Bertrand Calenge : carnet de notes

mercredi 23 juillet 2008

Duplicités documentaires : DVD et pays en développement ou semi-développés

Filed under: Non classé — bcalenge @ mercredi 23 juillet 2008
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Récemment en déplacement à Casablanca (Maroc), j’ai eu l’occasion de sillonner le marché de l’ancienne médina (un vrai bonheur, soit dit en passant). Travaillant sur les futures collections d’un projet de médiathèque, j’ai pu constater avec un étonnement très français que des films populaires sortis en salle 3 semaines plus tôt étaient proposés en DVD publiquement au prix de 1 euro pièce (ce qui ne fait pas cher, même au niveau de vie du Maroc). Piratage manifeste, et largement admis sans aucun complexe d’après mes contacts locaux. Il faut savoir que si 32 millions de CD et DVD ont été vendus au Maroc, seuls …4 millions étaient légaux (ici). Mais comment situer une collection de médiathèque dans ce contexte ?

proposer des films non populaires donc non piratés… donc peu susceptibles de rencontrer un intérêt au-delà d’un cercle de personnes averties ?

proposer un fonds persistant au-delà de l’offre commerciale avide de renouvellement, et donc choisir de ne pas se soumettre aux seuls diktats de la nouveauté ?

parier sur un développement du marché du film marocain encore balbutiant (ici) ?

Les trois sont possibles sans doute, et je ne trancherai pas. Mais la fragilité des supports (les DVD bien sûr, mais tous les autres aussi : VHS, Bétamax, …) comme les politiques commerciales de réédition rendent-elle plausibles une offre persistante ? Et sur quel circuit de diffusion compter pour constituer des collections cohérentes ?

Dans les pays peu irrigués par le type d’offre commerciale dominant en France et dans les pays industrialisés, le hiatus entre les usages « erratiques » de la population et les faibles structures installées (éditeurs, libraires, bibliothèques,…) est majeur : la fameuse « chaîne du livre » (ou de tout autre support documentaire) est brisée faute de certains des maillons qui la constituent. Mais peut-on vraiment renforcer cette chaîne en dépit des usages de la population et des circuits parallèles établis avec leur complicité ?

La question ne vaut pas que pour des pays lointains, pauvres et démunis d’une tradition d’appareil d’édition et de distribution documentaire : que va-t-il advenir de la musique et des films dans nos bibliothèques, quand le téléchargement gratuit (légal ou non) fera partie intégrante des habitudes de nos concitoyens (dont le quart déjà télécharge illégalement de la musique selon une enquête BVA de fin 2007 ? Hors la dimension mémorielle (d’ailleurs menacée par la fragilité des supports et le caractère éphémère des formats, donc de plus en plus réservée à quelques grandes entreprises comme la BnF), quel sera le créneau des bibliothèques publiques ? Question banale pour nombre de nos collègues versés dans ces questions (voir le blog de Xavier Galaup, et bien d’autres…), mais une bonne occasion de rappeler un vieux fondamental du métier : un document n’existe pas pour lui-même, mais parce qu’il répond à un usage. « A chaque livre son lecteur » disait S.R. Ranganthan….

Ou alors, faudra-t-il franchir le pas : proposer des musiques plus que des disques ? des projections de films plus que des DVD ? concurrencer les plate-forme de diffusion ? ou encore ?….

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