Bertrand Calenge : carnet de notes

vendredi 18 juillet 2008

A propos des abonnements électroniques en bibliothèque publique

Filed under: Non classé — bcalenge @ vendredi 18 juillet 2008
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Très récemment, je participais à l’élaboration d’une séance de formation sur des questions documentaires, quand la question des périodiques est venue sur le tapis. Inévitablement, la présentation du consortium Couperin fut évoquée et, par un mouvement réflexe qui ne manque jamais de m’émerveiller, on s’empressa d’y ajouter CAREL, le consortium créé pour les bibliothèques publiques. Depuis plusieurs années, la profession a visiblement décidé de présenter ces deux consortiums comme des jumeaux (cf. les liens ci-dessus sur deux articles parus évidemment dans le même numéro du BBF !), et cette pratique me gêne profondément.

Non parce que les consultations des abonnements en ligne restent proportionnellement très faibles dans bibliothèques publiques, mais parce qu’on compare des objets et situations très différents.

La confusion nait de l’usage générique du terme de ‘périodiques’ (et du désir acharné et ancien de considérer que BM et BU sont ontologiquement semblables). Ce terme n’a pas de signification générique en termes d’usages ni en termes éditoriaux voire économiques : si les universités pratiquent les revues, et en ont un besoin vital et quotidien tant pour les carrières des chercheurs que pour l’alimentation du savoir, ces revues sont loin d’avoir le même caractère de nécessité dans les bibliothèques publiques : indispensables pour quelques fonds (tel le fonds local) et pour une frange d’érudits ou de curieux non universitaires, elles ne sont qu’accessoires pour la majorité du public. Certes, si ces clients sont étudiants, chercheurs ou professionnels experts, leurs besoins sont plus constants, mais comme on l’a dit les éditeurs ont plus que parfaitement cerné leur niche dans ce domaine auprès des universités, comme ils ont su le faire auprès des communautés professionnelles (juristes, experts du bâtiment, etc.). Que reste-t-il aux BM, ces vecteurs généralistes ? A la limite, les fonds locaux s’enrichissent surtout de ‘bulletins’ (feuilles d’information, gazettes d’associations, …), plus que de revues stricto sensu. Et les revues électroniques ou bases de données sont surtout utiles pour les bibliothécaires eux-mêmes dans les services spécialisés de questions-réponses (en ligne notamment).

En revanche, les bibliothèques publiques vivent de l’intérêt porté par leur public à deux autres grands secteurs : la presse et les magazines. Et chacun de ces supports fonctionne selon des modalités très différentes :

– la presse repose sur la quotidienneté, et à ce titre se feuillette sans être empruntée. Cet usage de feuilletage persiste dans la bibliothèque pour une bonne part de la population, mais est concurrencée par la mise en ligne gratuite des quotidiens les plus récents (sans parler de Google News ) . Aujourd’hui, 95% des usages de la presse peuvent se faire librement à domicile ou au bureau, avec une simple connexion Internet ;

– les magazines se consultent et s’empruntent : une étude conduite par une élève de l’enssib, Gwenaëlle Marchais (La lecture des magazines, 2005) compte 1,8 consultations pour 1 prêt de magazine. Et quand on sait qu’en 2007 Lyon a connu près de 200 000 prêts de périodiques (à 98,5 % prêts de magazines), soit 11 % des prêts d’imprimés des bibliothèques d’arrondissement !… Or les magazines sont encore peu engagés dans l’édition électronique, même s’il existe d’intéressants essais de feuilletages et téléchargements en ligne (comme monkiosque ou le Kiosque numérique Relay) essentiellement destinés aux particuliers. En outre, les magazines vivent autant de leur mise en page et de leurs illustrations que de leurs contenus : l’imprimé convient très bien à leur usage…

Bref il existe un décalage entre offre éditoriale, usages de lecture, et attentes possibles des bibliothèques publiques envers les revues électroniques. Un autre facteur ne doit pas être négligé : la disponibilité. Il existe une incohérence entre la disponibilité immédiate d’Internet à domicile ou au travail, et l’impératif de déplacement vers un bâtiment (selon les heures d’ouverture, la disponibilité des postes Internet, etc.) pour disposer d’une ressource accessible sur ce même Internet… Cette incohérence apparente ne peut être résolue qu’en cas de forte valeur ajoutée (masse critique documentaire spécialisée, compétences hautement développées, service personnalisé …), mais pas pour une simple accessibilité à des titres électroniques sur des postes en libre accès.

Les universités ont réussi le virage électronique à partir du moment où les abonnements ont irrigué l’ensemble des labos et bureaux des campus et où l’accès a dépassé les murs de la bibliothèque. Les bibliothèques publiques ne peuvent espérer rencontrer quelque succès (qui restera mesuré, compte tenu des usages constatés) qu’en franchissant le pas, que ce soit pour les revues, les archives de presse et les magazines. C’est possible ! Par exemple la Hennepin County Library permet à ses usagers inscrits d’accéder de chez eux à ses abonnements électroniques (voir ici en particulier). Connaissez-vous d’autres exemples ?

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3 commentaires »

  1. Cette pratique, qui se développe aussi en milieu universitaire au-delà du campus (accès depuis son domicile par l’étudiant ou le chercheur) est juridiquement bien balisée chez les éditeurs anglo-saxons et quelques éditeurs francophones (Cairn est un bon exemple). On donne accès non pas à un lieu physique (la bibliothèque) mais à une communauté (les lecteurs inscrits et ceux qui fréquentent la bibliothèque – « walk in users » dans les contrats anglophones).
    Reste:
    * à négocier cette clause dans les contrats qui ne la comportent pas d’emblée
    * à rendre sa réalisation possible: il faut être capable d’authentifier ses lecteurs avant qu’ils n’arrivent sur l’interface du prestataire de contenu. La solution technique la plus courante est un « reverse proxy » (et le plus courant de ceux-ci est ezproxy).
    Bref: un peu de négo’, un peu de technique. Un métier de bibliothécaire, quoi 😉

    Commentaire par nicomo — vendredi 18 juillet 2008 @ vendredi 18 juillet 2008

  2. […] si on a saisi son numéro d’abonné dans son profil, comme je l’évoquais il y a peu ici […]

    Ping par Un site de bibliothèque, qu’est-ce que c’est ? « Bertrand Calenge : carnet de notes — mercredi 30 juillet 2008 @ mercredi 30 juillet 2008


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