave qu’une inscription personnelle permette à tout un groupe de se partager le mêlme espace numérique de travail, s’il est sécurisé et limité en taille ? Est-ce si gênant que la femme emprunte pour son mari, le père pour ses enfants et le garçon pour ses copains ?

C’est à l’évaluation de s’adapter, de trouver d’autres modalités d’approche de la vie foisonnante, et non aux services à se plier aux canons de l’évaluation telle qu’elle semble si facile à manipuler.
Le résultat sera moins « propre », moins univoque, moins simple dans son interprétation. Alors, il faudra travailler les évaluations, les rendre audibles et lisibles. Mais ce n’est pas une question à faire peser en regard des services rendus.

Qu’en pensez-vous ?

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4 commentaires »

  1. Cette réflexion résonne avec celle de nombreux pédagogues…la notion d’évaluation formative fait avancer dans le domaine de l’apprentissage…il y aurait à travailler dans ce sens pour les services il me semble ! 🙂

    Commentaire par floence meichel — jeudi 2 octobre 2008 @ jeudi 2 octobre 2008

  2. « Après tout, est-ce si grave qu’une inscription personnelle permette à tout un groupe de se partager le même espace numérique de travail, s’il est sécurisé et limité en taille ? Est-ce si gênant que la femme emprunte pour son mari, le père pour ses enfants et le garçon pour ses copains ? »

    Bonjour

    Si on y réfléchit bien, dans l’état actuel des inscriptions et des services offerts par les bibliothèques : ça n’a aucune importance !

    Parce que, de toute façon, la femme emprunte déjà pour son mari qui n’a pas le temps de venir à la bibliothèque, et pour ses enfants.

    Dans ma structure, nous avons un unique abonnement familial… ce qui n’empêche pas des mamans d’emprunter pour la classe de maternelle ! (eh oui, toute une classe), ou pour la voisine… ou qui me demande de prolonger un livre pour son mari (qui n’a pas fini de lire), quand bien même le mari n’est pas inscrit dans la liste des lecteurs de la carte. Ou alors c’est le grand-père qui reçoit ses petits-enfants durant les grandes vacances.

    Bref, les documents arrosent certainement le nombre de lecteurs + 10 % (? *)
    Ces 10 % de lecteurs non inscrits qui sont là occasionnellement, ou qui lisent occasionnellement. (* comme il y a environ 10 % de non inscrits, je le rappelle, qui fréquentent nos structures)

    Pour le nombre de documents.

    Notre abonnement est « limité » à 10 documents pour trois semaines. (Je reste toutefois souple, c’est parfois un peu plus ponctuellement, on verra à l’usage. Je reste aussi souple sur les retards. 1 livre en retard, c’est juste un livre de moins à emprunter… et pas le blocage complet de la carte ou de l’emprunt)

    Dix, car l’infini illimité ne me paraît pas très réaliste… surtout lorsqu’il existe une limitation de temps (un retour impératif des documents à telle date, sous peine de blocage).

    Ensuite, c’est une simple question de poids (et de résistance des sacs, et des documents).
    Et nos rayonnages ne sont pas infinis, eux ! Ce qui oblige à être draconien sur les retours. (élément contre-productif à mon avis, quand on vous bloque tout emprunt, quand on vous fait la tête du style : « vilain, vilain, vilain », vilain lecteur en retard. Car l’image du bibliothécaire, et de la bibliothèque, en prend un coup… au mieux, le bibliothécaire est transformé en juge.)

    N’oublions pas non plus : la capacité d’absorption des lecteurs est également limitée. (J’ai quand même plusieurs lecteurs qui me disent n’avoir pas eu le temps de lire tout ce qu’ils avaient pris. Les yeux plus gros que le temps.)

    Là, à quoi bon sortir 100 livres, si on en lit trois… Sauf pour faire plaisir aux statistiques des bibliothécaires, ou pour bluffer les autres lecteurs. (J’ai des enfants qui empruntent les « Pensées de Pascal »… à sept ans, parce qu’il est gros !)

    Mais quel intérêt réel, dans ce cas, à gérer du flux inutile ?

    Et gérer du flux, comme vous l’avez dit, ce n’est pas une solution d’avenir.

    Bref, savoir qui emprunte pour qui, dans l’état actuel des inscriptions et des services offerts par les bibliothèques : ça n’a aucune importance !

    Tant qu’on ne prendra pas en compte le passé de nos usagers, leurs désirs, leurs intérêts personnels (autrement dit : tant qu’on ne leur ouvrira pas un espace personnel, à chacun), que la maman emprunte pour le papa ou la grand-mère du voisin n’aura strictement aucune importance. On prête à un groupe indistinct.

    Puisque nous n’accompagnons pas l’usager dans sa démarche et ses recherches intellectuelles, à quoi bon savoir qui lit ou pas dans une « famille » ?
    A qui cela peut-il servir ?

    Bien cordialement
    Bernard Majour (qui partage cet avis : Bibliobsession (ma référence bloguienne !!!!))

    Commentaire par B. Majour — vendredi 3 octobre 2008 @ vendredi 3 octobre 2008

  3. Bertrand, je peux difficilement échapper à une rereformulation de mes propos au sujet du prêt illimité. Soit, en synthèse, je considère que l’important n’est pas (ou n’est plus pour les tenants du tout distributif) dans la transaction mais dans le service. Ouvrir le prêt à 15 documents ou à un nombre illimité de documents, peu importe en somme et je réaffirme le fait que ce n’est pas en majorant de quelques unités le compteur de prêt annuel qu’on va changer le cours de l’histoire de nos bibliothèques (= de plus en plus de « séjourneurs » utilisateurs ou non des services offerts et de moins en moins d’emprunteurs).
    Et qu’il faut donc mettre en œuvre une stratégie globale de conquête des publics en développant de nouveaux services susceptibles de répondre à leurs attentes.
    La question est : quels sont les services à prioriser (le principe de réalité budgétaire, parmi d’autres, s’imposant à chacun d’entre nous, il faut faire des choix…) au regard de la population à desservir et de ses besoins supposés et comment « capter » ces individus?
    2 solutions :
    – soit on encourage la dynamique actuelle (désinscription progressive des usagers, majorité de fréquentants non inscrits) et dans ce cas, notre connaissance des publics desservis et à desservir sera progressivement réduite à néant. Comment peut-on alors parler de politique et de stratégie de service ?
    – soit on encourage l’adhésion (je rappelle les conditions = gratuité et facilitation des conditions d’inscription) et cela facilitera non seulement la connaissance des publics desservis, avec son corollaire, les « non-publics » mais également de développer et de cibler la communication en direction des usagers, la promotion des services…
    Tu as raison, Bertrand, il n’y a pas de corrélation stricte « entre l’usage de divers services de la bibliothèque et l’inscription à fins d’emprunt », et si j’ai fait ce rapprochement, c’était pour des raisons en réalité plutôt d’ordre technique et qui renvoient à notre contexte. Comme nous proposons la gratuité, nous allons utiliser une base unique (la base des adhérents Koha) pour accéder aux services du réseau, que ce soit le prêt, la réservation des postes et des documents, les suggestions d’achat, les abonnements électroniques, les impressions….
    En somme, il ne s’agit pas, en terme de services, d’être ou de ne pas être maximaliste car bien sûr qu’il faut tendre, avec les moyens du bord, vers le + (un + idoine), mais tout en conservant des possibilités d’agir, de faire des choix stratégiques, de piloter…

    Commentaire par Bambou — vendredi 3 octobre 2008 @ vendredi 3 octobre 2008

  4. […] choses. Le même jour, je lis presque à la suite : – la réponse de Jérôme sur mon précédent billet, soulignant (à juste titre !) la nécessité de mesurer les services rendus pour évaluer […]

    Ping par Le dedans, le dehors… « Bertrand Calenge : carnet de notes — vendredi 3 octobre 2008 @ vendredi 3 octobre 2008


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