Bertrand Calenge : carnet de notes

Mercredi 22 octobre 2008

Des journalistes aux bibliothécaires ? Et vice-versa ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mercredi 22 octobre 2008
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Un billet fascinant de Novovision, intitulé ‘Accès à l’information : le retour des médiateurs’, insiste sur le fait que "Les enjeux de l’information, comme le signalait déjà Alexandre Serres en 2004, ne sont plus dans « la maîtrise des stocks », mais dans la gestion « des flux ». Ils ne sont plus dans la « validation a priori » de l’information, mais dans la validation « a posterori »". Et Narvick d’en conclure qu’il s’agit là d’un "déplacement de l’épicentre du journalisme".

Les bibliothécaires se positionnent-ils dans la validation a priori ou dans celle a posteriori ? Un regard hâtif sur leurs activités laisserait penser qu’ils fonctionnent effectivement sur ce modèle que Narvick appelle de ses voeux pour les journalistes : loin de ‘créer’ l’événement, les bibliothécaires sélectionnent a posteriori l’information produite par les éditeurs.
Dans un billet ultérieur Affordance parle de journadocumentaliste en citant un article d’Alain Joannès sur Journalistiques : ce dernier fournit une liste ordonnée de liens outils de travail du journaliste qui fait écrire en commentaires à notre honoré et permanent Silvère qu’il existe une curieuse similitude entre notre métier et celui de journaliste. Je passe sur les échanges houleux qui suivent…

L’information se déploie largement hors de ce cadre qu’est l’édition traditionnelle : les sites institutionnels ou personnels véhiculent une masse de savoir que même les éditeurs renoncent à en mettre en forme le flux, et débordent massivement les productions habituelles des journaux et revues, comme les collections des bibliothèques. Les bibliothécaires en sont tout désarmés… Ils peuvent se demander si leur métier ne les emmène pas "ailleurs". Je n’en suis pas si sûr.

Bien sûr, les techniques de recherche et de validation de l’information diffusent largement au sein des différents métiers qui en traitent, ne serait-ce qu’à cause du ‘support-source’ (et de ses caractéristiques) qui constitue leur envahissant terreau de ressources communes, Internet.

Mais ne confondons jamais techniques et contenus de métier. La "création d’information" est une notion évidemment réservée aux journalistes : à eux la charge d’assembler aujourd’hui peut-être plus des fils épars sur la Toile plus que le résultat d’enquêtes personnelles invisibles. A nous de prendre en charge une communauté pour lui donner des informations multiples, de la formation, de l’assistance à trouver leur manne, et même des lieux de partage et d’échange (conférences, services personnalisés, etc.). Par tous moyens.

Et pour rester dans les techniques respectives des deux métiers, les nouveaux journalistes sauront peut-être extraire la substantifique moelle de ce flux, mais il faudra aussi de nouveaux bibliothécaires pour signaler leur travail, et proposer de nouveaux modes de médiation, comme inventer de nouveaux liens sociaux, développer l’appétit de savoir d’une population précise, etc.

On n’a pas fini d’imaginer l’avenir !!

La réalité dépasse (toujours) la fiction

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mercredi 22 octobre 2008
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Il est toujours étonnant de voir la vitesse à laquelle les gens peuvent s’enflammer et projeter leurs fantasmes sociaux dans l’avenir. On a tout connu : de l’an mille qui allait apporter soit la paix de Dieu sur terre soit la fin du monde (et hop, on a remis ça en l’an deux mille), à la "fée électricité" qui allait relier les hommes et apporter la paix, ou à la télévision qui allait apporter le savoir dans tous les foyers, ou à la conquête spatiale par l’homme qui nous ouvrirait de nouveaux espaces de peuplement avant l’an 2000, ou encore à Internet qui allait créer un village mondial rousseauiste idéal. Je passe charitablement sur le modeste exemple du crédit hypothécaire qui, de l’avis des plus hautes autorités, allait très récemment encore relancer toute l’économie…

Quand un inventeur, entrepreneur ou bidouilleur propose quelque chose de nouveau, il y a toujours une bande de fans qui, au lieu de simplement vanter l’intérêt prosaïque de cette création, croit bon d’imaginer que la face du monde va nécessairement en être changée. Le problème, c’est que si la création doit changer la face du monde, c’est d’une façon que les contemporains de l’instant de la création sont en fait incapables d’imaginer. Sans parler des médias, la futurologie s’est intéressée à Internet dès ses balbutiements. A ma connaissance (détrompez-moi, SVP), par exemple elle n’a jamais été capable de concevoir précisément avant le XXIe siècle  le radical changement du modèle économique de la production et de la diffusion de l’information qui intervient en ce moment. D’autres inventeurs se sont greffés sur l’outil initialement créé et en ont modifié l’usage… Prévoir l’avenir social à partir d’une unique invention est déjà une gageure, mais quand l’invention en génère d’autres, ça devient farfelu…

Ou alors il faut être écrivain : on imagine des mondes nouveaux, on mixe l’actuel et les outils, on greffe dessus des préoccupations universelles, et on crée un monde. Avec beaucoup d’écrivains de science-fiction, on peut toujours dire qu’un auteur a eu une intuition géniale. Sauf qu’heureusement ils ne se prennent que pour ce qu’ils sont : des inventeurs d’imaginaire. Pas des futurologues.

Plutôt que de chanter les louanges de tel nouvel outil en évoquant les nécessaires bouleversements planétaires qu’il va provoquer, il est beaucoup plus intéressant de se pencher sur le réel social : non pas ce que les gens "vont faire" (croit-on), mais ce qu’ils font et surtout comment ils le font, et analyser en quoi tel ou tel outil peut être appréhendé et rencontrer leur intérêt voire leur façon de procéder. En quoi l’innovation peut être perçue,  acceptée et intégrée. C’est l’objet que poursuivait il y a quelques années une équipe de l’Université Pierre Mendès-France à Grenoble, CAUTIC, pilotée par Philippe Mallein, et reprise par une société privée : la conception assistée par l’usage. L’objet questionné n’est pas l’invention, mais les modalités de son appropriation par d’autres personnes, dont le public. Car la vraie invention à incidence sociale est celle qui est appropriée et parfois transformée : les blogs d’il y a 10 ans, volontiers considérés avec un indulgent mépris comme des comme des carnets intimes de lycéens, sont aujourd’hui en passe de supplanter le journalisme d’information, quand ils ne sont pas massivement alimentés par ces mêmes journalistes.

Arrêtons de prédire l’avenir : la réalité mouvante dépasse et transforme toujours la fiction techno-utopique. Pour rester en 2008, le web 2.0 ne signe pas une transformation sociale par ses promesses : ses usages discrets, ses tentatives d’utilisation à des fins diverses, la façon particulière dont il s’intègre ou non à différentes formes d’usages doivent être examinés avec attention. Mais sans arrière-pensée triomphaliste voire millénariste !

Mardi 14 octobre 2008

L’actualité, un drôle de truc

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mardi 14 octobre 2008
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L’actualité, qu’est-ce que c’est ? C’est une affaire de presse et de média. Bon, c’est tout ? L’actualité, c’est aussi ce qui fait jaser autour de la machine à café, c’est ce qui préoccupe des millions de gens soudainement inquiets, intéressés, questionnés, ‘perplexifiés’. Ce peut être dérisoire : "pourquoi des fumées blanches ou noires pour l’élection du pape" en même temps que ce peut être plus dramatique (la crise financière actuelle provoque beaucoup d’angoisses).

Bref, ce qui se passe et bouge dans le monde questionne les gens, et pas seulement pour des raisons futiles, comme on pourrait le penser parfois. Une expérience commentée par Affordance mérite réflexion : lors d’un récent débat entre les candidats à la présidence des Etats-Unis (ou plutôt entre leurs vice-présidents putatifs), Google a conduit une étude sur les comportements de la population vis-à-vis des moteurs de recherche (en fait Google bien sûr !) au moment de ce débat. Le résultat est fascinant : contrairement à ce que l’on pourrait penser, la population n’ "avale" pas béatement les arguments, mais se rue sur Internet pour… comprendre ! Les noms et termes les plus abscons passent en tête des moteurs de recherche (leaders iraniens peu connus, ….).

Bref, l’actualité intéresse. C’est un phénomène que j’avais déjà constaté lors de l’hiver 2005-2006, à l’époque où le chikungunya envahissait les médias jusqu’à la nausée. A cette époque, le terme (aisément identifiable) entrait dans le top 5 des moteurs de recherche ! "Les gens" n’en avaient-ils pas assez de ces infos ressassées à longueur de colonnes de journaux, de unes de journaux radio ou télé diffusés ?
Eh bien non. Ils voulaient savoir, confronter, éprouver le savoir à l’aune de sources multiples. Curieux, non ? Peut-être ne se satisfaisaient-ils pas des recopies des dépêches AFP ou Reuters restituées hors contexte ?

Et si l’actualité était un stimulant de curiosité intellectuelle, un ferment de culture ? La BM de Lyon a fait le pari de s’y accrocher avec des cycles de conférences et de débats, et avec Points d’actu, magazine proposant une mise en perspective de l’actualité avec les ressources et les compétences de la bibliothèque. Ca ne marche pas mal, merci. On pourrait essayer d’aller plus loin ?

Livre imprimé et livre numérique

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mardi 14 octobre 2008
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En ce moment, tout le monde s’extasie sur le ‘e-reader‘ de Sony. On imagine volontiers qu’il pourrait supplanter le livre imprimé dans les prochaines (lointaines ?) années. Roberta Burk le signalait déjà en l’an 2000 : " À en croire une publicité récente de Microsoft, d’ici dix ans la vente des livres électroniques aura supplanté celle des livres sur papier dans de nombreux domaines" (à l’époque déjà Microsoft avait nommé son lecteur… Reader !). On en profite volontiers pour faire un amalgame technophile avec les atouts de l’encre électronique. Bref, l’utopie continue !!!

Loin de moi l’idée de jouer les rabat-joie. Mais je voudrais poser quelques questions :

La première est de mauvaise foi : les "e-books" ont déjà connu des expériences désastreuses (cf. le BBF d’où est tiré la citation de Roberta Burk, il y a … presque dix ans). On me répondra que les usages comme la technologie ont beaucoup évolué….

La deuxième est d’ordre économique : la question des DRM est loin d’être résolue et apparait même, en cette première phase de notre nouvel épisode du feuilleton de la modernité, être un cheval de bataille des éditeurs qui s’emparent de ce nouvel outil. Bibliobsession s’en indigne à juste titre, et on pourrait observer que, comme pour la musique enregistrée, il faudra bien, si le succès est au rendez-vous (voire pour qu’il soit au rendez-vous) relâcher les vannes et trouver un nouvel équilibre de ressources…
La question économique touche aussi la rentabilité de l’investissement pour le consommateur. Hubert Guillaud rappelle qu’un prix de vente même faiblement inférieur à celui d’un livre imprimé, “à 15 – 25 € le prix moyen d’un livre, vous gagnez 2 € environ. Avec un lecteur coûtant 300 €, il vous faudra acheter 150 bouquins avant de rentabiliser votre achat. C’est beaucoup. C’est sans-doute le reproche principal que je ferais à cette offre.”

La troisième question est plus complexe. Dans tous ces débats, on parle ici de l’imprimé, là de l’électronique, comme s’il s’agissait des deux versants technologiques d’un même discours, d’un même contenu, bref d’un même objet. Ce faisant, on oublie les leçons pourtant intéressantes de la médiologie qui veut comprendre "comment une rupture dans nos méthodes de transmission et de transport suscite une mutation dans les mentalités et les comportements et, à l’inverse, comment une tradition culturelle suscite, assimile ou modifie une innovation technique", et au-delà la vieille maxime de Mc Luhan : "le medium est le message". On se focalise sur la technologie, sur les enjeux économiques des ‘puissances’ établies à court terme, et on ne prend guère en compte les réalités des usages sociaux.

Mais keskidi, comme écrirait Queneau ?
Les livres, disques, lectures, etc., comme les lecteurs, auditeurs, spectateurs, etc., je les regarde tous jour après jour. Et je constate.
En vrac je constate (en bibliothécaire) que, Internet ou pas (e-reader ou pas ?)  :

  • les enfants lisent de plus en plus, avides de découvrir le monde, et pour eux le livre imprimé est source d’émerveillement au même titre que les consoles DS (ah ! les ‘DS light’ !) ou la visite au zoo
  • les prêts de disques ne progressent plus voire stagnent et concernent de moins en moins les ‘moins mûrs’ (bon, y a pas photo : les amateurs savent depuis longtemps télécharger leurs musiques, légalement et à bas prix, ou "autrement")
  • les prêts de DVD marchent bien…. mais les téléchargements sauvages (on dit ‘pirates’ ?) se multiplient
  • les prêts de tout ce qui est informatif (les documentaires) est en chute accélérée, hors ce qui relève du ‘pratique’ au sens le plus terre à terre
  • mais les prêts des romans et des bandes dessinées se tiennent bien, voire augmentent légèrement…

Alors ? Rapportons cela aux livres électroniques. Leur intérêt, dès l’origine (au XXe s. donc), a tenu en leur capacité à stocker sous une forme aisément manipulable des données impossibles à transporter par voie imprimée voire matériellement inaccessibles à bas coût par voie ‘internetienne’ (en gros et pour schématiser les manuels techniques des mécaniciens, VIP, vétérinaires, et autres opérateurs techniques opérant sur le territoire). Ca a failli marcher, et ça aurait du. Mais ça n’a pas marché pour le grand public.
L’introduction des e-readers vise le grand public. Soit. Sérions les intérêts et usages :

  • Les enfants s’empareront de cet outil (coûteux) avec la même jubilation qu’ils s’emparent d’un livre (moins cher et plus personnel) ou d’une DS-Light…
  • Les amateurs de documentaires pratiques (jardinage, cuisine, identification des plantes…) emporteront-ils leur précieux outil là où ils en ont besoin (le potager, le plan de travail de la cuisine, la forêt,…) ? Un bon vieux codex les rassurera
  • Les étudiants et lycéens ne se livreront aux joies de l’e-book que s’il est inclus dans leur cartable électronique ou dans des ‘packs étudiants’ mûrement négociés avec des intermédiaires institutionnels…. Sans cela, ils viseront le moindre coût (le téléchargement pirate, si si !… ou des stratégies de recherche sur le web… ou ce bon vieux livre)
  • les étudiants avancés ont besoin de beaucoup de textes pour des usages ponctuels. Charger tous les titres (s’ils sont disponibles, et à quel coût !) ne les intéressera guère… Ce sont les utilisateurs rêvés de Gallica ou de Google Boook Search
  • les spécialistes scientifiques ont leurs réseaux construits sur les évolutions complexes de la diffusion de l’information scientifique ; ils me semblent peu concernés -du moins dans leurs pratiques de recherche-…
  • les amateurs d’information vulgarisée  se tournent de plus en plus vers des présentations ergonomiquement valorisées : je suis étonné de constater que les magazines connaissent un succès qui ne se dément pas et même grandit. La mise en page aérée, l’exposition des processus sur double page se développe (voyez ‘Ca m’intéresse’ ou les diaporamas de ‘Géo’), et les emprunts se multiplient (à Lyon du moins)

Bon, qui reste-t-il ?

Les bons vieux amateurs de livres, comme vous et moi. On peut disserter à l’infini sur l’infinie variété des livres. Mais j’ai le sentiment, au vu des données que je collecte, qu’aux côtés des livres pour enfants, les romans imprimés (pourtant coeur de cible des promoteurs de l’ ‘e-book’) ne sont pas près de lâcher prise sous leur forme papier. Témoignage estival : j’ai dévoré cet été Millenium (remarquable !). Le poids du volume et l’inconsciente sensation, au vu de l’épaisseur des pages restant à lire, du parcours du texte font partie du plaisir que j’éprouve rétrospectivement.
Dans un autre domaine (que j’aime bien aussi), le découpage des planches des bandes dessinées sur la double page qui accueille leur récit est incommensurablement efficace, à la fois par leur disposition narrative que par l’effet inconscient du regard qui, avant d’attaquer ‘la première case en haut à gauche’, a balayé la double page offerte.

Le e-book arrivera peut-être. Mais pas "à la place de" dans nombre de cas, en plus…. Il lui faudra trouver ses propres modes… d’émotion.

Lundi 6 octobre 2008

Un portail pour chaque bibliothèque ?

Filed under: Non classé — bcalenge @ Lundi 6 octobre 2008
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Un fait divers m’a été rapporté récemment : lors du concours d’AQC ouvert par le CNFPT dans l’une des régions française (le dernier géré par le CNFPT pour ce cadre d’emploi avant le passage de relais aux centres de gestion), un candidat optimiste s’est vu assener par un membre du jury : "Et vous croyez que j’ai les moyens, dans ma petite commune, de monter un portail sur Internet ?!!".

D’abord, c’est quoi un portail ? A ma connaissance, "Un portail Web (de l’anglais Web portal) est un site Web qui offre une porte d’entrée unique sur un large éventail de ressources et de services (messagerie électronique, forum de discussion, espaces de publication, moteur de recherche) centrés sur un domaine ou une communauté particulière." (Merci Wikipedia !). Une grande ambition, certes !

La tentation naturelle d’une bibliothèque sera de mesurer ses forces et compétences internes à l’aune de ce défi pour ses propres services (tiens, à Lyon par exemple, ou à la BnF, ou à la Queens Library…). Et effectivement, l’offre documentaire et de services d’une petite bibliothèque publique ne peut en aucun cas aligner une telle richesse… Mais attend-on nécessairement cela de sa part ? Et surtout, est-ce toujours à elle d’être pilote d’un tel portail ?
Bien sûr, on me dira que les déficits de la coopération entre bibliothèques sont en cause. Bien sûr, on me dira que la dispersion des structures publiques est nuisible (toujours 36 000 communes qui peinent à réaliser des structures intercommunales en matière de bibliothèques, des universités qui commencent à peine à réaliser que la fusion vaut mieux que l’éparpillement). Mais le renoncement est-il vraiment partagé ? Deux exemples me viennent à l’esprit, que je livre à votre sagacité :

Le premier est hypothétique. Après le succès réel et continu du Guichet du Savoir, plusieurs collègues m’ont affirmé être plus qu’intéressés par le principe, mais s’interrogeaient sur leur maigres capacités à répondre à l’ensemble des enjeux posés par un tel service. A titre personnel, j’avais répondu que, compte tenu de la disponibilité d’outils libres ad hoc (outils de forum dans le cas du Guichet), rien n’était plus simple que de mettre en oeuvre un tel service en en limitant la portée à leurs propres compétences, en l’occurrence l’information sur leur – plus ou moins petite – région, canton voire commune. Puisque là devait être leur savoir indiscuté. Après tout, c’est bien à l’artisan local qu’on demande la spécialité locale, non ?

Le second est réel. J’ai rencontré il y a de nombreux mois des responsables passionnés de la bibliothèque de St Apollinaire de Rias. Vous connaissez, bien sûr… Non ? Vous avez tort ! St Apollinaire de Rias est une métropole "en passe d’atteindre les 160 habitants" (source) au coeur de l’Ardèche. Non, je ne me moque pas. Car les animateurs de la bibliothèque sont aussi ceux de l’association du village, et ce sont eux qui ont créé et font vivre le site – avec l’appui de la BDP, ne l’oublions pas !-, site qui fait de la vie du village un enjeu aussi important -voire plus – que le succès de la seule bibliothèque,  qui tout de même au regard des normes officielles dépasse largement les 50% de la population inscrite et emprunteuse ! Ce site qui, comme me le disait avec fierté une animatrice, était largement consulté par de fidèles vacanciers parisiens perdus en hiver dans leurs brumes parisiennes (elle guettait les statistiques !). Allez voir leur site (avec ses défauts….) : St Apollinaire de Rias est une cité qui vit avec sa bibliothèque, ou plutôt la bibliothèque vit avec son village !

Qu’est-ce qu’on attend d’un portail ? Un substitut ou un concurrent des moteurs de recherche ? Une alternative à l’ordonnancement des étagères ?
Une échappatoire utilisant des ressources électroniques que nous ne maîtrisons plus ?
Ou un lieu de vie et de savoir à la dimension de la collectivité servie ? Ou un espace, modeste souvent et ambitieux parfois, à la mesure des services qu’inconsciemment la population servie "sent" devoir attendre de chaque institution bibliothèque particulière ?

Vendredi 3 octobre 2008

Le dedans, le dehors…

Filed under: Non classé — bcalenge @ Vendredi 3 octobre 2008
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Le hasard fait bien les choses. Le même jour, je lis presque à la suite :
– la réponse de Jérôme sur mon précédent billet, soulignant (à juste titre !) la nécessité de mesurer les services rendus pour évaluer l’impact sur la population ;
– un article débattu de Jean-Michel Salaün sur les risques pour une université de confier à des outils dits sociaux mais privés le soin de diffuser ce qu’on ne risque de ne pas pouvoir faire sans plantage (je résume grossièrement) ;
– un ancien débat de la BPI sur l’étude du CREDOC et en particulier la réponse que fit Thierry Giappiconi, qui estimait -en gros – que comptage n’est pas indicateur de service (il a raison !).

Quel rapport entre les trois ?

Entre autres, j’y vois l’énorme difficulté que peuvent avoir les organisations productrices ou dispensatrices de savoir à définir précisément leur objectif précis. Une société privée a son chiffre d’affaires et sa courbe de vente sous les yeux : là est son objectif. Mais pour le ‘savoir’, lorsqu’il est dispensé par des organismes publics,  quelle courbe de référence, quel objectif final ?

Dans les trois cas, l’objectif – bibliothécaire ou universitaire – vise autant l’action de l’institution (prêter, enseigner, proposer une conférence, diffuser le savoir enfin) que l’action de l’utilisateur vis-à-vis de celle-ci (emprunter, lire tel type de document, effectuer telle activité, réussir l’examen, etc., bref entrer sur le site – réel ou virtuel – et dans les codes de l’institution, dans un but répondant aux objectifs de celle-ci ). On me rétorquera que c’est la même chose pour un commerce : le vendeur se fiche bien de savoir qui portera le vêtement ! Oui, mais pour nous autres transmetteurs de savoir ? Du moment où notre objectif n’est fondamentalement pas l’acte d’ (acheter) emprunter, mais celui de diffuser sur une population ?

Quand on parle du ‘savoir’, de quoi parle-t-on ? Des objets détenus par l’institution et maîtrisés par elle ? Ou des flux qu’elle peut provoquer au sein d’une communauté, par des échanges de lecture, par des débats ouverts même ailleurs que dans l’institution, par la diffusion impalpable -eh oui ! – de sa production de savoirs ou de services ? Et pour cela, quelles mesures ?

Plus je fais de l’évaluation, plus j’en perçois la vanité fondamentale, du moins dès qu’elle veut dépasser le strict cadre du ‘dedans’ : mes entrées, mes prêts, les usages mesurés de mes produits, tant de personnes ont regardé ‘ma’ vidéo sur ‘mon’ site, je compte mes usages directs et j’en tire des conclusions (évidemment fausses : les gens partagent !).

Certes, il faut justifier notre existence, rendre des comptes, provoquer l’afflux de crédits et l’intérêt des décideurs. C’est évidemment essentiel. Cette démarche est légitime, mais elle me paraît outrepasser ses limites dès qu’elle prétend évaluer l’impact réel du service sur la population.

Alors le cœur des gens, au-delà des argumentaires institutionnels, comment le sondez-vous ? Comment mesurez-vous  l’impact de vos services et collections sur la population hors ces mesures internes (ou comment l’estimez-vous, soyons modestes !) ?

Bref le ‘dehors’, comment l’évaluez-vous ?

Mercredi 1 octobre 2008

Comment dire le faire ? ou L’évaluation face à l’action

Filed under: Non classé — bcalenge @ Mercredi 1 octobre 2008
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Pourquoi faut-il limiter le nombre de documents empruntés ? La raison oriente vers la nécessité induite par le risque de pénurie des rayons résultant d’un stock insuffisant ou d’acquisitions trop faibles, ou par les contraintes de la gestion logistique des flux. Une autre raison peut exister, que j’ai trouvée via une discussion avec Jérôme sur un article de Bibliobsession (ma référence bloguienne !!!!) portant sur l’intérêt de prêts en nombre illimité dans les bibliothèques.

Jérôme (dont on connait la création du blog Bambou) met en avant la nécessité de connaître l’impact d’un service (donc d’en mesurer l’utilisation) pour le gérer, le développer, le modifier, etc., et en conclut à la nécessité de provoquer l’inscription (gratuite et simplifiée, bravo !) pour mesurer l’usage individuel des différents services qu’il promet à ‘sa’ population – nombreux, et qui me mettent l’eau à la bouche !-. Et selon lui le prêt illimité encouragerait l’usage familial de la carte, gênant ainsi la validité de l’évaluation conduite à l’aide des données d’inscription croisées avec les données d’utilisation des services concernés. Loin de moi l’idée de fustiger ce souci d’évaluation, au contraire ! Ce serait contre-productif pour toute innovation. Mais …

Certes, avec une inscription gratuite et simplifiée, on facilite l’adhésion individuelle, mais cela ne limite en rien les usages collectifs (familiaux, amicaux) de cette carte : au contraire, sa liberté d’obtention et d’usage en fait un bien éminemment échangeable, le seul blocage pouvant venir de la responsabilité des documents empruntés (blocage qui existerait de toute façon avec l’utilisation libérale d’une carte limitée au prêt et illimitée en nombre de documents empruntés).

Inversement, l’inscription lourde et complexe rend également avantageux ce même usage collectif, par souci de rentabilité maximale. Le seul frein réside alors dans le nombre de documents empruntables : en limitant drastiquement ce nombre, on réduit arithmétiquement les opportunités d’usage collectif. Encore faut-il mesurer cette contrainte à l’aune du maquis éventuel des tarifs différenciés : lorsque ces derniers ne conduisent pas à limiter le type de documents empruntables (cas parfois des adolescents à tarif préférentiel pouvant accéder à toutes les collections), la famille faible lectrice inscrira l’adolescent pour l’usage commun, par économie.

En reconstituant tous ces raisonnements conduits, je le rappelle, dans un souci louable d’évaluation des services mis en oeuvre, j’en viens à me demander si on ne marche pas sur la tête. L’évaluation commande-t-elle le service, ou ne devrait-ce pas être l’inverse ?
Si je reprends les objectifs du prêt à domicile, j’y vois la facilitation de lectures (visionnements, écoutes…) par la population, seules les ressources disponibles pouvant poser des limites.
Si je parle offre d’accès libres à Internet, ou proposition de manifestations culturelles, ou…., c’est toujours dans ce souci de facilitation d’accès au savoir pour toute une population, selon des modalités diverses adaptées à la diversité des usages.

Dans cette multiplicité de services, certains demandent inscription par nécessité : nécessité de garantir le retour des collections empruntées (le prêt, la consultation de documents précieux), nécessité de gérer des flux coûteux ou limités en espace (animations n’acceptant que des groupes restreints et par ailleurs très courus), nécessité de répondre à une personnalisation du service (espaces numériques de travail personnels, "location de bibliothécaire", service de référence personnalisé). Je dis bien inscription, pas nécessairement payante ni complexe !
Qu’on veuille améliorer l’évaluation des services en voulant inventer une base unique des inscrits aux multiples services nécessitant une telle formalité, qu’on encourage cette forme de "fidélisation enregistrée" par des petits plus appréciables (fils rss personnalisés, lettre électronique, …), soit. C’est un outil d’évaluation particulièrement appréciable.

Mais…

Mais il est deux chemins qu’à mon avis il ne faut pas suivre :

  • Vouloir à tout prix faire passer l’ensemble des services par le filtre de l’inscription (comme certaines collectivités avaient imaginé d’obliger toute personne voulant entrer à la bibliothèque à s’y inscrire)
  • Parallèlement n’imaginer un service qu’avec son appareil d’inscription restrictif.

Après tout, est-ce si grave qu’une inscription personnelle permette à tout un groupe de se partager le mêlme espace numérique de travail, s’il est sécurisé et limité en taille ? Est-ce si gênant que la femme emprunte pour son mari, le père pour ses enfants et le garçon pour ses copains ?

C’est à l’évaluation de s’adapter, de trouver d’autres modalités d’approche de la vie foisonnante, et non aux services à se plier aux canons de l’évaluation telle qu’elle semble si facile à manipuler.
Le résultat sera moins "propre", moins univoque, moins simple dans son interprétation. Alors, il faudra travailler les évaluations, les rendre audibles et lisibles. Mais ce n’est pas une question à faire peser en regard des services rendus.

Qu’en pensez-vous ?

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