Bertrand Calenge : carnet de notes

mercredi 30 juillet 2008

Un site de bibliothèque, qu’est-ce que c’est ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ mercredi 30 juillet 2008
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Dans un récent billet, Lionel Dujol attire l’attention sur un article de Bibliopedia donnant un début de ‘Cahier des charges pour le site moderne de la bibliothèque moderne de nos rêves (modernes)’. En lecteur attentif de mes sites favoris, je me précipite vers cette page, qui met en avant de multiples outils rendus possibles par la technologie contemporaine afin de rendre le catalogue up-to-date : flux rss personnalisés, commentaires, ébauches de réseaux sociaux à partir des commentaires, etc.

Tout cela est bien, et je ne doute pas qu’un catalogue en ligne doive proposer de tels outils à la pointe de la modernité techno-sociale. Mais le titre comme le contenu de cet article me font légèrement tiquer :

–         l’essentiel d’un site de bibliothèque est ramené presque explicitement à son catalogue ;

–         la sociabilité éventuelle des publics est organisée autour des notices  bibliographiques (enrichies et plus ouvertes).

Désolé, mais j’ai un peu l’impression de voir passer une couche de vernis de modernité sur un outil qui resterait somme toute immuable, et sur des usages inchangés de la bibliothèque (encore que le catalogue n’ait en général jamais été un outil apprécié que pour ses capacités de localisation et de disponibilité, sauf pour les chercheurs…).

Je ne critique pas le désir d’améliorer le catalogue en ligne, bien au contraire (encore qu’au-delà des habillages web 2.0. c’est l’ergonomie de la recherche qui me parait primer), mais ce n’est pas à travers lui qu’on « modernisera » un site de bibliothèque.

Déjà, faut-il « un » site ? Si le seul public visé est celui qui fréquente les lieux et le catalogue, il est clair qu’il va immédiatement identifier « le » site de la bibliothèque comme une extension de celle-ci, et comme un moyen de préparer et faciliter sa venue (Une enquête lyonnaise conduite en 2005  montre que 82 % des visiteurs du site dit institutionnel (www.bm-lyon.fr ) ne se servent que du catalogue, du compte lecteur et des informations pratiques, les 18 % restant ajoutant un coup d’œil complémentaire à l’un ou l’autre des multiples autres services proposés -j’ai refait le compte – ; 82 % des visiteurs du site fréquentent d’ailleurs une des bibliothèques du réseau). En revanche, si l’internaute n’est pas utilisateur des lieux, la bibliothèque sur Internet lui est inconnue et même ne signifie rien, dans la mesure où l’essentiel des ressources documentaires de cette dernière ne lui sont pas directement accessibles (il faut être bibliothécaire, abonné fidèle ou chercheur, pour s’imaginer qu’un catalogue Marc, même enrichi, apporte une plus value d’information à l’internaute lambda s’il ne fréquente pas la bibliothèque : on ne peut même pas commander en ligne comme sur la FNAC ou Amazon !).

En revanche, l’internaute est attentif au service, à la richesse des contenus informatifs, à l’environnement contextuel de ces contenus. Et là, ce n’est pas une question de « site de bibliothèque », c’est une question de site dédié à un service, à des usages particuliers. Donc il faut démultiplier les sites, non à partir du catalogue mais à partir des usages divers, des attentes multiples : à Lyon toujours, le Guichet du Savoir est ignoré de 95 % des visiteurs du site Web institutionnel, et le recouvrement des visiteurs entre les 3 principaux sites conçus par la bibliothèque autour de fonctions différentes (www.bm-lyon.fr , www.guichetdusavoir.orgwww.pointsdactu.org) est inférieur à 5% de passages d’un site à l’autre (décompte des pages d’origine des sessions). On draine donc bien des publics différents pour des services différents, tous bibliothécaires ! Ce qui n’empêche pas le site institutionnel de bien rassembler tous les accès à tous les services, et à des liens hypertexte disséminés de suggérer la navigation d’une ressource à l’autre. Arrêtons de vouloir faire LE site, LE portail… Disséminons les services ! Un de mes modèles est la Public Library of Charlotte and Mecklenburg County (en Caroline du Nord – EU), qui propose pas moins de 16 sites conçus en fonction d’usages et de publics distincts, certains mettant en scène les ressources documentaires (notamment ressources en ligne) – comme Bizlink pour les affaires, BookHive pour les enfants, … – d’autres proposant des services non strictement documentaires – ImaginOn pour les activités de théâtre, Hands on craft pour les travaux artistiques (certains sont même conçus en partenariat) ; enfin on peut se fabriquer « son » site de ressources avec Brarydog – et en outre accéder directement aux ressources en ligne de son choix si on a saisi son numéro d’abonné dans son profil, comme je l’évoquais il y a peu ici !

Autant l’agora sociale de la bibliothèque matérielle est essentielle (à améliorer bien sûr, rendre plus conviviale, ouverte, lieu de débat autant que réservoir, lieu de travail autant que lieu de rencontre), autant l’accessibilité à cette bibliothèque physique peut et doit être améliorée par un catalogue plus ergonomique, par l’encouragement au dialogue entre lecteurs par toutes facilitations techniques, autant les pratiques de la navigation sur Internet nécessitent quant à elles d’identifier des pôles de services et d’usages distincts, évidemment reliés par des liens hypertexte entre eux et à d’autres ressources de la Toile.

Rendre la bibliothèque présente sur Internet, est-ce seulement ouvrir une porte ‘virtuelle’ aux utilisateurs du site physique ?

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7 commentaires »

  1. Effectivemment Bertrand les services en ligne d’une bibliothèque ne peuvent se résumer qu’à son OPAC amélioré. La dissémination de « l’expertise » de la bib est un enjeu essentiel, je ne reviens pas la dessus.
    Néanmoins il me semble important de proposer de nouvelles portes d’entrée à nos catalogues. Il est clair que le non usager, ou celui qui est hésitant ou encore l’internaute lambda n’iront pas naturellement sur nos catalogues – bien OPAC pour le non initié ;-). Néanmoins proposer un accès via une carte – et je pense à la Cartoguide que nous avons développé à la Médiathèque de Romans, une timeline comme le soulignait récemment Silvère ou par un blog spécialisé – le blog Manga JAPAM de la bibliothèque de Pont à Mousson – sont autant de possibilités d’entrer dans nos catalogues « sans douleur ». L’OPAC n’est plus la porte d’entrée mais bien le terme de mon parcours sur le web sans , peut être, en avoir eu conscience au départ.

    N.B : Le titre de mon billet  » l’OPAC de nos rêves » recadrait justemment la problématique de ce cahier des charges au catalogue en ligne….

    Commentaire par Lionel Dujol — jeudi 31 juillet 2008 @ jeudi 31 juillet 2008

  2. Merci Bertrand pour ces commentaires!
    La page bibliopedia n’a été créée qu’il y a un jour, et a déjà été bien modifiée depuis. La réflexion est en cours justement et on peut tout à fait en profiter pour l’intégrer à la page bibliopedia.
    L’idée d’en finir avec un site unique est bonne.
    L’idée d’améliorer nos opacs en est une autre.
    On va tenter de scinder la page bibliopedia en plusieurs chapitres : vous pouvez participer, votre aide et expertise seront précieuses!

    Commentaire par Laurent — jeudi 31 juillet 2008 @ jeudi 31 juillet 2008

  3. @ Lionel et Laurent :
    Bien sûr, vous avez raison de vouloir améliorer le catalogue en ligne, de le rendre plus fluide, d’en tirer des sortes de bibliographies ludiques via géolocalisation, timeline et tutti quanti. Qu’on soit bien d’accord : j’approuve totalement et j’aimerais qu’on avance plus vite !-
    Deux points en réaction à vos réactions :
    – si un catalogue peut être utile, c’est à condition d’emmener au-delà du catalogue : de l’info, de la critique, mais aussi des liens vers d’autres ressources (dans et hors la bibli) : il faut aider à la navigation.
    – mon billet était en fait un billet d’humeur : il existe une propension des bibliothécaires à se cacher deriièrer leurs étagères (et leurs catalogues), et l’apparition d’outils tels que ceux que vous décrivez, pour intéressants voire fascinants qu’ils soient, peut risquer (je prends des gants) de faire se contenter de ces outils. Je suis persuadé que l’avenir des bibliothèques est dans le service personnel, la compétence des bibliothécaires au service de l’accompagnement, bref à de l’humain bibliothécaire (et pas seulement à des réseaux sociaux de lecteurs !). Comme l’écrit par exemple Silvère dans Bibliobsession : « il faut abolir les coups de coeur dans les bibliothèques et y mettre les critiques ! »

    Commentaire par bcalenge — jeudi 31 juillet 2008 @ jeudi 31 juillet 2008

  4. Pas de lézard, nous partageons bien la même conception des nouveaux services en ligne de bibliothèque – qui doivent « s’impacter » dans le service réel de la bib.

    Commentaire par Lionel Dujol — jeudi 31 juillet 2008 @ jeudi 31 juillet 2008

  5. J’avais personnellement pris cette proposition comme la volonté de définir un standard de qualité minimum pour les prestataires. Chacun dans notre coin nous leur demandons par exemple des permaliens! L’idée me semble très bonne de leur dire : vous voulez vraiment faire du web 2.0? alors voilà ce qu’on veut : un catalogue ouvert et des widgets à gogo (ben oui pourquoi le prestataire ne serait-il pas celui qui fourni les widgets?). Autrement dit, et là je rejoins Bertrand dont la remarque est juste : ce qu’il nous faut c’est les moyens de mettre en oeuvre un « écosystème » (j’y reviendrai) au service d’un projet de médiation et non juste un catalogue ou un OPAC 2.0 ou un portail, même si ça en fait partie. On est tous d’accord je pense là dessus? alors y a plus qu’à! 🙂

    Commentaire par Bibliobsession — jeudi 31 juillet 2008 @ jeudi 31 juillet 2008

  6. @Silvère : mon idée de départ c’était exactement ça! De façon très pragmatique, regrouper ce qu’on demande à nos fournisseurs et qui semble d’autant plus facilement faisable que ça existe depuis déjà longtemps sur le web (des flux rss, des urls fixes pour les notices, etc.)
    Mais la discussion plus large, des approches comme celle de Bertrand (pas 1 site mais DES sites) est intéressante aussi.
    J’ai tenté de réorganiser un peu la page en ce sens. Une partie pragmatique concrète – regroupons nos demandes et une partie réflexion, imagination etc.

    Commentaire par Laurent — jeudi 31 juillet 2008 @ jeudi 31 juillet 2008

  7. Assez d’accord avec vous également. Inventer des nouveaux services en lignes est primordial. Mais ces nouveaux services peuvent-ils se faire dans l’éclatement actuel des bibliothèques ? Chaque bibliothèque va-t-elle ouvrir son site sur les polars ou les livres jeunesses ou son guichet du savoir ? Est-ce que cela signifie que les bibliothèques doivent ou peuvent demain devenir partenaires d’autres sites (et pas forcément d’autres bibliothèques) pour monter des services web dédiés du type site d’information sur les sciences de l’information en ligne ou sur l’actualité des polars ?

    Ca me semble essentiel pour ma part. Reste à savoir comment y parvenir. Et de ce côté là, nos amis bibliothécaires semblent plutôt désabusés.

    Commentaire par Hubert Guillaud — jeudi 21 août 2008 @ jeudi 21 août 2008


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