Bertrand Calenge : carnet de notes

Mardi 3 janvier 2012

La médiation : concept-clé ou mot-valise ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mardi 3 janvier 2012

Mes premiers pas à l’Enssib à la direction des Études me donnent, vous l’imaginez, l’occasion de mille découvertes et rencontres. Dans le bouillonnement de cette prise de fonctions, je garde un œil sur ce Carnet de notes, avec lequel je rejoins mon établissement via son activité d’édition..

Une nouvelle ‘Boite à outils‘ consacrée par l’Enssib à La médiation documentaire numérique  va bientôt voir le jour. Comme j’ai l’honneur d’y contribuer sous la houlette de Xavier Galaup, j’ai eu l’occasion de récapituler récemment le sommaire de cet opus. Le travail est de qualité, mais je me suis interrogé sur le qualificatif de médiation qui réunit les diverses contributions.

Ce terme de médiation, employé en bibliothèque, a connu et connait encore des fortunes diverses. Un moment associé à l’émergence de nouveaux métiers,  il apparait régulièrement comme une évidence professionnelle, se transforme en avatar singulier avec la médiation numérique, enfin tend à devenir aujourd’hui une injonction catégorique. Cette réitération plastique (1 300 000 résultats dans Google à la requête ‘médiation en bibliothèque’ !) nécessite quelques éclaircissements…

Par curiosité, je suis allé relire (avant ma prise de poste ! depuis deux jours je ne touche plus terre !…) quelques dizaines d’articles, billets ou diaporamas posant en argument central cette médiation : quoi de commun entre une journée d’étude sur la médiation du patrimoine, un appel à placer la médiation numérique au coeur du projet d’établissement et une analyse des modalités de médiation/formation des publics en autoformation ? J’en viens à partager la perplexité d’Olivier Chourrot interrogeant « Le bibliothécaire est-il un médiateur ?« …

Olivier Chourrot avance que le terme de médiateur n’a guère de portée opératoire, et lui préfère le terme d’accompagnateur. La médiation est-elle un accompagnement ? Si j’aime beaucoup ce dernier terme pour son éloquente modestie, ma perplexité demeure ; en échangeant le terme de médiation pour celui d’accompagnement, je n’éclaircis en rien le paysage : l’accompagnement du patrimoine, l’accompagnement numérique au cœur du projet d’établissement, l’accompagnement des publics en autoformation…

(c) KJB de signets graphiques

Orienté public ?

A la (re)lecture de ces multiples contributions, je n’y vois qu’un point commun : le souci d’une prise en compte des besoins et pratiques des usagers dans les différentes modalités de leur rencontre avec une offre cognitive de la bibliothèque (documents, habiletés, savoir-faire,…). Ce souci est on ne peut plus louable, mais peut cacher deux conceptions de ce public.

La première – la plus ouverte – peut vouloir se mettre ‘dans la peau’ de l’usager. C’est un des gros atouts des dispositifs de médiation numérique proposés par Silvère Mercier et d’autres : on ne préjuge pas des intentions des publics rencontrés, on entre dans leurs habitudes de navigation et d’inscription dans les réseaux sociaux. L’objectif est ici de rendre naturelle, connivente, voire banale la rencontre avec un service de la bibliothèque.

La seconde – plus ambigüe – se pose en « modeleur de public ». Le résumé du mémoire sur la formation/médiation en autoformation est éclairant sur ce point : « La question de la médiation est donc centrale dans l’objectif de rendre les usagers plus autonomes et leur permettre de s’approprier leur apprentissage« . On retrouve cette approche chez le consultant Philippe Cazeneuve, qui donne la définition suivante : « La médiation numérique consiste à accompagner des publics variés vers l’autonomie, dans les usages quotidiens des technologies, services et médias numériques ». Peut-on confondre la médiation avec un processus prescriptif ? Cela me pose problème, comme à Silvère Mercier : je me méfie de la revendication d’autonomisation de l’usager, comme je l’ai déjà écrit. S’il est vrai que l’activité de formation est une composante possible du service aux publics (lorsque ces derniers en expriment le besoin ou que l’environnement institutionnel en donne l’injonction), qualifier cette dernière du nom de médiation ne fait qu’en rendre plus floue la définition opératoire.

bibliothèque de Calgary

Une mise en scène ?

En gardant pour acquise la posture orientée publics, notre voyage dans la médiation réserve une autre perplexité : comment s’exerce cette posture ? Reprenons la définition de la médiation numérique que donne Silvère : La médiation numérique est une démarche visant à mettre en œuvre des dispositifs de nature techniques, éditoriaux ou interactifs pour favoriser l’accès organisé ou fortuit, l’appropriation ou la dissémination de contenus à des fins de diffusion des savoirs et des savoir-faire. L’accent y est mis sur les « dispositifs » (même si la définition pose en préalable la démarche), ce qui me déclenche immédiatement une sonnette d’alarme.

Les bibliothécaires adorent les dispositifs : c’est du sans doute à leur souci ancien de mise en ordre. Mais un dispositif peut-il constituer une médiation ? Voilà une des ambiguïtés qui me titillent lorsqu’on parle d’outils de médiation : la hache ne suffit pas à définir le bûcheron, et je n’aime pas voir déclarer qu’un outil ou un dispositif  – fût-il numérique – est naturellement et essentiellement un outil de médiation. Après tout, les inventeurs de l’organisation en libre accès peuvent parfaitement s’inscrire dans cette définition d’un dispositif de médiation. Et un soupçon horrible me vient à l’esprit : et si les talentueux organisateurs numériques d’aujourd’hui, avec leurs tags, leurs boutons ‘j’aime’ et autres dispositifs techniques, étaient tout simplement les inventeurs d’un libre accès numérique ?

Sauf qu’on connait les dérives de tels dispositifs, dont le fonctionnement s’auto-alimente au gré des évolutions technologiques et finit par s’institutionnaliser…  Et il est parfois tentant de vivre heureux en restant caché derrière le dispositif. Même l’ambition contemporaine d’établir un espace (numérique souvent) de dialogue et d’échanges entre visiteurs, pour intéressante qu’elle soit, ne saurait remplacer l’implication personnelle des bibliothécaires.

D. Lahary - ADBDP

Et le bibliothécaire médiateur ?

Pas d’ambiguïté : je n’ai absolument rien contre de tels dispositifs, et toute organisation pratique orientée publics est une bonne chose. Ce qui me pose problème, c’est la démarche englobante associant toutes sortes d’outils et de procédures orientés publics dans un ensemble flou appelé médiation. Or un terme trop flou n’est guère opératoire…. Je reprends la définition donnée par Wikipedia à la médiation (au 16/12/2011) : « La médiation est une pratique ou une discipline qui vise à définir l’intervention d’un tiers pour faciliter la circulation d’information. Le tiers est appelé médiateur. La définition de cette activité varie selon les contextes d’application. Néanmoins, des constantes existent à chaque fois qu’un tiers intervient pour faciliter une relation ou la compréhension d’une situation et des éléments de pédagogie et de qualité relationnelle se retrouvent dans les pratiques de la médiation« . Dans cette définition, je ne vois nul dispositif, mais un être humain engagé personnellement.

Certes, l’être humain en question n’est pas désincarné et ne parle pas depuis Sirius. Dans le cas des bibliothèques, il s’inscrit dans une institution, et son action est cadrée par des dispositifs organisationnels voire techniques. Mais c’est lui qui porte la médiation, et non le dispositif ni l’institution. Je dirais même qu’est dispositif de médiation toute organisation ou technologie qui vise à permettre à des bibliothécaires bien réels de favoriser l’accès organisé ou fortuit, l’appropriation ou la dissémination de contenus à des fins de diffusion des savoirs et des savoir-faire (pour reprendre in extenso la fin de la définition de Silvère).

Dans ces conditions, c’est l’implication professionnelle personnelle qui entre au cœur de la médiation. On peut alors essayer de jouer à un petit jeu des erreurs :

  • positionner des bibliothécaires dans la salle et non derrière un bureau pour apporter leur aide = de la médiation
  • proposer aux usagers de laisser leurs commentaires sur les notices du catalogue = pas de la médiation
  • ouvrir un service de questions-réponses = de la médiation
  • réinventer un plan de classement = pas de la médiation
  • faire s’exprimer les bibliothécaires sur les titres qu’ils aiment ou détestent = de la médiation
  • ajouter des espaces de commentaires dans le catalogue sur le site de la bibliothèque = pas de la médiation
  • etc.

Cette approche nécessite d’aller un peu plus loin : un métier de médiation s’exerce dans un cadre professionnel défini. Il existe des médiateurs juridiques comme des médiateurs sociaux, ce que ne sont pas les bibliothécaires. Lionel Dujol parle quelque part de « médiateurs informationnels », je préfèrerais presque « médiateurs cognitifs ». Dans tous les cas, on voit bien ce qui est en jeu : la mobilisation des bibliothécaires pour accompagner des publics dans leur quête de connaissance, de savoir, voire de ‘litteracy’ à l’anglo-saxonne…

De la difficulté d’une médiation réussie

Dans cette approche restrictive de la médiation, la difficulté tient malgré tout aux dispositifs mis en œuvre pour provoquer ou faciliter l’acte de médiation dans une exigence d’attention aux publics réels (comme quoi on retrouve quand même des dispositifs !…). Un engagement rédactionnel de bibliothécaires, par exemple, est un acte de production de contenu qui peut être génial s’il est conçu en fonction des intérêts de publics possibles, mais qui peut aussi tourner à la délectation de soi-même. C’est pourquoi je pense indispensable de désigner un coordinateur des dispositifs de médiation, qui constamment évalue le succès réel des initiatives, provoque la remise en cause de la tendance routinière, encourage le perfectionnement communicationnel, etc.

L’autre écueil tient dans les limitations des compétences bibliothécaires. La constante attention portée aux publics doit toujours s’accompagner d’une curiosité renouvelée, d’un engagement actif dans les pratiques d’information actuelles : je suis toujours inquiet quand j’entends un bibliothécaire se vanter de ne pas regarder la télévision ou de dédaigner l’univers d’Internet (et je vous jure que j’en ai rencontrés !smileys Forum).

Malgré – ou ‘grâce à’ ? – ces contraintes, je conçois plutôt la médiation comme une implication personnelle du professionnel attentif à ses usagers, donc naturellement  à une remise en cause critique constante des dispositifs techniques et organisationnels mis en œuvre afin de rendre cette implication la plus efficace possible. Peu importe que l’objectif soit ‘formatif’ ou ‘accompagnateur’.

La définition est plus limitative sans doute, mais elle permet de mieux cibler ce que recouvre ce terme.  Est-ce trop limitatif ? A vous de dire.
Reste à décliner en pratiques, procédures, postures, etc. cette activité professionnelle autant que personnelle de médiation…

P.S. : au moment où j’achève de rédiger ces lignes, je tombe sur le dernier billet de Silvère intitulé Médiation numérique et culture de l’information : repositionner les bibliothécaires. Je constate que ses réflexions le conduisent également à mettre en avant une fonction active des professionnels dans l’activité de médiation. Et j’ajoute que dans cette perspective il propose là quelques pistes éclairantes, qui peuvent poursuivre efficacement mon propos…

P.P.S : que ces réflexions généralistes ne vous empêchent pas de courir acheter cette Boite à outils dès sa parution à la fin de l’hiver ! Elle est pleine d’enseignements très riches !!

About these ads

17 commentaires »

  1. Du mal à voir la différence entre deux exemples de non-médiation :
    *proposer aux usagers de laisser leurs commentaires sur les notices du catalogue = pas de la médiation
    *ajouter des espaces de commentaires dans le catalogue = pas de la médiation

    (mais d’accord avec le fait que ce n’est pas de la médiation)

    Commentaire par Gihjo — Mardi 3 janvier 2012 @ Mardi 3 janvier 2012

  2. @Gihjo, tout à fait d’accord avec votre critique : mon clavier a fourché. J’ai rectifié…

    Commentaire par bcalenge — Mercredi 4 janvier 2012 @ Mercredi 4 janvier 2012

  3. [...] La médiation : concept-clé ou mot-valise ? « Bertrand Calenge : carnet de notes Une nouvelle ‘ Boite à outils ‘ consacrée par l’Enssib à La médiation documentaire numérique va bientôt voir le jour. Comme j’ai l’honneur d’y contribuer sous la houlette de Xavier Galaup, j’ai eu l’occasion de récapituler récemment le sommaire de cet opus. Le travail est de qualité, mais je me suis interrogé sur le qualificatif de médiation qui réunit les diverses contributions. Ce terme de médiation, employé en bibliothèque, a connu et connait encore des fortunes diverses. Un moment associé à l’émergence de nouveaux métiers, il apparait régulièrement comme une évidence professionnelle, se transforme en avatar singulier avec la médiation numérique, enfin tend à devenir aujourd’hui une injonction catégorique. Cette réitération plastique (1 300 000 résultats dans Google à la requête ‘médiation en bibliothèque’ !) [...]

    Ping par Médiation numérique by cathe - Pearltrees — Mercredi 4 janvier 2012 @ Mercredi 4 janvier 2012

  4. Merci de tes citations Bertrand, et merci de chercher à débroussailler un champ qui a besoin de l’être! Tu as tout à fait raison d’écrire à la fin de ton billet : « je conçois plutôt la médiation comme une implication personnelle du professionnel attentif à ses usagers, donc naturellement à une remise en cause critique constante des dispositifs techniques et organisationnels mis en œuvre afin de rendre cette implication la plus efficace possible. Peu importe que l’objectif soit ‘formatif’ ou ‘accompagnateur’. »

    C’est tout à fait ça, tu l’as noté c’est la démarche pour moi qui est importante, j’ai envie que les bibliothécaires soient des bâtisseurs de dispositifs ! Si j’insiste sur la démarche, c’est pour faire comprendre comme tu l’as noté que la neutralité n’est pas de mise. Pour autant, certains dispositifs sont techniques même s’ils sont insérés dans une démarche de médiation globale. Par exemple installer des QR code, ça n’est pas une implication intellectuelle du bibliothécaire (à la différence d’une réponse à une question du guichet), mais c’est un des moments d’une démarche de méditation qui montre qu’il a compris que l’enjeu est la circulation des données… Lesquelles? pourquoi? comment? dès qu’on pose ces questions on entre dans le projet dans la démarche. Il y a donc bien plusieurs type de dispositifs et une démarche globale. Pourquoi j’insiste souvent sur ce terme de dispositif? Parce qu’un dispositif c’est pas seulement un outil c’est un équilibre entre des données, un besoin perçu, une volonté des les faire circuler ou de les mettre en forme avec un outil susceptible de faire naître des usages. C’est le propre du numérique je crois de casser la belle distinction entre outil et idée avec ce déséquilibre profond qui place toujours l’outil après. L’outil façonne toujours comme tu le soulignes aussi. La remise en cause critique que tu évoques est fondamentale, elle introduit la notion d’expérimentation. Faire de la médiation numérique, c’est ajuster ses dispositifs et les coordonner.

    Enfin, c’est important, je ne cherche pas pour ma part à redéfinir un champ propre aux bibliothécaires (comme la poldoc). Les fondateurs de facebook ont crée un dispositif de médiation à grande échelle, à nous de l’orienter et de nous l’approprier selon nos objectifs liés à la culture de l’information. J’ai essayé de proposer une définition suffisamment ouverte pour éclaircir le flou d’un mot valise et légitimer l’impulsion de projets numériques orientés vers cette notion, c’est en cela que la médiation numérique me semble opératoire.

    Commentaire par Silvae — Mercredi 4 janvier 2012 @ Mercredi 4 janvier 2012

  5. Et pourrait-on faire évoluer le concept de médiation en médication du « professionnel attentif à ses usagers » ? Que  » l’objectif soit ‘formatif’ ou ‘accompagnateur’  » est complexe également, surtout s’il faut observer d’un œil vigilant les dispositifs techniques et organisationnels de l’accompagnement. En tout cas cela fait réfléchir. Merci.
    François Delaroche.

    Commentaire par Delaroche — Mercredi 4 janvier 2012 @ Mercredi 4 janvier 2012

  6. bonjour,
    M. Calenge
    La médiation est un grand sujet que je vous remercie d’évoquer.
    Ceci dit,franchement, je m’abstiendrai de commenter. La dernière fois que je l’ai fait sur un blog de bibliothécaire, on m’a « objecté » que je dissertais (sic)et, plus subtil encore, que « Piquet il est piqué ».un(e) courageu(se) anonyme m’a même menacé de me
    frapper. Je laisserai donc ces grands esprits à leurs tabous sur le sujet.
    Votre texte est pourtant bien intéressant, mais la médiation sous toutes ses formes touche aujourd’hui, dans les bibliothèques, à trop d’intérêts carriéristes pour qu’on puisse en traiter sans voir intervenir des individus qui se servent de leurs blogs pour se réserver le dernier mot -si minable soit-il.
    Qu’importe cette lie; un seul souhait pour 2012:Monsieur Calenge, CONTINUEZ!

    Commentaire par piquet — Mercredi 4 janvier 2012 @ Mercredi 4 janvier 2012

  7. Merci, Silvère, pour ton très riche commentaire. Et je suis d’accord avec toi pour souligner que la médiation numérique a du sens quand il s’agit d’articuler un désir de médiation avec les opportunités d’outils et plus encore de réseaux. Deux observations toutefois :

    – si les dispositifs ne sont rien sans adéquation à un processus de médiation humaine, je sais hélas que le risque toujours prégnant est de voir le dispositif technique entrer dans une routine impérative. Pour prendre l’exemple des QR codes, certains imagineront de « QR coder » toutes leurs notices… sans s’interroger sur la pertinence d’un tel signalement, sans proposer de services d’accompagnement, sans modifier leurs contraintes d’accès aux documents, etc. (en attendant qui sait d’en faire un élément de norme NFZ-xxx… )

    – en revanche, l’exigence de remise en cause permanente que tu évoques doit être constamment répétée. Je pense qu’une démarche de médiation se construit, plutôt que comme une expérimentation, mais comme une gestion de projet (éventuellement initiée par l’opportunité d’outils intéressants). Cette conception aiderait mieux à situer les objectifs, le contexte humain, organisationnel et technique, et surtout – ce qui est trop rare – l’exigence d’une évaluation précise du dispositif technico-humain ainsi mobilisé.

    Commentaire par bcalenge — Mercredi 4 janvier 2012 @ Mercredi 4 janvier 2012

  8. Un billet et des commentaires bien intéressants. Il n’empêche que je rebondis sur le terme de gestion de projet : pourquoi pas, mais il sous entend souvent ce qu’on nomme il me semble un « livrable ». Ce pourrait être une étude de la mise en place d’un ou de dispositifs plus ou moins expérimentaux. J’écris plus ou moins car quand une institution a fait un premier pas avec la mise en place d’un compte facebook par exemple, si celui est vivant (de part les professionnels qui l’animent et les usagers), on peut parier qu’il va perdurer.
    J’ai l’impression que pour une bonne décennie encore au moins, nous sommes encore à des stades d’expérimentation. Technique et commerciale pour les fabricants de matériel informatique. Et les supports (du téléphone portable, tablette à l’ordinateur sans oublier le papier) modèlent et transforment les usages et là c’est intéressant. Je pense que c’est en observant un tant soi peu les usages (ce peut être en comptant le nombres d’ordinateurs portables dans une salle de lecture versus en comparant les usages qui y sont fait dans d’autres lieux publics) que l’on peut avancer, proposer des expérimentations parfois et surtout interagir toujours avec les publics au pluriel car chaque personne, usage, demande sont différents.
    Enfin, cela me semble intéressant de faire un bilan de projet (même si le projet a échoué, ce n’est pas toujours la faute de ce qui l’ont initié, cela peut dépendre de multiples paramètres) : cela peut permettre de mettre un petit point final pour en tenter un autre peut-être après. (Attention un bilan n’est pas forcément une évaluation) Et de garder trace. J’ai lu hier que la Bibliothèque du Congrès aurait reçu le dépôt des archives de Tweeter
    Enfin, il me semble que le bon bibliothécaire est un accompagnant c’est certain : son but est d’aider l’usager à aller vers l’information a priori recherchée. Mais maintenant, on peut aussi interagir via les dispositifs… donc créer un peu quand même!

    Commentaire par Lysistratia — Vendredi 6 janvier 2012 @ Vendredi 6 janvier 2012

  9. @Lysistratia,

    Si la gestion de projet aboutit la plupart du temps à un livrable, la démarche et les méthodes me semblent fonctionner pour des dispositifs/démarches de médiation, pour deux raisons :
    – un tel dispositif mobilise de nombreux acteurs et facteurs, et la mise en place d’un compte Facebook par exemple doit bien aboutir à un ‘livrable’ de médiation active dont les rouages et l’évaluation doivent être cadrés ;
    – la démarche de projet impose de ne jamais considérer un service comme achevé, et oblige à considérer le dispositif comme quelque chose qui doit être repensé périodiquement, évoluer (surtout au gré des technologies et des appétences des publics), voire être supprimé. Cela me semble essentiel dans un dispositif – pour reprendre encore le terme – au sein duquel c’est la mobilisation humaine qui est première et motrice, et non le dispositif technique.

    Commentaire par bcalenge — Vendredi 6 janvier 2012 @ Vendredi 6 janvier 2012

  10. [...] Google à la requête ‘médiation en bibliothèque’ !) nécessite quelques éclaircissements…Via bccn.wordpress.com Share [...]

    Ping par La médiation : concept-clé ou mot-valise ? « la bibliothèque, et veiller — Dimanche 8 janvier 2012 @ Dimanche 8 janvier 2012

  11. Je rejoins vos préoccupations… C’est pourquoi j’insiste en formation et dans mes textes sur le fait de définir un projet de médiation documentaire numérique avant de choisir des outils ou des dispositifs. Pour éviter de se faire piéger pour l’outil, il faut sans cesse l’envisager comme un dialogue permanent avec l’usager ou l’internaute… Je conclue ainsi la réflexion sur le concept dans la BAO à paraître: « La médiation documentaire numérique apparaît dès lors comme une démarche hybride entre outil de mise en valeur des contenus, outil de communication et outil de relation à l’usager. » A suivre dans le livre et sa version numérique ;-)

    Commentaire par Xavier G. — Lundi 9 janvier 2012 @ Lundi 9 janvier 2012

  12. Un grain de sable… Assez d’accord avec tous ces commentaires ; cela m’ évoque les débats sur la médiation culturelle en milieu muséal au tournant des années 2000 ; même interrogations sur le flou, la confusion médiation / communication et médiation / moyens, outils, l’instrumentation de la médiation (dans des finalités autres), etc … qui perdurent aussi aujourd’hui. Et les doutes du concepteur : situation ou non de médiation ?
    Concernant la « médiation numérique », j’avoue que l’expression est elle-même porteuse d’interrogations : si la médiation est une « mise en relation » le fameux « entre », ou une « interprétation » (son équivalent employé en culture anglosaxone), quel sens prend la « médiation numérique » : médiation au, du ou par le numérique ? …
    ou plus simplement n’est-elle pas une des modalités de médiation culturelle (en bibliothèque, en musée ou autre…) et alors ce qui importe, c’est bien que la personne « en médiation » puisse se saisir de « l’objet » (oeuvre, contenu etc… ) proposé, l’enrichir de sa propre perception et partager ce nouveau « regard construit» avec d’autres… « Cherchez l’humain derrière les choses »…
    Clotilde Charreton (miss poldoc médiathèque du Rhône et membre association médiation culturelle http://www.mediationculturelle.net)

    Commentaire par Clotilde Charreton — Lundi 9 janvier 2012 @ Lundi 9 janvier 2012

  13. [...] (typeof(addthis_share) == "undefined"){ addthis_share = [];}Bertrand Calenge dans son carnet de notes a bien raison de pointer l’ambivalence du concept de médiation numérique en bibliothèque. [...]

    Ping par Médiation numérique et réticulaire en bibliothèque. | L'alambic numérique — Lundi 9 janvier 2012 @ Lundi 9 janvier 2012

  14. Bonjour,

    bibliothécaire ayant suivi un cursus de médiation culturelle, je peux apporter l’éclairage suivant.
    La médiation vient de l’anglo-saxon « facilitator » : en diplomatie, dans le social. Aussi pourrait-on y rattacher l’ombusman scandinave, devenu médiateur en France (Dominique Baudis, défenseur des droits, Nicole Notat pour la SNCF, d’autres à Radio France et même au MESR puisque j’y fis appel lors de l’annulation soudaine d’un concours de bibliothèque sans remboursement de réservation d’hôtel et de train, etc.). Face à l’échec relatif de la démocratisation culturelle en France est apparu mi 90’s le médiateur culturel depuis le Ministère de la Culture. La référence fut Elisabeth Caillet, À l’approche du musée, la médiation culturelle. La revue de référence a migré de Bourgogne à Avignon : Publics et musées devenu Culture et Musées (Hana Gottesdiener, Jean Davallon).
    Le fond philosophique de notre cursus à Marseille était Nietzsche, Lacan (le schéma Z de la Lettre volée), Marx, Hegel) saupoudré de sociologie (J. Zay, Peupe et culture; J. Dumazedier, J. Caune; des publics, des pratiques culturelles avec le DEP, etc.). Il s’agissait de mettre en lien les publics et les oeuvres face au constat de l’échec malrucien de la révélation du contact immédiat notamment en art contemporain.
    En bibliothèques ? Un rôle politique : lutter contre les fractures (numériques, de méconnaissances liées au capital culturel comme l’illettrisme et analphabétisme avec ATD Quart monde et les bibliothèques hors les murs, contre l’échec en Licence avec la massification, etc.). Il s’agit surtout d’être une boussole dans un océan d’informations avec l’économie afférente. C’est peut-être de l’ordre de la croyance. Mais la médiation me paraît nécessaire puisque internet a supprimé toutes les médiations. Au total, ce n’est pas un accompagnement. C’est la transmission d’une grille de lecture héritée de l’esprit critique des Lumières. Mais il est vrai que le mot est trop à la mode désormais pour être honnête. Nous étions vu comme des zombies à l’époque. « Tout change parce que rien ne change » (T. Di Lampedusa, Le Guépard).

    Michaël Moretti
    Bibliothécaire en BU

    Commentaire par MORETTI — Jeudi 2 février 2012 @ Jeudi 2 février 2012

  15. [...] Calenge dans son carnet de notes a bien raison de pointer l’ambivalence du concept de médiation numérique en bibliothèque. [...]

    Ping par Médiation numérique et réticulaire en bibliothèque. | L'Alambic numérique — Mercredi 26 décembre 2012 @ Mercredi 26 décembre 2012

  16. [...] La médiation: concept-clé ou mot-valise [...]

    Ping par Visite à la Médiathèque du Bois Fleuri | Dix donc les docs ? — Vendredi 19 avril 2013 @ Vendredi 19 avril 2013

  17. […] Calenge : "La médiation : concept-clé ou mot-valise ?", 03/01/2012, [en ligne] <http://bccn.wordpress.com/2012/01/03/la-mediation-concept-cle-ou-mot-valise/&gt; Consulté le 23 décembre […]

    Ping par Médiation et désir mimétique : Le bibliothécaire intermédiaire ou médiateur ? | Bibliothèques [reloaded] — Lundi 20 janvier 2014 @ Lundi 20 janvier 2014


Flux RSS des commentaires de cet article. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Theme: Rubric. Get a free blog at WordPress.com

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 569 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :