Bertrand Calenge : carnet de notes

Jeudi 9 juillet 2009

Texte et contexte : (1) quel dilemme ?

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Jeudi 9 juillet 2009

Nous avons vécu (en tout cas moi j’ai vécu ;-) ) trois temps successifs et cumulatifs du discours sur les contenus des ’savoirs’ :

- premier temps, celui de notre studieuse adolescence : l’émerveillement devant le texte, qu’il soit pure création littéraire ou démonstration scientifique. “Au commencement était le verbe“, et nos études nous ont appris à respecter voire vénérer ce verbe créateur. L’œuvre, vous dis-je, l’œuvre !

- deuxième temps, celui de mes apprentissages professionnels : si le contenu reste premier et même sacré, sa description idoine le fait passer du feu créateur à l’appropriation par la grande communauté humaine. Place aux thésaurus, listes de vedettes matière et autres autorités de tous types : l’encodage bibliothécaire donnera, sinon du sens, du moins un sens pour nos contemporains, sens d’autant plus qualifié que les agents experts commis à cet exercice plus paratextuel que péritextuel auront intégré règles et procédures normées.

- troisième temps, celui de mes découvertes quotidiennes. Tout un chacun peut tagger, commenter, se réapproprier et l’oeuvre et son paratexte professionnel pour produire un nouveau paratexte pas si personnel que cela puisque les outils à disposition autorisent le partage, institutionnel ou non. L’oeuvre prend son sens avec tous ces éléments (voir ici).

Encore un peu et je virerais situationniste…

Les livres, et autour ?

Proposer des contenus (des savoirs, de la création, de l’analyse,…) à une population, qu’est-ce que c’est ? Est-ce seulement proposer des livres, disques, DVD ou ressources en ligne, donc en fin de compte des ‘oeuvres’, du ‘texte’ ? Non, c’est aussi les classer, les organiser, les décrire, et aujourd’hui les accompagner des mises en ordre, critiques et commentaires de nos propres publics (en opprobre ou en éloge, en catégories par nous lisibles ou plus ésotériques), donc de leur propre paratexte.

Et si ces différentes propositions paratextuelles constituaient une offre singulière ? Non parce qu’elles aboliraient le texte fondateur initial, mais parce qu’avec lui elles lui donneraient un des sens pour différents publics ? Muriel Amar avait jadis  démontré le caractère ‘créateur’ – et non traducteur – des indexations. Plus largement, j’ai l’intuition que l’enjeu des bibliothèques – au moins publiques – tient moins à leur capacité à proposer de multiples œuvres qu’à en permettre de multiples appropriations voire à en produire de diverses lectures.

Car au delà du texte et du paratexte, il faut aussi parler du contexte. Avec le contexte, on sort du texte et de ses appendices, commentaires, descripteurs. On entre dans la réalité quotidienne non des auteurs mais des ‘lecteurs’ (auditeurs, spectateurs, …) : où sont classés les documents ? De quelle façon sont-ils rendus accessibles ? Quelle ambiance environne ces contenus et leur paratexte ? Quel appareil d’accessibilité est proposé ? La bibliothèque est un univers qui dépasse de loin la réalité textuelle des oeuvres qu’elle sélectionne, stocke et met à disposition…
Oui, les bibliothèques peuvent s’interroger : “Atmosphère ? Atmosphère ? Est-ce que j’ai une gueule d’athmosphère ?”.
Ben oui, t’as surtout une gueule d’atmosphère ! ….

Limites du web pour les bibliothèques

Paradoxalement, cette extension du domaine de la lutte infligée ou assumée aux/par les bibliothécaires ne plaide que médiocrement pour leur conquête d’Internet. Oui, je sais, certains peuvent être les rois du commentaire, du plugin X ou du mashup Y… mais pour qui ? Pour quelques individus qui s’empareront d’une opportunité, guère plus…

Le problème des bibliothécaires, c’est qu’ils n’ont jamais vraiment abandonné leur idéal de la bibliothèque universelle (et je bats aussi ma coulpe !). Face à un  Internet dont les outils se mondialisent, ils rêvent  pour chaque bibliothèque d’une audience évidemment mondiale. Ou du moins conquérante de la peuplade des internautes du monde (francophone d’ailleurs en ce qui nous concerne). Il suffit de regarder les espérances placées dans l’accessibilité des notices de catalogue via les moteurs de recherche.

Le problème, c’est que les bibliothécaires sont illisibles sur l’Internet mondialisé. Non qu’ils ne sachent pas manipuler les outils ad hoc, mais leur champ d’action n’est pas cet univers mondialisé : c’est tout bonnement les habitants de leur commune ou de leur aire urbaine… Une statistique m’a beaucoup frappé : à Lyon, le site web général de la BmL, qui est extrêmement riche et rencontre beaucoup d’internautes, est fréquenté à 86 % pour son catalogue et les comptes d’abonnés, tous services de proximité “physiques” ! La bibliothèque comme institution existe d’abord sur Internet pour ceux qui ont l’opportunité d’en visiter les lieux et les richesses.
Tous autres services en ligne, visant au-delà de ces voisins visiteurs réels ou potentiels, s’inscrivent dans une politique délibérée, de prestige ou de démonstration. Ils ne sont pas inutiles, certes non, et ils peuvent être novateurs, intelligents, adaptés à certains usages,… mais ils ne sont légitimes que si ils sont appropriés par la communauté proche qu’ils ont vocation à servir, même s’ils peuvent parfois rencontrer un impressionnant succès au-delà.

Cela ne signifie pas, on s’en doute, qu’il faille abandonner toute ambition de partir à la conquête des internautes. Mais il faut raison garder : une bibliothèque lambda est destinée prioritairement aux habitants d’un  territoire, et doit mesurer ses actions à cette aune. Et si les internautes doivent être visés, ce n’est pas parce qu’ils naviguent sur Internet, mais parce que ce sont nos voisins qui deviennent internautes.

Le lieu, la localité plutôt, est notre atout. Qu’attend ‘notre’ population, que pouvons-nous lui apporter, et comment ? Via Internet sans doute, mais sûrement plus immédiatement auprès des personnes physiques et dans des lieux physiques…

Répondre à cette question impérieuse pose la question du service humain dans des lieux identifiés. Je m’arrêterai sur cette question le temps d’un  billet ou deux, pour examiner concrètement nos réactions possibles à cet échange subtil entre offre documentaire et conditions d’accueil, entre texte et contexte (si j’ai le temps, je parlerai peut-être aussi du paratexte, ce grand impensé fondateur de notre métier).

Samedi 27 juin 2009

Outils 2.0 pour quels publics ? ou Quand il faut penser usages

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Samedi 27 juin 2009

Une fois n’est pas coutume, je me lance dans un billet technique Web 2.0. Je préfère en général proposer des réflexions sur les stratégies ou les perplexités à l’œuvre dans les bibliothèques, et pour lesquelles des outils ad hoc seront parfois imaginés par des personnes bien plus talentueuses, mais quand je trouve des bidouilles simples et vraiment utiles, je ne peux m’empêcher de les transmettre (un réflexe de comm’interne sans doute…). Ce qui pose la question de l’utilité, et donc des destinataires… On s’attachera ici à la dissémination des accès au catalogue, en donnant deux exemples concrets.

Un premier public : nos visiteurs fervents utilisateurs de nos collections

Lully, sur son blog “Encore un biblioblog…“, est une de ces personnes talentueuses qui manipule à merveille mashups, CSS, API et autres Yahoo pipes. J’admire, tout en pataugeant généralement dans ses explications , mais un de ses billets m’a suffisamment intrigué pour que je me lance. Le concept est simple : un internaute qui utilise le navigateur Firefox (quand même 1/3 des internautes… même si les Services informatiques des bibliothèques imposent souvent Internet Explorer pour les personnels   smileys Forum) peut télécharger sur Mozilla addons (le réservoir des thèmes et autres modules à la carte du navigateur) un plugin Add to search bar qui permettra d’intégrer de nouveaux moteurs de recherche dans la barre de recherche de Firefox. Ce plug-in a une particularité: une fois qu’il est installé dans Firefox, il est capable de reconnaître un grand nombre d’outils de recherche quand on se positionne dans la fenêtre de recherche d’une base de données qui vous intéresse. Prenons par exemple un catalogue de bibliothèque (Lyon au hasard) : vous accédez à la page de recherche, vous choisissez l’index le plus large – par exemple ici Auteur-Titre-Sujet combinés -, vous faites un clic droit dans la fenêtre de rédaction de la requête et choisissez dans le menu contextuel “Ajouter à la barre de recherche”, une fenêtre s’ouvre, vous proposant de nommer cette base, vous le faites… et c’est tout !

un simple clic droit dans la fenêtre de requête

un simple clic droit dans la fenêtre de requête

Désormais, dans la barre de recherche de Firefox, vous pouvez choisir de chercher un terme ou un ensemble de termes dans Google, Wikipedia, Yahoo, .., et dans le catalogue de Lyon !

J’ai fait ces quelques manipulations simples, et j’ai ajouté aussi bien l’OPAC de la BmL que son métacatalogue Catalog+ (qui, non content d’intégrer l’ensemble des ressources de toutes les bases et catalogues de la Bibliothèque de Lyon, fonctionne sur des requêtes en langage naturel) !

en fin de liste, le catalogue BmL et Catalog+

en fin de liste, le catalogue BmL et Catalog+

Apparemment, il est des moteurs de catalogues avec lesquels ça ne marche pas : essayez avec le vôtre !

Quel intérêt ? Les visiteurs utilisateurs de nos collections disposent largement d’Internet chez eux ou au travail. Ils fréquentent le site web de la bibliothèque, dont 49 % connaissent l’existence selon une récente enquête de fréquentation (et 86 % des visites sur le site web conduisent au catalogue, selon Alexa !). On a vu que 33 % d’entre eux utilisent Firefox. Leur signaler cette manipulation par une communication adaptée leur permettra de vérifier rapidement, sans faire les quelques clics qui les obligeraient à aller d’abord sur le site de la BmL puis sur le catalogue puis sélectionner le champ de recherche le plus large, qu’un titre, auteur ou sujet est bien à la bibliothèque, et vérifier dans la foulée son état de disponibilité voire le réserver (puisque la barre de requête de Firefox les emmènera directement dans le résultat au sein du catalogue) ! Seul bémol : les utilisateurs doivent la première fois répéter leur requête, car il faut passer par la page d’accueil du catalogue pour recevoir un cookie qui les reconnaitra ; mais après, plus de problème tant que le cookie n’est pas supprimé (ah ! ces fichus systèmes clos et incapables de laisser leur contenu simplement offert du premier coup !…)

L’atout de l’outil tient ici en deux points : les utilisateurs potentiels du plugin sont nombreux, et l’outil qu’ils doivent télécharger est un outil non cantonné à UNE bibliothèque ou base de données mais utilisable sur d’autres donc plus facilement intégrable à un univers personnel.

Un second public : nos collègues acquéreurs

Il y a quelques mois, Notre Silvère bibliobsédé nous signalait une autre bidouille (ne vous y trompez pas, le terme est élogieux !!) concoctée par un jeune ingénieur souhaitant retrouver  instantanément sur la Fnac ou Amazon la disponibilité d’un titre dans une bibliothèque de son choix, sans même quitter la page où il naviguait, grâce à une fonctionnalité merveilleuse de Firefox (encore !) mais également adaptée pour Internet Explorer (quand même !) : il faut télécharger un autre plug-in – Greasemonkey : il modifie l’aspect des pages web ! -, choisir ses bibliothèques sur une carte ad hoc et ajouter celles qu’on veut, puis télécharger un plug-in spécifique. Une fois ces opérations terminées, une navigation sur la Fnac ou Amazon signale en-dessous de chaque titre si la(les) bibliothèque(s) choisie(s) possède(nt) ou non le titre par un code simple rouge ou vert. Explications complètes ici. Là encore, tous les catalogues ne répondent pas aux normes techniques permettant la manip’, mais il y en a un bon nombre !  Chapeau l’artiste ! Voilà ce que ça donne pour Lyon :

le catalogue BmL dans la Fnac

C’est vrai que l’outil est génial. Je suis en contact avec l’ingénieur concepteur du plugin – en vue d’élargir le panel des libraires et fournisseurs concernés -, mais plus pour mes collègues acquéreurs que directement pour nos lecteurs (même si bien sûr j’encouragerai la communication d’un tel outil auprès des lecteurs amateurs des collections). Pourquoi ?

La raison en est un peu floue, je l’accorde, et relève plus de l’intuition que du raisonnement valablement argumenté. Organisons les différents éléments :

- les manipulations sont nombreuses, et nécessitent une réelle maitrise des outils (deux plugins à télécharger, plus une sélection à opérer sur une carte dédiée) ;

- l’application ne fonctionne que sur une liste limitée de sites de libraires ;

- une fois l’information visible sur le site de libraire (la ou les bibliothèques sélectionnées possèdent l’ouvrage), il faut quitter le site du libraire et se rendre sur celui de la bibliothèque pour rechercher l’ouvrage.

Bref, c’est un outil de correspondance libraire –> bibliothèque réellement ingénieux. Mais quelque chose me dit que les amateurs et internautes et experts et amateurs de sites de libraires et passionnés de bibliothèque ne sont peut-être pas si nombreux que cela… Une fois encore, cela n’interdit pas de leur suggérer l’outil au sein de chaque site de bibliothèque, bien au contraire smileys Forum !

En revanche, il existe un autre public très directement intéressé au quotidien : les bibliothécaires acquéreurs. En effet, lorsqu’après lecture de nombre de critiques et sites spécialisés le bibliothécaire entre en phase active d’acquisition, il se connecte à des sites de libraires ou fournisseurs de notices (tels Electre, Amazon ou Decitre) en gardant constamment à l’esprit une question sous-jacente : “avons-nous le document à la bibliothèque ?”. En général, on commence par régler cette question en opérant une série de requêtes dans le catalogue pour éliminer les ‘déjà acquis’, avant enfin de s’attaquer à la question de la disponibilité et de la commande smileys Forum . L’outil de Damiano Albani (l’ingénieur en question) économise une étape lourde et fastidieuse, celle du tri préalable au sein du catalogue (à condition bien sûr que les titres en commande soient accessibles sur le catalogue en ligne). On établit sa liste au vu des choix critiques opérés… et on va directement au site du libraire en économisant le passage de tri via le catalogue  !! (et en plus si on utilise Moccam-en-ligne, on génère en même temps les paniers de commande et les notices d’acquisition du catalogue local !). Et en plus c’est gratuit smileys Forum !

Bref, on a là un public rêvé pour un outil parfaitement ergonomique. En l’occurrence ce n’est pas là tant le public de nos visiteurs-consulteurs-emprunteurs que le public de ceux qui les servent, les bibliothécaires ! Cela n’enlève rien à la valeur de l’outil, mais en vectorise l’intérêt.

L’outil est à la fois au service de la stratégie et asservi aux usages : gardons cette règle à l’esprit dès qu’on nous propose une innovation.

Non ?

Vendredi 26 juin 2009

Incidente : le retour de la citation…

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Vendredi 26 juin 2009

Ah ! Je le savais bien : les règles de la citation académique sont bien bousculées par l’introduction des travaux collaboratifs (ou des oeuvres fondées sur la contribution). Un récent billet d’Actualitté signale un tel conflit portant sur l’absence de citation de la source, Wikipedia en l’occurrence, quant à de nombreux extraits d’un ouvrage paru récemment. L’auteur bat sa coulpe, mais je vous recommande la savoureuse phrase de l’article : “les wikipedianautes ont déjà noté cette absence de citation directement sur la page dédiée à l’auteur. Selon lui, le meilleur moyen serait de placer un lien dans son livre avec l’adresse de l’article recopié, mais l’éditeur n’est pas très chaud : étant donné les fluctuations qui agitent Wikipedia, il serait préférable de noter à quelle date il a consulté l’article. Pour plus de précautions…“.

Sincèrement, je ne suis pas anarchiste, et en aucune façon spontanéiste. Mais les fondements mêmes du statut de la doxa scientifique me paraissent devoir réviser sinon leurs exigences, mais du moins leurs codes smileys Forum . Réviser la nature même de la citation sera nécessairement l’une des étapes à résoudre au sein des savoirs numériques qui s’avancent…

Vendredi 19 juin 2009

LOPPSI, suite

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Vendredi 19 juin 2009

Très très court billet pour vous recommander la lecture de cet article d’Ecrans, qui fait le point sur une étude d’impact conduite à propos du projet de loi LOPPSI, dont je vous ai parlé récemment. Cette étude, commanditée par le gouvernement lui-même, met en évidence les limites voire l’inanité des mesures envisagées contre la pornographie (liste noire non rendue publique), tout en soulignant les déplacements de responsabilité de l’éditeur vers le fournisseur d’accès.

Et on souligne, au passage, que comme pour la première loi Hadopi, il s’agit de substituer, là encore, l’autorité administrative à l’autorité judiciaire : “Il existe donc bien aujourd’hui, en France, un cadre légal, qui permet de bloquer des contenus jugés illicites hébergés en France, comme à l’étranger. Mais le gouvernement souhaite pouvoir aller vite. Donc supprimer le principe de subsidiarité. Engager la responsabilité civile et pénale des fournisseurs d’accès Internet. Et enfin évacuer l’autorité judiciaire“…

Bibliothécaires, veillez et alertez !!!

Mercredi 17 juin 2009

Variations sur une bibliothèque sans livres

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Mercredi 17 juin 2009

Après être devenu une hypothèse largement probable dans certaines bibliothèques universitaires, voilà que le concept de bibliothèque sans livres commence à être abordé dans la lecture publique (voir par exemple les commentaires autour de ce billet du Bibliobsédé national, ou la réflexion de Xavier Galaup).

Le concept est intéressant et à certains égards crédible : le développement des liseuses et des livres électroniques, les accords passés par des opérateurs privés avec les éditeurs (l’exemple des débuts, même houleux, de Google en la matière, est sans doute appelé à se multiplier), la dématérialisation de la musique puis de l’image animée, la migration des revues scientifiques mais aussi des encyclopédies vers le tout-numérique, tout cela rend vraisemblable un basculement des supports de l’écrit, de l’image et du son vers le numérique… En outre, les bibliothèques à dominantes utilitaires ou prescriptives (documentation d’entreprise, universitaire, professionnelle) se verront encouragées à accompagner ce basculement de façon massive pour d’évidentes raisons de praticité et d’efficacité (dès que les contenus en jeu seront numérisés pour l’essentiel) : un documentaliste de presse exigeait récemment que les données complexes qu’il demandait – et qui abondaient sous forme imprimée – lui soient accessible sur Internet “pour que les journalistes n’aient plus qu’à copier-coller” (sic smileys Forum ).

Mais les bibliothèques publiques, sans livres et autres supports ? N’étant pas, malgré mon statut et mon grade, socialement et culturellement conservateur dans l’âme, ça ne me gênerait pas outre mesure, pourvu que demeure un espace d’information publique animé par des experts en navigation dans les contenus payés pour permettre et encourager sur les deniers publics le développement d’une connaissance partagée. Après tout, comme le suggère Xavier Galaup, tout restera à faire : “orienter les usagers dans l’explosion documentaire du web, participer à la société de la connaissance en créant des articles synthétiques sur des sujets ainsi que proposer des ressources en ligne en les documentant et en leur donnant du sens au-delà du simple signalement“. Ce serait en effet dévoyer notre fonction que de croire que son but ultime serait de manipuler des supports et non d’aider les gens à trouver de façon critique les informations (et les surprises !) dont ils ont besoin. Bref, il y aura toujours du grain à moudre, comme le souligne Dominique Lahary.

Mais la bibliothèque (publique) sans livres me semble être une réalité très imaginaire, fantasmée par ceux qui sillonnent quotidiennement Internet, et bien éloignée des réalités triviales des pratiques des publics. Trois exemples à l’appui :

- dans les kiosques, les magazines sont toujours aussi nombreux, parfois éphémères mais toujours en re-création : ils sont tellement bien adaptés au feuilletage que leur migration sur Internet reste encore balbutiante et peu convaincante. Quant aux prêts de magazines dans les bibliothèques, ils sont – à Lyon au moins -, en augmentation régulière ;

- si les prêts des livres historiques, techniques, juridiques ou économiques s’effondrent, les prêts de romans et BD se portent très bien, merci ! (je ne parle pas des DVD, au succès incontestable, mais que leur finalité – être lus(vus) sur un écran – rend ô combien fragiles face à la déferlante des téléchargements)

- enfin, les prêts de livres des secteurs destinés aux enfants explosent : à Lyon, + 50 % depuis le début du siècle !

Bref, si, dans le domaine de l’écrit, l’information documentaire migre massivement vers le numérique, on en est encore loin dès qu’il s’agit d’une lecture de découverte. On voit des usagers piocher un livre (même documentaire) dans les rayons juste pour le plaisir de la surprise, et s’installer tranquillement pour une heure ou deux de lecture… Les rapports aux moyens de la connaissance sont multiples.

Ajoutons à cela une dimension symbolique à laquelle je crois : les usages collectifs et individuels de la bibliothèque publique prennent leur caractère “intellectuel” par l’environnement documentaire visible et concret qu’il propose. Et cet environnement doit, pour les êtres matériels que nous sommes, s’incarner dans quelque chose de visible (j’aime bien les murs de livres anciens proposés à l’oeil du visiteur par la British Library ou la médiathèque de Troyes) :

Alors certes, il y aura moins de supports physiques dans les espaces de libre accès (Livres hebdo, rapportant le dernier congrès de l’ABF, soulignait que les nouveaux programmes des bibliothèques de la Ville de Paris prévoyaient 20 40 livres au m², contre 60 à 80 il y a encore quelques années), les collections matérielles y seront sans doute moins ambitieusement encyclopédiques, mais une bibliothèque (publique) sans livres, ce n’est pas pour demain !

Si ? smileys Forum

Jeudi 11 juin 2009

Hadopi est mis hors d’état de nuire… Et maintenant, voilà LOPPSI !…

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Jeudi 11 juin 2009

Comme tout le monde, j’ai appris avec soulagement le retocage par le Conseil constitutionnel des points les plus contestables de la fameuse loi Hadopi. Je vous conseille la lecture en parallèle de la version votée au sénat le 13 mai et de la décision du conseil, ainsi que l’analyse toujours rigoureuse autant que savoureuse de maître Eolas.

Mais voilà, la question de la liberté d’accès à Internet n’est toujours pas réglée…

Un billet de Narvic, sur Növovision, met le doigt sur quelques éléments troubles qui me tarabustaient sans que j’arrive à les identifier. Je cite :

“Il s’agit en effet d’une autre bataille, qui se joue à quatre. Elle oppose les industries d’internet, des télécommunications et de l’informatique, aux industries culturelles et médiatiques. L’enjeu, c’est le partage du bénéfice de la tonte des consommateurs sur internet. Et si le gouvernement intervient dans cette bataille, c’est en partie en défense des intérêts de sa clientèle, et en partie par effet d’aubaine, car il y trouve un moyen d’accroître son contrôle sur internet, qu’il estime aujourd’hui insuffisant. Quant aux artistes et aux auteurs, personne ne se soucie d’eux en réalité dans cette affaire, ils n’ont été mobilisés que comme des alibis.”

Non, je ne suis pas adepte de la théorie du complot, mais derrière la question de la licence globale repoussée et de la défense gouvernementale d’intérêts à court terme d’industries culturelles que nombreux s’accordent à trouver exorbitants et inadaptés à l’évolution des usages, se trouve peut-être une ambition politique et une bataille de géants économiques autrement plus dangereuse : aujourd’hui, le combat opposerait non tant les propriétaires de contenus et les consommateurs-téléchargeurs-pirates (ces derniers sont en poids – comme les auteurs et artistes – des alibis dérisoires dans la bataille de milliards d’euros en jeu), que les éditeurs de contenus et les gestionnaires de tuyaux, bref les producteurs contre les FAI, dans un jeu à quatre incluant également les politiques et les citoyens ;

Il y a bien plus simple en effet que de traquer individuellement des millions de citoyens  : contrôler les fournisseurs d’accès eux-mêmes, en leur laissant le soin – et la responsabilité pénale – de veiller à limiter l’activité de leurs ouailles. Et voilà qu’apparait une autre avant-projet de loi, la loi Loppsi (loi pour la performance de la sécurité intérieure – voir aussi ici). Cette loi fourre-tout – on y évoque la chasse à la pornographie, la répression de l’usurpation d’identité, des questions organisationnelles pour les forces de l’ordre,… – est apparemment banale, se présentant comme la suite de la loi LOPSI (avec un seul P, loi d’organisation et de programmation de la sécurité intérieure), qui a été votée le 29 août 2002. Néanmoins, elle comporte des dispositions visant à intervenir sur Internet de diverses manières, et notamment envisage tout bonnement l’obligation pour les fournisseurs d’accès d’interdire tout accès à une liste d’adresses URL  arrêtée par le ministère de l’Intérieur (liste qui serait non publique).

Bon, je ne suis ni angéliste ni anarchiste. Je sais bien qu’il faut impérativement agir contre toutes les formes de la cybercriminalité (phishing, pédophilie, terrorisme, etc.), et j’applaudis des deux mains à toutes les entreprises en ce sens. Je sais aussi que publier une liste de sites manifestement illégaux aurait pour premier effet de faire migrer les déliquants ou criminels sur d’autres sites. Ceci dit, s’il peut exister effectivement des sites intégralement dédiés à la pédophilie ou à des actions criminelles, les réseaux des terroristes et autres criminels me semblent pouvoir opérer plus par des voies détournées (mails temporaires, sites piratés, forums anodins,…) que par des adresses officiellement estampillées ‘je suis un criminel’… à côté de quelques succès médiatiques prévisibles, une telle loi encouragera inévitablement la dissémination masquée des informations répréhensibles. Mais c’est normal de vouloi traquer le crime, et rien ne me choque sur ce point…

Mais interdire des sites sans publicité ni contrôle de l’autorité administrative – ni non plus sans contrôle de l’autorité judiciaire -  me semble exorbitant : la tentation peut être grande d’y glisser globalement des sites n’ayant rien à voir avec de la pornographie ou  du terrorisme, mais des sites de type “Casse-toi pauv’con” ou plus génériquement des plate-forme d’échanges de fichiers (type Rapidshare ou Megaupload), voire l’ensemble des forums Usenet, au grand dam des chercheurs qui utilisent abondamment ces deux derniers vecteurs d’échange et d’information.
Il serait souhaitable, même en l’absence de publicité qu’on peut comprendre pour la raison que j’évoquais plus haut, qu’au minimum un avis conforme sur la liste des sites incriminés  soit impérativement et préalablement  sollicité de la CNIL, dont la fonction est justement de veiller aux libertés sur Internet.

Sans cela, je ne serais pas loin de penser, sans paranoïa, que l’analyse de Guillaume Champeau n’est pas aberrante :

“Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n’a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s’apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet… et les internautes.”

Ma réaction est d’abord celle d’un citoyen. Mais c’est aussi celle d’un bibliothécaire : toutes ces questions tournent finalement autour d’une même problématique, celle de la liberté d’expression. C’est cette liberté d’expression qui fonde la légitimité des bibliothèques dans les pays démocratiques : comme le souligne maître Eolas : la décision du Conseil constitutionnel dit clairement que “la liberté d’expression ne s’efface pas pour protéger des intérêts économiques catégoriels aussi nobles soient-ils“.

Que le dernier mot soit laissé à un État de droit, tout à fait d’accord. Mais pas n’importe comment !!!

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Jeudi 4 juin 2009

Biblio-fr s’arrête…..

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Jeudi 4 juin 2009

La nouvelle se répand bruissante dans toutes les bibliothèques : biblio-fr s’arrête. Dans un premier temps (personnel) je m’en veux d’avoir écrit ce billet qui a provoqué moult réactions (une collègue est même venue me voir en me regardant comme un meurtrier virtuel smileys Forum), dans un deuxième temps une grande impression de vide, m’a envahi, comme beaucoup d’entre vous j’imagine, devant cette perte symbolique aussi irréelle dans son annonce que le serait la disparition de l’ABF.

Cette disparition était, je le sais, évoquée par Hervé Le Crosnier bien avant mon billet, et nul n’imaginera – j’espère bien ! – que j’aie le pouvoir d’anéantir une liste de diffusion comptant plus de 17 000 abonnés, ce qui me rassure.
Quant à cet arrêt de la liste, lisez bien le message de Sara et Hervé jusqu’au bout : “Nous diffuserons toutes les idées qui pourraient s’inscrire dans la suite de l’aventure de biblio-fr : si vous voulez créer un site web, un blog, une autre liste de débat… qui participe du projet global d’intéresser les
bibliothécaires, nous diffuserons votre message. À vous de trouver les mots, de convaincre vos lecteurs.

Biblio-fr ne s’arrête pas vraiment, il fait appel à l’intelligence de ses presque 18 000 abonnés actuels (et aux désabonnés). C’est un défi qui sollicite le recours à la collectivité des bibliothécaires et personnes intéressées par les bibliothèques. Cette dimension collective à laquelle les bibliothécaires se disent tellement attachés…

Alors, à vos claviers ! Faisons surgir les suggestions d’une communication adaptée à des milliers de bibliothécaires souvent maladroits dans la manipulation des outils du web 2.0, mais avides d’informations souvent triviales, de débats sur des questions parfois dérisoires, tellement avides !!

Mais ne proposons pas de refaire un “couteau suisse” de l’information bibliothécaire : les questions techniques de gestion professionnelle disposent désormais d’un service de Questions-Réponses ad hoc grâce à l’Enssib, offres et demandes d’emploi gagneraient à disposer d’un fil spécifique, etc. Il faudra à mon avis proposer des pistes complémentaires, et non tellement généralistes qu’elles en deviendraient cacophoniques.

Bref, et comme toujours avec biblio-fr, c’est nous qui avons la parole, cette fois-ci pas pour demander, informer ou récriminer, mais pour construire un nouveau visage à biblio-fr… Merci à Hervé et Sara pour offrir cette ultime opportunité !

Et il va bien falloir maintenant que je participe aussi à cette réflexion collective smileys Forum . Rendez-vous donc encore sur biblio-fr !!

Samedi 30 mai 2009

Métiers de bibliothèque…

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Samedi 30 mai 2009

Vous avez vu ? Je n’ai pas titré ce billet sur le métier de bibliothécaire, mais sur les métiers utiles voire indispensables à l’activité normale d’une bibliothèque.

Longtemps, les bibliothécaires -au sens générique- ont vécu et agi de façon autarcique, pour le meilleur et pour le pire. Le bibliothécaire des années (19)80 devait être tour à tour travailleur social, animateur, informaticien, gestionnaire financier (et bien sûr manageur !…)…

Les temps ont évolué, et on voit apparaître dans les équipes des professionnels “autres” qui sont informaticiens, administratifs, animateurs numériques, travailleurs sociaux, webmestres, relieurs, médiateurs, etc., aux côtés des bibliothécaires. Et je parle bien de véritables professionnels, aux cursus spécifiques et aux savoir-faire s’inscrivant dans des référentiels de métier distincts de celui des professionnels des bibliothèques.
Ils ne représentent parfois qu’une proportion anecdotique des personnels, mais plus la bibliothèque est importante et surtout plus elle multiplie et complexifie ses services, plus ces ‘autres’ métiers deviennent indispensables, l’ambition des services (et l’exigence des publics) ne pouvant plus reposer sur les seuls talents bricoleurs ingénieux de bibliothécaires polyvalents. Un décompte à Lyon montre que ces autres métiers ont conquis 42 % des emplois (le reste étant constitué des bibliothécaires au sens large, c’est-à-dire des tous les cadres d’emploi inscrits dans la filière culturelle).

Fondamentalement, ce mouvement me semble aussi nécessaire que bénéfique. D’abord parce que la bibliothèque – au cœur de la communauté – ne saurait être étrangère à la diversité de cette dernière dans ses actions mêmes. Ensuite et surtout parce que les enjeux de nos établissements ont changé.

Il y a quelques décennies encore, la bibliothèque était un trésor de savoir, un idéal de connaissance, un hâvre incontournable. Nous sommes aujourd’hui seulement une opportunité tant sociale (un des rares espaces publics non marchands !) qu’informative (je pense aux appareils informatifs et aux services mis en ligne par les musées, les administrations, les cercles scientifiques,… ).
Et puis, la bibliothèque a changé de place dans la collectivité : opérateur majeur dans le traitement de l’information publique, elle doit tenir compte des techniques et savoir-faire des nouveaux spécialistes de ce traitement ; acteur volontaire dans l’activité culturelle d’une communauté, elle doit faire appel aux savoir-faire des animateurs ou “marketeurs” ; confrontée aux défis des circuits de gestion optimisés, elle ne peut plus se passer des experts en logistique ; confrontée aux publics les moins insérés socialement, elle ne peut manquer de faire appel à des médiateurs sociaux ; comme depuis quelque temps déjà elle se connait administration, et doit accueillir gestionnaires comptables et gestionnaires de ressources humaines formés à ces tâches. Et j’oublie bien d’autres métiers ! ….

Aux côtés de ces multiples professionnels divers qui, je le souligne, n’interviennent pas ponctuellement dans la bibliothèque mais y ont le siège de leur activité, les bibliothécaires courent deux risques :

- considérer ces autres professionnels comme des auxiliaires de ces mêmes bibliothécaires : chaque métier fonctionne selon des cadres de référence affirmés, et ce serait grande erreur de considérer que, en étant au service de la bibliothèque, leurs acteurs seraient moins “légitimes” que les bibliothécaires, ou pire au service de ces derniers ! Eux comme nous sommes au service des citoyens !
- les considérer comme des intrus incapables de comprendre la subtilité des actions des bibliothécaires, voire revendiquer que leurs activités soient accomplies par ces derniers. On l’a déjà vu : les bibliothécaires peuvent se revendiquer administratifs, médiateurs sociaux, informaticiens, animateurs, etc. Bien sûr, c’est souvent faute de mieux (les créations d’emploi sont rares !), mais fondamentalement n’est-ce pas parfois par revendication d’un territoire exclusif ?

Alors, acceptons-le : les bibliothèques sont devenues projets complexes impliquant de multiples acteurs.

Mais alors, à quoi sert le bibliothécaire ?

Il est facile de parler du bibliothécaire comme de celui qui travaille dans une bibliothèque. Cela a longtemps été la définition quasi-tautologique de cette profession. Mais à partir du moment où informaticiens, animateurs, vigiles, médiateurs, administratifs, techniciens, et tutti quanti, se multiplient dans les murs (au moins des plus importantes bibliothèques), qu’est-ce qui crée la nécessité de ce métier singulier, “bibliothécaire” ?

Il est très intéressant d’aborder cette question à travers le prisme des tensions qui ont pu apparaitre lors de l’introduction de certains métiers dans les bibliothèques. Si nul bibliothécaire ne s’est senti dépossédé lorsque lui ont été adjoints des administratifs (trop heureux d’être soulagé de tâches absorbantes vécues comme étrangères au ‘cœur de métier’), il n’en a pas toujours été de même dans d’autres cas. Je citerai trois exemples :

  • les informaticiens : les premiers rapports des bibliothécaires avec les informaticiens ont été marqués du sceau de la méfiance ( voir Pierre Le Loarer ou plus récemment Dominique Lahary). Les premiers reprochaient aux seconds leur rigueur prescriptive indifférente aux enjeux de l’établissement et aux coutumes locales ; les seconds reprochaient aux premiers leur insuffisante rigueur de raisonnement et leur incompréhension des structures globales des systèmes d’information. Cela a commencé à aller mieux lorsque les bibliothécaires ont fait l’effort de comprendre les cadres de référence des informaticiens, et que ces derniers ont su s’adapter aux objectifs propres des bibliothécaires…
  • les animateurs numériques : ce n’est pas une opposition qui a régi leurs rapports avec les bibliothécaires, mais plutôt, jusqu’à ces dernières années, des renoncements bibliothécaires, trop heureux de voir des ’spécialistes’ de la pédagogie informatique s’emparer des outils et publics qu’ils se sentaient mal armés à respectivement manipuler et servir, trop heureux parfois de pouvoir ainsi se confiner aux livres, disques et autres DVD ; c’est l’essor de l’information électronique qui permet progressivement de cerner les champs de compétences respectifs : à l’animateur numérique la pédagogie de la maîtrise des outils matériels et logiciels, au bibliothécaire l’art de savoir chercher au sein des contenus. Et on peut maintenant voir des ateliers animés conjointement par les deux types de métiers…
  • les médiateurs : l’incompréhension, parfois violente (voir le livre de Sandrine Leturq), fut importante et durable avec les premiers médiateurs. Les bibliothécaires à la fois revendiquaient leur propre maîtrise exclusive de la médiation en bibliothèque, et comptaient sur les médiateurs pour gérer les conflits sociaux intervenant dans les murs… Il a fallu déplacer la question hors les murs des bibliothèques pour comprendre que des compétences et réseaux relationnels spécifiques étaient nécessaires pour quadriller un territoire (notamment au service de ceux qui ne viennent jamais dans les murs) ; et on peut voir aujourd’hui des animations-interventions associant le médiateur (préparateur de terrain) et le bibliothécaire (contenus documentaires adaptés).

A travers ces exemples, on voit mieux se dessiner le champ spécifique du bibliothécaire : il doit se consacrer aux contenus, les déceler, les évaluer, les organiser, provoquer leur découverte, accompagner les publics dans l’appropriation des connaissances de contenus, dans tous les domaines (l’imprimé, la musique enregistrée, mais aussi Internet ou la musique en ligne). On constate aussi que cette définition s’est imposée dynamiquement, dans un processus où la définition des autres métiers s’est peu à peu affinée, et ne manquera pas d’évoluer dans les années qui viennent.

Est-ce à dire que les bibliothécaires n’ont pas de fonction de médiation, n’ont pas à maîtriser les techniques de traitement de l’information ni ne doivent être capables de concevoir et faire vivre un programme culturel ? Certes non, mais de même les informaticiens ne peuvent pas ignorer les impératifs de contenus, comme les médiateurs doivent connaître le terrain bibliothécaire à partir duquel et dans lequel ils agissent. Et chacun de ces métiers, bibliothécaires compris, doit le faire en développant ses propres compétences, sur lesquelles chacun est  irremplaçable, n’est pas en situation de concurrence dans la bibliothèque, mais surtout de nécessaire complémentarité collective.

Jeudi 28 mai 2009

Hadopi et les bibliothèques : dernier acte ?

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Jeudi 28 mai 2009

Je relaye l’information :  dans la loi Hadopi, et en dernière lecture, l’IABD a réussi à partiellement sauver les meubles  : “Les bibliothèques publiques, les musées et les services d’archives vont pouvoir communiquer au public, sans autorisation préalable, les copies des documents numérisés par leurs soins, à des fins de conservation ou pour préserver les conditions de leur consultation. Cette communication pourra se faire sur place et sur des terminaux dédiés, à des fins de recherche ou d’études privées par des particuliers.(article de La Gazette des communes, merci au Bibliobsédé).

Même si cette annonce réduit singulièrement le champ de diffusion de l’information par les bibliothèques hors leurs murs, elle reconnait en bonne partie la dimension publique de l’information détenue par ces établissements. Mais on constatera que comme toujours la capacité informative des bibliothèques se juge toujours à l’aune du stock qu’elles détiennent, et non de leur fonction publique de diffusion de l’information par tous moyens appropriés (au temps toujours actuel du prêt de livres, on avait le droit de laisser emmener le savoir chez soi, et certains continuent de façon encore plus personnalisée par le portage à domicile !!!).

Pour votre information, voici le nouveau texte intégral de l’article 122-5 du Code de la propriété intellectuelle, en vigueur au 28 mai 2009 (j’ai mis en gras ce qui concerne le service immédiat à nos publics) :

“Lorsque l’œuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire :

1° Les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille

2° Les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, à l’exception des copies des œuvres d’art destinées à être utilisées pour des fins identiques à celles pour lesquelles l’œuvre originale a été créée et des copies d’un logiciel autres que la copie de sauvegarde établie dans les conditions prévues au II de l’article L. 122-6-1 ainsi que des copies ou des reproductions d’une base de données électronique ;

3° Sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l’auteur et la source :

a) Les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées ;

b) Les revues de presse ;

c) La diffusion, même intégrale, par la voie de presse ou de télédiffusion, à titre d’information d’actualité, des discours destinés au public prononcés dans les assemblées politiques, administratives, judiciaires ou académiques, ainsi que dans les réunions publiques d’ordre politique et les cérémonies officielles ;

d) Les reproductions, intégrales ou partielles d’œuvres d’art graphiques ou plastiques destinées à figurer dans le catalogue d’une vente judiciaire effectuée en France pour les exemplaires mis à la disposition du public avant la vente dans le seul but de décrire les œuvres d’art mises en vente ;

e) La représentation ou la reproduction d’extraits d’œuvres, sous réserve des œuvres conçues à des fins pédagogiques, des partitions de musique et des œuvres réalisées pour une édition numérique de l’écrit, à des fins exclusives d’illustration dans le cadre de l’enseignement et de la recherche, à l’exclusion de toute activité ludique ou récréative, dès lors que le public auquel cette représentation ou cette reproduction est destinée est composé majoritairement d’élèves, d’étudiants, d’enseignants ou de chercheurs directement concernés, que l’utilisation de cette représentation ou cette reproduction ne donne lieu à aucune exploitation commerciale et qu’elle est compensée par une rémunération négociée sur une base forfaitaire sans préjudice de la cession du droit de reproduction par reprographie mentionnée à l’article L. 122-10 ;

4° La parodie, le pastiche et la caricature, compte tenu des lois du genre ;

5° Les actes nécessaires à l’accès au contenu d’une base de données électronique pour les besoins et dans les limites de l’utilisation prévue par contrat ;

6° La reproduction provisoire présentant un caractère transitoire ou accessoire, lorsqu’elle est une partie intégrante et essentielle d’un procédé technique et qu’elle a pour unique objet de permettre l’utilisation licite de l’œuvre ou sa transmission entre tiers par la voie d’un réseau faisant appel à un intermédiaire ; toutefois, cette reproduction provisoire qui ne peut porter que sur des œuvres autres que les logiciels et les bases de données ne doit pas avoir de valeur économique propre ;

7° La reproduction et la représentation par des personnes morales et par les établissements ouverts au public, tels que bibliothèques, archives, centres de documentation et espaces culturels multimédia, en vue d’une consultation strictement personnelle de l’œuvre par des personnes atteintes d’une ou de plusieurs déficiences des fonctions motrices, physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, dont le niveau d’incapacité est égal ou supérieur à un taux fixé par décret en Conseil d’État, et reconnues par la commission départementale de l’éducation spécialisée, la commission technique d’orientation et de reclassement professionnel ou la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées mentionnée à l’article L. 146-9 du code de l’action sociale et des familles, ou reconnues par certificat médical comme empêchées de lire après correction. Cette reproduction et cette représentation sont assurées, à des fins non lucratives et dans la mesure requise par le handicap, par les personnes morales et les établissements mentionnés au présent alinéa, dont la liste est arrêtée par l’autorité administrative.

Les personnes morales et établissements mentionnés au premier alinéa du présent 7° doivent apporter la preuve de leur activité professionnelle effective de conception, de réalisation et de communication de supports au bénéfice des personnes physiques mentionnées au même alinéa par référence à leur objet social, à l’importance de leurs membres ou usagers, aux moyens matériels et humains dont ils disposent et aux services qu’ils rendent.

A la demande des personnes morales et des établissements mentionnés au premier alinéa du présent 7°, formulée dans les deux ans suivant le dépôt légal des œuvres imprimées, les fichiers numériques ayant servi à l’édition de ces œuvres sont déposés au Centre national du livre ou auprès d’un organisme désigné par décret qui les met à leur disposition dans un standard ouvert au sens de l’article 4 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique. Le Centre national du livre ou l’organisme désigné par décret garantit la confidentialité de ces fichiers et la sécurisation de leur accès ;

La reproduction d’une œuvre, effectuée à des fins de conservation ou destinée à préserver les conditions de sa consultation sur place par des bibliothèques accessibles au public, par des musées ou par des services d’archives, sous réserve que ceux-ci ne recherchent aucun avantage économique ou commercial ;

9° La reproduction ou la représentation, intégrale ou partielle, d’une œuvre d’art graphique, plastique ou architecturale, par voie de presse écrite, audiovisuelle ou en ligne, dans un but exclusif d’information immédiate et en relation directe avec cette dernière, sous réserve d’indiquer clairement le nom de l’auteur.

Le premier alinéa du présent 9° ne s’applique pas aux œuvres, notamment photographiques ou d’illustration, qui visent elles-mêmes à rendre compte de l’information.

Les reproductions ou représentations qui, notamment par leur nombre ou leur format, ne seraient pas en stricte proportion avec le but exclusif d’information immédiate poursuivi ou qui ne seraient pas en relation directe avec cette dernière donnent lieu à rémunération des auteurs sur la base des accords ou tarifs en vigueur dans les secteurs professionnels concernés.

Les exceptions énumérées par le présent article ne peuvent porter atteinte à l’exploitation normale de l’oeuvre ni causer un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l’auteur.

Les modalités d’application du présent article, notamment les caractéristiques et les conditions de distribution des documents mentionnés au d du 3°, l’autorité administrative mentionnée au 7°, ainsi que les conditions de désignation des organismes dépositaires et d’accès aux fichiers numériques mentionnés au troisième alinéa du 7°, sont précisées par décret en Conseil d’État.

NOTA : Loi 2006-961 2006-08-01 art. 1 : Les dispositions du e du 3° de l’article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle s’appliquent à compter du 1er janvier 2009″

Samedi 23 mai 2009

Taux d’accroissement et taux de renouvellement…

Classé dans : Non classé — bcalenge @ Samedi 23 mai 2009

C’est le rouge au front que j’écris ce billet. La question d’une collègue sur la modalité de calcul du taux de renouvellement de sa collection en libre accès en est la cause, car elle est venue me voir en tenant religieusement à la main l’ouvrage “Conduire une politique documentaire” (dont vous savez peut-être que je suis l’auteur). Et de m’interroger avec perplexité, car, ayant acquis quelques 250 nouveaux titres pour une collection de 2 000 volumes, et ayant par ailleurs désherbé 280 titres,  elle avait suivi à la lettre la formule qui indiquait que le taux de renouvellement se calculait en soustrayant le nombre de désherbés du nombre de nouveaux titres, puis en divisant le résultat par le nombre de volumes de la collection : et évidemment, elle obtenait un résultat négatif !

Honte sur moi smileys Forum, ma plume avait fourché : la formule ci-dessus définissait en effet le taux d’accroissement d’une collection (= de combien de volumes la masse augmente ou diminue, exprimé en pourcentage si le résultat final est multiplié par 100), et non le taux de renouvellement !

Mais comme il n’est jamais trop tard pour bien faire , je m’empresse de donner une ‘bonne’ formule  pour le taux de renouvellement : dans la mesure où ce qui intéresse prioritairement le bibliothécaire est de connaître la part de ce qui est récemment acquis dans l’offre documentaire actuelle, la formule la plus simple est :

TxRen = (An / Cn+) * 100

TxRen est le taux de renouvellement
An
est le nombre d’acquisitions d’une année
et Cn+ l’état de la collection en fin de cette même année.

On sait ainsi quelle proportion la collection présente propose en acquisitions récentes : c’est ce qu’on appelle couramment le taux de renouvellement : pour mon exemple, le taux de renouvellement de la collection était de 12,5 %….

Il est vrai que cette formule très pratique ne rend pas compte du processus complexe du renouvellement, qui effectivement peut aller au-delà d’un état final de la collection, et s’intéresser à l’action conduite sur la collection tant en termes de retraits que d’enrichissements (d’où d’ailleurs mon lapsus calami). Mais elle reste la plus opératoire pour évaluer l’état d’actualisation d’une collection dans la mesure où elle intègre de fait les désherbages opérés, puisque la collection considérée est celle en fin d’année, toutes acquisitions et tous retraits compris…

Et pour me faire pardonner jusqu’au bout, je vous offre une autre formule, signalée dans “Bibliothèques et politiques documentaires à l’heure d’Internet” (vous avez le droit de l’acheter, si, si !), et que cette fois-ci j’ai revérifiée en tremblant, le taux de renouvellement souhaitable. Ce taux permet non de calculer la réalité effective du taux de renouvellement effectué, mais celui qu’il faudrait réaliser :

(( C / Dv ) / C ) * 100

C = Nombre de documents dans la collection
Dv = Durée de vie active de la collection

Le résultat, exprimé en pourcentage, donne la proportion de la collection qu’il est souhaitable renouveler chaque année (si on se contente de C / Dv, on a un nombre, qui signale le nombre d’acquisitions nouvelles à opérer annuellement).
La durée de vie active s’appuie sur la définition de la “demi-vie active” : on ordonne les prêts d’une année par ordre croissant en fonction de la date d’édition de chacun des livres concernés (c’est inefficace sur les disques ou DVD), et la médiane signale la date d’édition de la ‘demi-vie active’ (donc la date d’édition du livre prêté exactement au milieu de cette série ordonnée). Par convention, la ‘demi-vie active’ sera calculée en soustrayant cette date médiane de l’année courante de relevé de la collection + 1 (pour tenir compte des titres acquis au cours de l’année de relevé et non nécessairement disponibles au prêt tout au long de l’année). Par exemple, si dans un catalogue de fin 2008 la médiane des prêts de l’année écoulée est l’année 2004, on décompte : (2008 – 2004) + 1 = 5 ans.

La durée de vie active est alors une décision de bibliothécaire qui pondère les appétences des publics en tenant compte d’autres priorités documentaires, et se situe entre 2 fois la ‘demi-vie active’ (on suit le plus possible les usagers) et 3 fois celle-ci (on s’en écarte volontairement sans les négliger totalement) . Bref, dans mon exemple et pour une collection de 1 000 volumes, la durée de vie optimale (deux demi-vies) sera de 10 ans, donc générera 100 nouveaux achats par an (optimal au plus près des usages) , ou jusqu’à la durée de vie maximale (trois demi-vies) de 15 ans, donc sollicitera 67 titres annuels (pour explorer d’autres pistes sans trop négliger les emprunteurs). L’avantage de la durée de vie active, c’est qu’elle laisse les choix des emprunteurs peser dans la décision, sans pour autant imposer un renouvellement mécanique.

Mais vu comme je suis doué en arithmétique smileys Forum, je suis sûr que l’une ou l’un d’entre vous trouvera des formules plus simples !!!

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