Bertrand Calenge : carnet de notes

Vendredi 2 octobre 2009

Statut, métier, et profil de poste

Filed under: Non classé — bcalenge @ Vendredi 2 octobre 2009
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Olivier Tacheau, revenant sur son billet à l’occasion du mien et des commentaires associés, continue de s’interroger sur la question de la position des magasiniers et adjoints du patrimoine – et plus généralement des agents de catégorie C – en relevant que les réponses doivent passer par

l’action concrète, distincte et contextuelle et non dans le souhait de changements structurels générauxeux qui ne viendront pas (passer tous les C en B, modifier les grilles d’avancement, augmenter les salaires,…)

Je passe sur les autres considérations, et voudrais poursuivre ici  sur ce point particulier – c’est rigolo, ces dialogues par blogs interposés, qui donnent du corps aux itérations de l’hypertexte… et le tournis aux lecteurs ! smileys Forum- .

Résumé des épisodes précédents : dans un environnement qui professionnalise de plus en plus les acteurs, il reste une catégorie générique (C) dont le statut est tellement flou (reportez-vous aux billets d’Olivier et de moi-même) qu’aucun métier n’arrive à en définir des objectifs et des compétences, et à en organiser la reconnaissance. Je constate que les réalités concrètes des établissements fera fonctionnellement obstacle à une définition de métiers des adjoints du patrimoine (ou des magasiniers…), et Olivier encourage à conduire la réflexion au sein des établissements eux-mêmes sans attendre ou redouter une évolution des statuts. Fin du résumé.

J’ai un peu l’impression que la différence entre SCD et BM (pour parler vite, en fait c’est peut-être une différence entre établissements d’enseignement supérieur et collectivités territoriales) tient surtout à la place du statut dans la définition du métier.

Dans les SCD, le statut est roi. Cela n’empêche pas que l’application effective et concrète de celui-ci (dans le contexte d’un établissement donné) puisse connaitre des biais importants : j’ai encore en mémoire la façon méprisante de traiter les bibliothécaires d’État lors de leur émergence dans nombre d’établissements au cours des années 1990, alors que leur statut les garantissait comme cadres : ici considérés comme  BAS surqualifiés, là qualifiés de A- (oui :  « A-moins »,smileys Forum vous avez bien lu !!). J’ai cru comprendre que leurs compétences en matière de gestion de projet et de management d’équipes au public avait fini par les faire reconnaître : c’est vrai ? Dites-moi que tout roule aujourd’hui, s’il vous plait !!!

Dans les bibliothèques territoriales se déroule un autre processus pas inintéressant. Certes, le statut est là, et sert de fondement aux fonctions sur lesquelles la hiérarchie est susceptible  de réclamer compétences et efficacité. Mais s’introduit progressivement l’idée – au moins dans les plus importantes collectivités – que le statut n’est qu’un cadre générique, ou pour parler FPT une filière. Cadre certes prescriptif, mais non définition de métier.

Et certaines collectivités se hasardent à aller plus loin que le statut (général) et le profil de poste (adéquat à un poste particulier dans une fonction particulière), le second devant évidemment être compatible avec le premier. Et on s’oriente parfois vers ce que je n’hésiterai pas à appeler un « profil de métier » (même s’il porte rarement ce nom). Quid est ?

Un profil de métier définit un ensemble de missions et de compétences dans un environnement donné, précisant un statut et – autant que possible – prévoyant une possibilité d’évolution de carrière au sein du même métier et de la même filière.

Ca vous parait fumeux ? Alors un exemple avec une filière de plus en plus présente en BM sans être la filière culturelle : la filière animation.  A quoi servent les adjoints d’animation (catégorie C) et les animateurs (catégorie B) dans une BM ? Trois axes (au moins) peuvent être dégagés :
– les animateurs purs et durs : spécialisés dans les expositions, les événements culturels, etc., tant dans leur réalisation que dans leur montage matériel ;
– les animateurs numériques ou multimédias : chargés de gérer la pédagogie du numérique auprès des publics ou les ateliers de création à l’aide de cet outil ;
– les médiateurs socio-culturels : chargés de gérer les conflits, de nouer des contacts avec les acteurs sociaux et culturels du territoire, d’explorer le ‘hors les murs’.

Dans les trois axes, on parle toujours de la filière animation, et pour la plupart de la catégorie C.  Mais en construisant des profils de métier, réclamant des compétences distinctes, on définit des fonctions, on articule leur action avec les autres agents de façon positive et complémentaire, on élabore un référentiel de compétences, on peut construire des programmes de formation ad hoc. Ce qui n’empêche pas par ailleurs de définir des profils de poste insistant davantage sur tel ou tel aspect du métier identifié, dès lors qu’il s’agit de recruter, mais toujours en respect de ce profil de métier.

Cela se fait bien sûr à condition de disposer d’un nombre d’agents suffisants, et bien sûr en conformité avec le cadre fixé par les statuts (et on ne va pas inventer de nouveaux statuts pour autant !). Mais on construit des métiers (et des professionnels) sans compter sur les statuts pour les définir - ce n’est pas la fonction des statuts – ni sur la seule bonne volonté des établissements dans leur cuisine interne, pour les voir reconnus au niveau d’une ville  (voire de plusieurs, on peut rêver !).

Alors ma question reste pendante : quid du ou des métiers des adjoints du patrimoine, ou des magasiniers ? smileys Forum

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6 commentaires »

  1. Ma réponse est constante : les métiers ne sont pas dans les statuts, ou très mal.

    Un métier est une notion de gestionnaire de ressources humaines : ensemble de postes entre lesquels ont peut passer sans avoir à refaire une formation lourde. Il définit à la fois l’aire de mobilité d’un individu et le bassin de recrutement pour une offre d’emploi.

    Le statut défini des conditions d’accès et une carrière. C’est un cadre rigide mais donnant des garanties au personnel, avec lequel il faut composer pour recruter, promouvoir, affecter. Et qui est par exemple strictement incompatible avec le fameux principe « à travail égal salaire égal ». Le statut est selon moi à la gestion des ressources humaines ce qu’est le rire selon Bergson : du mécanique plaqué sur du vivant.

    Les « démarches métiers » que conduisent les collectivités territoriales permettent de rassembler un ensemble de profils de poste. Il est conseiller de ne pas les coller aux statuts.

    On m(‘a demandé de coordonner un dossier sur la catégorie C dans le numéro d’octobre de la revue BIBLIOthèque(s), qui doit être sous presse. pas un instant je n’ai songé qu’il allait définir, dans ce numéro, un métier d’adjoint du patrimoine, au demeurant commun à toute la filière culturelle territoriale.

    Commentaire par Dominique Lahary — Jeudi 8 octobre 2009 @ Jeudi 8 octobre 2009

  2. Dominique,
    Je vois que nous sommes d’accord, notamment lorsque j’évoque dans ce billet la (possibilité ? non !) nécessité du profil de métier. Et tu as lu mes exemples sur la filière animation.
    Il n’empêche que pour un adjoint du patrimoine, un profil de métier (ou plusieurs métiers ?) reste à élaborer. Or cette élaboration suppose des points de repère ancrés dans la réalité des tâches et responsabilités, des identifications de compétences spécifiques. Pour ce faire, il faut que l’appareil bibliothèque laisse quelque place à ces identifications… Et c’est ça qui est dur, surtout compte tenu des modalités de recrutement actuelles !!
    D’autant que, tu as beau dire, les profils ne métiers, s’ils ne doivent pas coller aux statuts (et je suis mille fois d’accord !!!), doivent en respecter le niveau de compétence et de responsabilité (sauf à élaborer un subtil profil de métier de bibliothécaire polyvalent payé au SMIC !)

    Amicalement

    Commentaire par bcalenge — Jeudi 8 octobre 2009 @ Jeudi 8 octobre 2009

  3. @bcalenge : on parle de « A-moins » ou de « petite A » en référence à la grille de rémunération des bibliothécaires qui est inférieure au A-type. D’où la revendication constante des syndicats d’une grille a-type pour les bibliothécaires.
    Quant à savoir si « leurs compétences en matière de gestion de projet et de management d’équipes au public » seraient désormais reconnues, je ne connais pas de statistiques à ce sujet. Les profils de postes des collègues de ma promotion étaient très variés et allaient de technicien à personnel d’encadrement.

    @Dominique Lahary : je ne comprends pas en quoi le statut est incompatible avec le principe « à travail égal, salaire égal ». Il me semble que c’est plutôt l’écart entre le profil de poste et l’emploi statutaire qui lui sert de support qui fait éclater ce principe. Les exemples d’employeurs publics qui recrutent des collègues surqualifiés en catégorie C sur des profils de poste de B ou de A sont légion.
    Rien n’empêche l’adéquation statut/métier si ce n’est le manque de volonté politique pour une refonte des statuts et l’intérêt que trouve certains employeurs publics à fustiger leur « rigidité » pour justifier l’interprétation abusive qu’ils en font, au détriment des agents au nom d’une souplesse/flexibilité/adaptabilité qui se résume à payer moins le travail fait (un travail technique comme un travail d’exécution, un travail scientifique ou d’encadrement comme un travail technique).

    cordialement

    Commentaire par antmeyl — Vendredi 9 octobre 2009 @ Vendredi 9 octobre 2009

  4. @ antmeyl,
    Je n’ignore pas la différence d’échelle de rémunération qui existe entre les bibliothécaires et par exemple les conservateurs (d’autant que je me suis battu depuis 1992 pour que les bibliothécaires aient une carrière analogue à celle des attachés, avec un grade terminal de bibliothécaire principal). Mais je n’ai jamais entendu parler des attachés comme de ‘A moins’ de la part des administrateurs, et je vous assure que cette qualification entendue dans la bouche de plusieurs conservateurs (notamment élèves fonctionnaires) n’avait pas grand chose à voir avec l’échelle de rémunération, hélas ! Cela dit, si c’est du passé, tant mieux…

    Commentaire par bcalenge — Vendredi 9 octobre 2009 @ Vendredi 9 octobre 2009

  5. @bcalenge : merci pour cette précision. Pour ce qui est de l’emploi de ce qualificatif pris dans ce sens-là dans la bouche de certains collègues, je n’ai jamais eu (heureusement) à l’expérimenter. Par contre, il est vrai que notre passage à l’Enssib comme élèves bibliothécaires a laissé un goût amer à plusieurs d’entre nous au sein de ma promotion (fibe p). Nous avons clairement ressenti (subjectivement) mais également constaté (objectivement) une différence de traitement vis-à-vis de nos collègues élèves conservateurs, non pas de leur fait (ils étaient plutôt sympa pour ceux que j’ai pu côtoyer), mais de l’institution Enssib. Je ne sais pas si depuis cela a changé.

    Commentaire par antmeyl — Vendredi 9 octobre 2009 @ Vendredi 9 octobre 2009

  6. [...] en bibliothèque”. J’ai certes déjà évoqué cette question  sous divers angles ici, là, ou encore là (sans parler d’un article dans le BBF…).  Mais elle mérite qu’on [...]

    Ping par Statut, métier, emploi (encore…) « Bertrand Calenge : carnet de notes — Mercredi 26 mai 2010 @ Mercredi 26 mai 2010


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