Bertrand Calenge : carnet de notes

Mardi 13 novembre 2012

Refuges professionnels

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mardi 13 novembre 2012

Le hasard fait que j’ai rencontré aujourd’hui, en parlant des exigences du métier de bibliothécaire, une affirmation arrêtée qui me fait sortir de mes gonds.

Une jeune collègue, même pas encore fraîche (é)moulue de ses études, m’affirme tout de go qu’une absolue priorité s’imposera à elle dans les recrutements qu’elle aura à opérer : un(e) bibliothécaire, me dit-elle, ne saurait aujourd’hui exercer son métier sans savoir jongler avec les codes-sources, les mash-up et autres API :
–  "Sans être exclusivement affecté à un service dédié au développement (faute d’ingénieur ad hoc) ? " , lui demandé-je
–  "Évidemment ! C’est le B.A. BA d’un métier en plein renouvellement !"

Maitrise de l’outil ou adéquation à la mission ?

En tant que vieil éléphant, j’ai de la mémoire… Et je me souviens… :
– Je me souviens des débats infinis sur le catalogage à deux niveaux ;
– je me souviens des arguties sur la pertinence de la liste RAMEAU vis-à-vis de certains publics ;
– Je me souviens des épreuves de catalogage du défunt CAFB, soigneusement discriminantes ;
– et… dois-je continuer ?

Quand je trouve certains collègues d’aujourd’hui très imbus des technologies les plus avancées, au point d’en exiger la maitrise préalable pour devenir leurs collègues (!), je ne peux m’empêcher de revoir mes vieux collègues s’indignant du déficit de professionnalisme des novices, pourtant pleins de bonne volonté, si ignares dans la maîtrise du catalogage. L’émergence de l’informatique dans les bibliothèques provoqua en son temps la même éruption impérative d’une technologie légitimante ou au moins justificatrice…

Serions-nous incapables d’affronter notre maigre et prestigieux destin sans le secours d’une béquille technocentrée ? Il faut servir une population, penser la culture d’un peuple, en stimuler l’imaginaire, la créativité et la réflexion, faire progresser la société, participer à l’éducation et à la recherche, et toujours et surtout garantir la mémoire et transmettre. Vaste programme, qui exige une inventivité toujours renouvelée, mais seulement accessoirement et localement la capacité à connaitre des arcanes des divers outils technologiques !

La maitrise des techniques actuelles (anciennement les normes de catalogage, aujourd’hui leur retour avec les FRBR ou le RDA, et bien sûr les "pipes" et "mashups") deviennent un point de repère professionnel, comme si la technique était l’ultime qualification dans le métier de bibliothécaire.

Bien sûr, chacun sait bien qu’un recrutement s’effectue sur des critères complexement croisés. Mais ceux-ci restent volontiers discrets ou généralistes dans les profils de poste, alors que l’excellence technologique d’un candidat sera volontiers remarquée. Et je ne vois guère d’impératifs apparaitre sur la capacité à opérer des choix intellectuels, sur l’aptitude à inventer des services efficaces, même si la capacité à gérer des projets complexes commence à devenir une exigence concurrente des strictes exigences technologiques.

Le métier de bibliothécaire (et, je le devine, celui de gestionnaire d’information – archiviste, documentaliste, etc. ) est d’abord une mission relevant prioritairement d’une exigence sociale et intellectuelle : il y a des publics à servir, des besoins à satisfaire, des choix intellectuels à opérer et mobiliser, etc.

Eh bien non, la technique serait toujours la muraille qui permettra de distinguer le professionnel, le refuge derrière lequel il se protégera…?

Fondamentaux du dinosaure ? smileys Forum

Qu’on ne me fasse pas dire qu’un bon bibliothécaire aujourd’hui pourrait dédaigner ces outils. Ce serait archi-faux, simplement parce que son environnement et les pratiques sociales lui imposent de s’emparer positivement des outils de son époque. Mais il n’est pas inutile de souligner cinq évidences :

  • Historiquement (et aujourd’hui encore), un bibliothécaire est au fond incapable d’inventer un outil spécifique. Au mieux, on attend de lui qu’il soit assez intelligent et imaginatif pour adapter à son objectif social et intellectuel des outils répandus par ailleurs au sein de son public (éventuellement avec une dose raisonnée d’anticipation sur le devenir glorieux de certains…). S’il sait bien le faire, bravo !
  • Techniquement, les outils dits autrefois spécifiquement bibliothécaires (associés souvent aux capacités d’organisation "métadonnéesques") ont innervé l’ensemble de la société numérique, qui s’en est emparé. Même si les bibliothécaires y conservent l’atout de leur excellente réputation de structuration, bien des processus à l’œuvre dans l’organisation de l’information se développent en dehors des canons bibliothécaires.
  • Inversement, autant que parallèlement, on sera attentif à la capacité à s’emparer d’outils issus d’autres univers professionnels (gestion de projet, conception de tableaux de bord, GRH, etc.) pour les comprendre et appliquer dans un contexte professionnel. Autant qu’on sera attentif à la capacité à aborder ou maitriser certains champs de savoir.
  • Derrière tous les outils du monde, la légitimation du professionnel tient en sa capacité à établir des contacts vivants : entre les documents et les lecteurs, entre les savoirs d’hier et leur manifestation contemporaine, entre les attentes cognitives de nos publics et notre capacité médiatrice…
  • Ce qui suppose, autant qu’une nécessaire adaptabilité aux évolutions technologiques, une vraie structuration intellectuelle, une attention portée aux publics interlocuteurs ou non, une volonté de participer à une entreprise collective, et surtout une intense curiosité multiforme et passionnée.

Bon, je crois en la réalité de ces cinq évidences.

Mais par ailleurs, si je connais et j’ai fini par apprendre les principes et usages de tous les outils, codes ou normes, je suis aujourd’hui incapable de cataloguer correctement des ‘mélanges’ !
Et si je suis particulièrement attentif aux opportunités technologiques dans leur dimension de service potentiel et essaye quotidiennement de me les rendre familiers, honte sur moi : je ne sais toujours pas manipuler nombre d’API de base !!

Alors, je prends ma retraite ?

smileys Forum

P.S. : ça fait presque cinq mois que je n’avais pas commis de billet sur ce carnet de notes. Alors non, je ne prends pas -encore – ma retraite, et je vais essayer de réactiver ma prose. Tant pis pour vous ! Et en plus, j’ai volontairement omis tout lien externe dans ce billet : honte encore sur moi, alors que j’ai parfaitement compris et plaidé le fait qu’il faut toujours offrir sur Internet une possibilité de navigation ; mais bon, on dira pour aujourd’hui que je suis "blogo-convalescent" smileys Forum

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19 Commentaires »

  1. Hello Bertrand. Vu ton billet depuis FB que tu as quitté !
    Même si je ne suis pas encore un vieil éléphant (juste une chouette ébouriffée), je suis d’accord avec toi.

    J’avais discuté avec un ancien mammouth, bien au courant de tout ce qui est informatique documentaire, et qui disait très bien qu’il y avait aussi un coté fascinant, et rassurant, à maitriser un outil informatique.
    Mais du coup on reste centré sur l’outil, le nez dans le cambouis. Il faut aussi lever la tête et regarder à coté. Attention à la fascination techo-informatique donc.
    Il faut savoir où l’on doit se poser, et ,si on doit comprendre l’informatique, pour autant il ne me semble pas nécessaire de maitriser les développements. Je ne suis pas systems librarian ! Il y en a qui le revendique, il en faut, peut-être, mais on ne peut pas l’exiger de tous.

    Commentaire par Elisabeth Noël — Mercredi 14 novembre 2012 @ Mercredi 14 novembre 2012

  2. [...] See on bccn.wordpress.com [...]

    Ping par Refuges professionnels | Bertrand Calenge | la bibliothèque, et veiller — Mercredi 14 novembre 2012 @ Mercredi 14 novembre 2012

  3. ça me rappelle la réflexion d’une collègue lors d’une journée de présentation de logiciels informatiques : "que vais-je faire si je ne catalogue plus ?" peut-être t’en souviens-tu ?
    informatique ou autre, il est tjrs rassurant de se cacher derrière les outils, parce qu’il est difficile de mettre en avant l’Humain, le relationnel, l’aspect "passeur" du métier…
    je crains un peu que l’hyper technicité ne prenne le pas…
    sans cracher sur les automates de prêt, par ex, … mais peuvent-ils remplacer le contact lors du prêt et du retour ?
    la déshumanisation n’est jamais une bonne chose…
    mais suis aussi une dinosaure bédépiste de formation, tare suprême sans doute !

    Commentaire par Marie-Christine Pascal — Mercredi 14 novembre 2012 @ Mercredi 14 novembre 2012

  4. Hello Bertrand, peut-être que nous sommes tous là des dinosaures mais l’expérience permet aussi de savoir que la technique passe. Les compétences techniques ne peuvent être que contextuelles et donc transitoires. Il en est passé des outils de toute sorte, nouvelles technologies ou pas. Moi, la seule chose vraiment fondamentale que je cherche chez un(e) candidat(e) au recrutement c’est sa capacité à se remettre en question et à en poser (des questions :). Et puis, je regarde s’il(elle) sait sourire aussi, oui. Et, s’il(elle) sait parler de son métier avec intérêt (et même passion, c’est mieux). Les codes et autres langages informatiques, ce n’est pas ça qui permet de répondre avec empathie à un lecteur un peu perdu dans le catalogue informatisé, de se mettre à la place d’un partenaire ou de donner un coup de main à un collègue débordé. La relation, c’est plus difficile à apprendre, bien sûr, et c’est potentiellement plus dangereux qu’un ordinateur.

    Mais comment se fait-il que les jeunes collègues sortent de formation avec de telles idées ? Les ont-ils en commençant ? N’y a-t-il pas trop d’enseignants professionnels qui continuent de leur distiller ça ?
    Ensuite, quand ces jeunes prennent vraiment un poste d’encadrant, ils s’aperçoivent que toutes ces belles notions techniques ne les aident pas à dynamiser leur équipe, à monter des projets motivants, à dialoguer avec leur hiérarchie ou à comprendre les besoins de leurs lecteurs.

    Commentaire par Françoise Hecquard — Jeudi 15 novembre 2012 @ Jeudi 15 novembre 2012

  5. Mais Françoise, pourquoi chercher des coupables (enseignants ou collègues) ? La sidération du rassurement technique n’a pas besoin de conseils malavisés pour émerger voire s’imposer…En fait, l’extériorisation autorisée par la technique facilite le non-engagement personnel et en quelque sorte "détourne le problème".

    Commentaire par bcalenge — Jeudi 15 novembre 2012 @ Jeudi 15 novembre 2012

  6. Je ne fais pas partie des dinosaures, loin de là, ni même des chouettes ébouriffées, et sans pour autant me classer dans la catégorie des novices, je suis plutôt une jeune collègue. Je ne pense pas que le refuge de la technique soit l’apanage des jeunes générations, pour avoir fréquenté nombre de dinosaures dewey-maniaques… Je suis assez adepte des "nouvelles technologies" (dans le sens trèèèèès large), parce qu’elles permettent d’élargir nos techniques et supports de médiation, mais elles restent dans la catégorie des outils. A utiliser à bon escient, donc. Dire que "les jeunes collègues sortent de formation avec de telles idées" est une généralité qui est fausse, à mon avis… Je trouve même assez condescendant de présupposer qu’ils ne sont pas capables de réfléchir leur métier avant de prendre un poste d’encadrant.

    Commentaire par Brigitte Fuentes — Jeudi 15 novembre 2012 @ Jeudi 15 novembre 2012

  7. Tout à fait d’accord ! Il n’y a pas, hélas, de barrières generationnelles ! Je suis inversement confiant dans la capacité de jugement de beaucoup de " jeunes collègues", même encore en formation !

    Commentaire par bcalenge — Jeudi 15 novembre 2012 @ Jeudi 15 novembre 2012

  8. Je suis de nature plutôt optimiste aussi ! Pensons également que ces outils permettent notamment aux "jeunes générations" d’avoir accès à des blogs de "dinosaures" qui n’en finissent jamais de réfléchir à notre beau métier, et donc d’enrichir leur propre réflexion. Et ça, c’est beau ! (c’est ma façon de saluer votre retour sur le web…)

    Commentaire par Brigitte Fuentes — Jeudi 15 novembre 2012 @ Jeudi 15 novembre 2012

  9. Oh ben ça c’est joliment tourné, Brigitte ! J’ai le droit de devenir un jeune dinosaure ? ;-)

    Commentaire par bcalenge — Jeudi 15 novembre 2012 @ Jeudi 15 novembre 2012

  10. (Bien sûr ! Vous avez même le droit de devenir un jeune éléphant… C’est plus récent, mais tellement moins impressionnant ! ;))

    Commentaire par Brigitte Fuentes — Vendredi 16 novembre 2012 @ Vendredi 16 novembre 2012

  11. Ah C’est rafraîchissant les propos d’éléphant!!! Et ça change des collègues qui ne savent parler qu’à leur souris!

    Bon et au programme ce we : visite au zoo!!! :-)

    Commentaire par Sabine Bailly — Vendredi 16 novembre 2012 @ Vendredi 16 novembre 2012

  12. Bonsoir,
    Pour moi, un bon bibliothécaire, c’est un bon bricoleur qui aime avant tout les gens, qui aime aussi l’idée de culture à tous les sens du terme (littéraire, scientifique, mais aussi culinaire, sportive, etc.), et qui s’efforce de faire le lien entre les gens et les cultures… J’enfonce une porte ouverte, mais il faut "cent fois sur le métier remettre notre ouvrage" !
    Moi qui ai toujours bien aimé les techniques (qui fut catalogueur fou, classificateur dingue…) je suis toujours désagréablement surpris de voir des collègues donner la priorité à l’outil par rapport à la mission !

    Commentaire par Pascal Wagner — Vendredi 16 novembre 2012 @ Vendredi 16 novembre 2012

  13. Bonsoir Pascal,

    Désolé, mais je hais le qualificatif de bricoleur.

    D’abord parce que je suis un très mauvais bricoleur, ensuite parce que je suis convaincu qu’il existe une démarche rigoureuse qui peut permettre de poursuivre un objectif ambitieux. Aimer et s’efforcer ne sont pas cette rigueur…

    Par ailleurs, je ne reproche pas à la technique son impérative rigueur procédurale (sans cela, elle serait justement … du bricolage !). Je lui dénie seulement le droit de dicter nos référentiels professionnels.

    Ce qui ne signifie pas – loin de là !! – que je ne revendique aucune rigueur dans la définition et la conduite des projets qui peuvent être entrepris !!!

    Soyons très très rigoureux et exigeants, c’est impératif !

    Commentaire par bcalenge — Vendredi 16 novembre 2012 @ Vendredi 16 novembre 2012

  14. Pour répondre à Brigitte Fuentès, en disant "les jeunes collègues", je n’avais aucune intention de généraliser à tous. Et je connais des collègues de toutes générations très attachés aux techniques quelles qu’elles soient. Et aussi beaucoup d’autres qui ne le sont pas particulièrement. Personnellement, j’adore ce que certains outils permettent de faire, réseaux sociaux ou RFID pour n’en citer que deux et je suis toujours curieuse des dernières inventions intelligentes et ludiques des créateurs de logiciels, de tablettes, de smartphones… Je crois que, grâce à eux notamment, les bibliothèques peuvent considérablement améliorer le service rendu. Mais ce ne sont que des outils qui doivent rester à leur place d’outils dans un métier qui est, de mon point de vue, avant tout basé sur la relation.

    Je suis d’accord avec toi, Bertrand, pour dire que "l’extériorisation autorisée par la technique facilite le non-engagement personnel et en quelque sorte « détourne le problème", mais je sais aussi comme le discours tenu par des enseignants charismatiques peut imprégner certains jeunes esprits qui n’ont pas encore le terrain pour relativiser la théorie. Bien sûr, cela n’explique pas tout et cela ne concerne pas tout le monde non plus mais cet attachement à la technique a été et reste très répandu dans nos écoles professionnelles. On le voit notamment quand on reçoit de jeunes candidats au recrutement persuadés que le seul critère qui va nous faire les choisir c’est leur capacité à manipuler tel ou tel logiciel à la mode. Ils ne pensent, du coup, même pas à mettre en avant leurs autres compétences. Ils se sont forgés cette conviction en observant les collègues pendant leurs stages, en écoutant leurs profs….

    J’ai dernièrement fait une recherche dans la littérature professionnelle française sur internet à partir du mot "accueil", pour un livre qui doit paraître très prochainement sur ce sujet. On trouve bien sûr bon nombre d’articles qui contiennent ce mot. Mais extrêmement peu qui l’ont dans leur titre. Je n’ai pas cherché à "médiation" mais j’imagine qu’ils sont encore plus rares. Et j’ai eu à chercher aussi des articles qui traitent de management d’équipe. Dans la littérature professionnelle française toujours, ils se comptent sur très peu de doigts :) Sur les sujets techniques par contre…

    Commentaire par Françoise Hecquard — Dimanche 18 novembre 2012 @ Dimanche 18 novembre 2012

  15. Ni dinosaure, ni chouette, ni éléphant : je me sens plutôt caméléon.

    Je travaille en bibliothèque universitaire depuis cinq ans, après avoir été documentaliste archiviste. Je pense que la qualité première d’un bibliothécaire, la curiosité intellectuelle, n’est rien sans capacité à s’adapter tant aux exigences de postes successifs qu’à l’évolution technologique.

    Comme notre jeune collègue, j’ai été "un ayatollah de l’informatique". Et il en faut ! il me semble que nombre de bibliothécaires sont "largués" par rapport aux outils : certains ne savent pas manipuler des fichiers Excel un peu complexe, réaliser une biblio avec Zotero, gérer les réseaux sociaux. Quand au catalogage, j’ai pu constater combien il pouvait être un refuge fragile. Ayant mis en œuvre dans mon SCD les procédures d’exemplarisation automatique des ressources électronique recommandées par l"Abes, je me suis parfois retrouvé seul face aux problèmes, car mes collègues catalogueurs ne savaient pas faire, donc ne faisaient pas.

    Je pense donc que si un bibliothécaire de 25 ans ne connait pas grand chose à l’informatique, comment se sera t-il adapté dans 40 ans à son environnement technologique ? Cela pose question. Ceci-ci dit, je suis personnellement de plus en plus en retrait par rapport à cet impératif technologique et j’apprécie de mieux en mieux l’aspect "médiation" de mon métier. Un effet de l’âge ?

    Commentaire par stephane Dufournet — Dimanche 18 novembre 2012 @ Dimanche 18 novembre 2012

  16. PS : Désolé pour les fautes de frappe. j’écris depuis un @#$%&*-!!? smartphone

    Commentaire par Stéphane Dufournet — Dimanche 18 novembre 2012 @ Dimanche 18 novembre 2012

  17. Pour Françoise Hecquard, je pense que nous sommes tous d’accord pour dire que notre métier est centré sur l’humain (y compris les "jeunes générations"). La médiation entre les (non)usagers et les supports culturels dans leur ensemble nécessite obligatoirement une relation de confiance. Et l’informatique est non seulement un outil supplémentaire (et aujourd’hui incontournable) pour nous aider dans cette tâche, mais doit également faire l’objet d’une médiation (nous devons donc connaître (et maîtriser…) l’objet). Ce n’est pas là dessus que je réagissais (j’admire cependant la jolie rhétorique pour faire glisser l’échange vers un consensus…). Vous faites peut-être aussi les frais de mon ras-le-bol de ce mépris qu’ont parfois les professionnels aguerris envers les "jeunes générations"…

    P.S. : Vous aurez noté mon humeur parenthèses (désolée pour ceux que ça gêne ;))

    Commentaire par Brigitte Fuentes — Mardi 20 novembre 2012 @ Mardi 20 novembre 2012

  18. Bonjour Bertrand

    Content de te relire. :-)

    Bizarre, mais je n’aurais pas posé la même question. Je lui aurais plutôt dit : pour qui et pour quoi faire ?

    Jongler avec les codes sources, mashups, etc. Pour qui ? Pour quoi faire ? Ou : pour quoi faire ? A destination de qui ?

    Ces outils ont une pertinence certaine pour des actions et des publics ciblés.
    Mais au-delà, quoi ?

    Pour qui et pour quoi faire : c’est le b.a.-ba du développement informatique. :-)
    Avant même d’envisager les outils ou les langages de programmation, ce sont les premières questions à se poser.

    Après, une autre question, qui s’impose à moi, est la suivante : cette jeune collègue a-t-elle été sur le terrain, afin de vérifier le quand ?

    Quand les bibliothécaires utilisent-ils ce genre d’outils ?
    A quel moment ? (et re pour qui et pour quoi faire ?)

    Renouvellement du métier, peut-être, mais à quel niveau ?
    Et quand ?

    Un simple regard sur les tâches des services en bibliothèque lui montrerait que ce genre d’outils ne s’applique pas partout, ni en permanence.

    Et que si elle n’embauche que des personnes capables de piocher/jongler dans le code source, mash-ups et d’API, ils vont bientôt se battre à qui fera le mash-up…
    Peut-être bien à coups de machettes pour finir !

    Sera-t-elle la gagnante ?
    "Pour qui" et "pour quoi faire", ça implique aussi le nombre de personnes dévolues à la tâche.

    Maintenant, pourquoi cette jeune collègue dit-elle ça, et cela fait-il de toi un dinosaure ?

    J’ai bien lu tes cinq points. Je suis d’accord avec 80 % d’entre eux.
    Les bibliothécaires ont au moins créé un outil spécifique. C’est la Dewey, ou tout autre système de codification identique. C’est un outil tellement spécifique qu’il est (qu’ils sont) inexportable à l’extérieur.
    De cet outil dépend en grande partie l’organisation des collections dans les rayonnages, mais aussi de la consultation de l’OPAC.

    Là, tu le remarqueras : c’est tellement spécifique que rares sont les OPAC à permettre une consultations par cote. C’est un outil "interne"… comme si un lecteur n’avait pas envie de voir les documents analogues. L’équivalent du like sur Google, mais bon passons. Sur ce point-là, je ne suis pas d’accord.

    Pour le reste, oui, je suis d’accord.
    Enfin presque, Google n’a attendu ni les métadonnées, ni l’organisation structurelle des bibliothécaires. Mais revenons à nos quatre pattes de dinosaure.

    Est-ce que ça fait de toi un dinosaure ?
    La réponse est non, et tu partiras à la retraite bien trop tôt.

    Pourtant, tu as oublié un détail dans ta réponse.
    Elle est jeune, même pas encore fraîche émoulue de ses études.

    Ta réponse, et celles qui ont suivi en commentaire, sont celles de gens expérimentés.
    De gens qui savent que la technique passe et que l’homme ou la femme restent.
    Et la caravane technique passe vite, très vite. ;-)
    Durée de vie : trois ans.

    Maintenant, comment une jeune collègue, encore étudiante, peut-elle envisager d’embaucher quelqu’un ?
    Qu’est-ce qu’elle connaît, quels sont les critères qui lui permettront de ne pas se tromper dans son embauche ?

    Réponse : les seuls critères qu’elle maîtrise.
    – Jongler avec le code source, les mash-ups et les API.

    C’est une réponse logique.
    Elle ne peut pas embaucher quelqu’un sur des compétences dont elle ignore tout ; il lui faudra des points de comparaison pour savoir et décider. Ça va bien au-dessus de la technicité pure et dure.

    On aurait pu, dans les mêmes conditions, s’amuser à répondre :
    Un(e) bibliothécaire, me dit-elle, ne saurait aujourd’hui exercer son métier sans savoir jongler avec les codes-sources, les mash-up et autres API :
    - Et le macramé ?

    Là, tu peux être sûr d’obtenir de grands yeux, pleins d’interrogations ?
    Sauf si elle connaît le macramé. :-)

    Et quand bien même ! Elle aurait compris que la technique, c’est un point de détail tout aussi important que le macramé. C’est de même niveau, et ça nous ramène au "pour qui" et "pour quoi faire" du début.

    Bien cordialement
    B. Majour

    Commentaire par B. Majour — Mardi 20 novembre 2012 @ Mardi 20 novembre 2012

  19. Je suis globalement d’accord tant avec l’auteur qu’avec les commentateurs. Ce n’est pas parce que des compétences nouvelles sont requises que les fondamentaux ne restent pas les mêmes. Je suis d’accord avec Bertrand quand il rappelle que la profession, en quête de légitimité, tend parfois à se cacher derrière la technique. Ainsi, les compétences informatiques s’ajoutent aux autres compétences. Elles ne s’y substituent pas.

    Pour autant, quand Bernard Strainchamp a monté le site collaboratif "mauvais genres", un véritable outil de médiation autour du roman policier, il n’a pas été suivi par sa hiérarchie. Le "pour qui" et le "pour quoi faire" étaient pris en compte (B Majour). C’est le "quand" qui a manqué : En 2005, les lecteurs étaient déjà prêts, c’est la hiérarchie qui ne l’était pas { http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/documentation/pages/2005/63_mauvaisgenresetait.aspx }.

    Ce n’est donc pas un mal que l’informatique ait fini par faire son entrée dans les bibliothèques, autrement que par le SIGB. Mais API, pipes et mash-up ne sont qu’un moment de l’histoire, d’autres techniques les remplaceront. Se cacher derrière elles comme derrière le catalogage jadis, c’est s’exposer à son tour à la sclérose. Comme le dit Françoise Hecquard, les compétences techniques ne peuvent être que contextuelles et donc transitoires. D’où ma maxime, empruntée à Olivier Tacheau : "Rester compétent en se posant toujours les bonnes questions plutôt qu’être compétent à un moment donné avec les bonnes réponses, vite périmées." Et cela ne vaut pas que pour l’informatique!

    Commentaire par Franck Infodocbib — Vendredi 21 décembre 2012 @ Vendredi 21 décembre 2012


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